Taxer les VE au kilomètre pour remplacer la TICPE... de la taxe au racket

Dernière modification : 12/08/2026 -  1

La voiture électrique pose visiblement un problème assez grave aux Etats. Non pas parce qu'elle pollue trop, qu'elle consomme trop ou qu'elle détruit les routes davantage qu'une autre, mais parce qu'elle a un défaut bien plus embêtant pour les finances publiques... elle ne passe pas à la pompe. Et quand vous ne passez plus à la pompe, vous ne payez plus la TICPE qui accompagne chaque litre de carburant. Le Royaume-Uni a donc trouvé la parade avec une taxation des voitures électriques au kilomètre prévue à partir de 2028, tandis qu'en France la question de la disparition progressive des recettes liées aux carburants commence naturellement à alimenter les réflexions.

Et c'est là que quelque chose me dérange profondément dans le raisonnement généralement employé. On nous explique que l'électrification du parc va provoquer une perte de plusieurs milliards d'euros de recettes fiscales, donc qu'il faudra bien "compenser" cette disparition. Cette conclusion semble tellement naturelle que beaucoup l'acceptent presque automatiquement. Pourtant, quand on regarde le raisonnement froidement, il est assez extraordinaire.

Vous n'achetez plus chez moi ? Alors donnez-moi quand même l'argent

Imaginez un commerçant chez qui vous achetez chaque semaine un produit depuis vingt ans. Vous dépensez régulièrement chez lui, il réalise donc un revenu régulier grâce à vous et finit naturellement par intégrer cet argent dans son fonctionnement. Puis un jour vous n'avez plus besoin de son produit et vous arrêtez de venir.

Quelques semaines plus tard, le commerçant sonne chez vous.

Il vous explique que votre absence lui fait perdre de l'argent, que cette perte déséquilibre ses comptes et qu'il va donc désormais vous prélever une somme chaque mois pour compenser les achats que vous ne faites plus chez lui.

Vous pensez évidemment qu'il est devenu fou.

Et pourtant, lorsqu'on transpose quasiment le même raisonnement à la fiscalité automobile, beaucoup de gens trouvent soudain cela parfaitement logique. Les automobilistes achetaient du carburant sur lequel l'Etat prélevait énormément de taxes. Ils passent progressivement à une technologie qui ne nécessite plus ce carburant. L'Etat perd donc la recette correspondante et la première réaction devient "il faudra forcément récupérer cet argent ailleurs".

Pourquoi forcément ?

C'est précisément cette évidence supposée que je trouve assez fascinante.

Un Etat est censé pouvoir vivre sans les taxes sur le carburant, et d'ailleurs il le pourrait très bien si les dépenses n'étaient pas volontairement gaspillées (à ce stade on peut l'affirmer, l'Etat français dépense comme une personne qui a un problème avec l'argent et qui devrait être mise sous tutelle. Vous savez, celle qui va faire du shopping avant de faire les courses vitales pour le foyer).

Une taxe n'est pas censée être compensée par un racket

La TICPE existe parce qu'un produit précis est consommé, à savoir du carburant pétrolier. Vous achetez un litre d'essence ou de gazole, l'Etat prélève une taxe dessus. Très bien. On peut discuter pendant trois jours du niveau de cette taxe, mais au moins le mécanisme est compréhensible.

Si demain vous n'achetez plus ce produit, la recette disparaît avec lui. Cela devrait être la conséquence la plus banale du monde.

Pourtant, l'Etat semble avoir pris l'habitude de considérer certaines recettes fiscales comme une sorte de rente acquise définitivement. Peu importe que le produit taxé disparaisse, il faudrait absolument maintenir le même niveau de prélèvement en inventant autre chose. Grosso modo, vous avez réussi à sortir de la taxe, donc on va construire une nouvelle taxe spécialement pour vous rattraper.

Le plus cocasse est que pendant des années les pouvoirs publics ont justement utilisé la fiscalité sur les carburants pour pousser les automobilistes à moins consommer de pétrole. On augmente le coût du carburant, on favorise les voitures électriques, on verse même des aides pour les acheter... puis lorsque suffisamment de conducteurs finissent par faire exactement ce qu'on leur demandait, on découvre avec effroi qu'ils ne paient plus la taxe sur le carburant.

Quelle surprise.

Le Royaume-Uni a déjà commencé

Le Royaume-Uni a décidé de prendre les devants avec une taxe kilométrique prévue à partir d'avril 2028. Les voitures électriques devront payer 3 pence par mile parcouru, tandis que les hybrides rechargeables seront taxées à 1,5 pence.

La justification est justement liée à l'érosion des recettes provenant des carburants. Et c'est intéressant, car le gouvernement britannique compare directement le futur prélèvement kilométrique avec ce qu'un conducteur thermique verse actuellement via les taxes sur l'essence ou le gazole.

On retrouve donc exactement cette philosophie. Vous ne payez plus la taxe A parce que vous n'utilisez plus le produit A, alors on invente la taxe B pour récupérer une partie de ce que rapportait auparavant la taxe A.

En France, aucune taxe kilométrique comparable n'a pour le moment été décidée pour les voitures électriques. Il faut être précis là-dessus. Mais la disparition future des recettes de TICPE est déjà identifiée comme un problème budgétaire, avec plusieurs milliards d'euros appelés à s'évaporer à mesure que le parc se convertira à l'électrique. Il serait donc assez naïf de penser que personne à Bercy ne regarde attentivement ce qui se passe de l'autre côté de la Manche...

Le plus étrange est que beaucoup trouvent cela normal

Pour ma part, ce qui m'étonne presque davantage que l'idée de la taxe elle-même est la facilité avec laquelle elle est acceptée intellectuellement.

On entend rapidement "oui mais il faudra bien remplacer la TICPE".

Encore une fois, pourquoi faudra-t-il obligatoirement la remplacer ?

Lorsque les Français ont arrêté massivement d'acheter des cassettes VHS, personne n'a proposé une taxe sur Netflix destinée à compenser les recettes fiscales perdues sur les magnétoscopes. Quand un produit ou un usage disparaît, les revenus associés disparaissent avec lui et l'économie se réorganise. L'Etat semble pourtant bénéficier d'une règle assez extraordinaire selon laquelle une recette qu'il a touchée suffisamment longtemps finirait par lui appartenir pour l'éternité.

Nous sommes tellement habitués à être prélevés sur l'automobile que l'absence de taxe finit presque par paraître suspecte. Une électrique ne paie pas de taxe sur les carburants ? Vite, trouvons quelque chose. Taxons le kilomètre, le poids, la recharge, la puissance ou pourquoi pas le nombre de tours de roues pendant qu'on y est...

Il y a presque une forme de syndrome du contribuable bien dressé. On retire une taxe et certains commencent eux-mêmes à chercher comment l'Etat pourrait la remplacer, comme s'ils se sentaient coupables de garder un peu trop longtemps l'argent dans leur poche.

Taxer l'usage de la route est un autre débat

Bien évidemment, on pourra répondre qu'une voiture électrique utilise les routes, provoque de l'usure et participe aux infrastructures publiques. C'est vrai. Une taxation kilométrique peut donc être défendue si son objectif assumé est de financer précisément l'usage du réseau routier.

Mais ce n'est plus le même raisonnement.

Dire "vous utilisez une infrastructure, vous participez à son financement" possède une logique. Dire "vous ne payez plus assez de taxes sur le carburant donc nous devons récupérer cette perte" en possède beaucoup moins.

Et c'est précisément cette confusion qui permet de faire accepter le principe très facilement. On commence par expliquer que les recettes de TICPE vont s'effondrer, puis on présente une nouvelle taxe comme la conséquence naturelle et presque mathématique de cette baisse. Comme si chaque euro qui disparaissait des caisses publiques devait automatiquement être repris ailleurs.

Il serait peut-être temps d'envisager une autre possibilité, beaucoup plus exotique manifestement... dépenser moins.

On vous avait demandé d'arrêter le pétrole, mais pas d'arrêter de payer

Finalement, l'automobiliste électrique se retrouve dans une situation assez amusante. Pendant des années on lui explique que le pétrole pose problème, qu'il faut réduire sa consommation, passer à une technologie plus propre et modifier ses habitudes. Il finit par le faire, souvent en payant sa voiture électrique plus cher au passage.

Puis l'Etat regarde sa pompe à essence désertée et commence à trouver que quelque chose ne va pas.

Le problème n'était donc peut-être pas seulement que vous consommiez du pétrole. Le problème était aussi que vous versiez beaucoup d'argent en le consommant.

Et maintenant que vous avez arrêté, il faudrait apparemment continuer à payer quand même.

Le commerçant du début aurait probablement trouvé l'idée géniale.


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