
L’opération américaine 'Epic Fury' en Iran remet sous tension un point stratégique que tout le marché pétrolier surveille depuis des décennies : le détroit d’Ormuz.
C’est par ce passage maritime que transite environ 20 à 25 % du pétrole mondial transporté par mer. Concrètement, cela représente entre 18 et 20 millions de barils par jour sur une consommation mondiale proche de 100 millions. Autrement dit, un baril sur cinq dépend de ce couloir.
Si ce détroit est perturbé, même partiellement, les marchés réagissent immédiatement.
A consulter : les évolutions des prix du carburant et du baril
Le pétrole est un marché mondial. Le prix du baril ne dépend pas uniquement de l’offre réellement bloquée, mais surtout de l’anticipation d’un risque.
Même si aucun tanker ne saute, le simple fait que :
suffit à créer une tension artificielle sur l’offre disponible.
On l’a déjà vu par le passé. À chaque crise majeure au Moyen-Orient, le baril s’envole avant même qu’une pénurie physique ne soit constatée.
En 1973, lors du premier choc pétrolier, l’embargo arabe avait multiplié le prix du baril par quatre. Le contexte était différent, mais le principe était le même : rupture brutale d’approvisionnement.
En 1990, lors de l’invasion du Koweït, le baril avait doublé en quelques mois.
Plus récemment, en 2019, de simples attaques contre des installations saoudiennes avaient fait bondir le pétrole de près de 20 % en quelques jours.
Ce que l’histoire montre, c’est que le marché réagit vite, fort, puis se stabilise une fois que les flux alternatifs s’organisent.
Avant le conflit, le baril évoluait autour de 70 à 75 dollars. Les premières tensions l’ont déjà fait grimper vers 78 dollars.
Si le détroit d’Ormuz restait bloqué durablement, des scénarios à 90 voire 100 dollars le baril sont crédibles.
Mais il faut rester mesuré.
La production mondiale est plus diversifiée qu’en 1973. Les États-Unis sont devenus l’un des premiers producteurs mondiaux. L’Afrique de l’Ouest, la mer du Nord et l’Amérique latine alimentent aussi le marché européen.
De plus, la France dispose de stocks stratégiques équivalents à environ 90 jours d’importations nettes. On ne parle donc pas de pénurie à court terme.
On parle de prix.
Règle simple : une hausse de 10 dollars du baril correspond environ à une augmentation de 7 à 10 centimes par litre à la pompe, selon le taux de change euro/dollar et la part fiscale.
Si le baril passe de 75 à 95 dollars, soit +20 dollars, on peut donc s’attendre à une hausse de 15 à 20 centimes par litre.
Un carburant actuellement autour de 1,70 € pourrait ainsi monter vers 1,85 à 1,90 €.
Si le baril atteignait 110 dollars, soit +35 dollars par rapport au niveau initial, on parlerait alors d’un carburant proche de 2,00 € le litre.
Au-delà, vers 120 dollars, les 2,05 à 2,10 € deviendraient crédibles.
Tout dépendra de deux choses très simples :
la durée du blocage du détroit d’Ormuz, et l’ampleur réelle des perturbations physiques sur les flux pétroliers.
Le marché peut paniquer vite. Il peut aussi redescendre tout aussi vite si la situation se stabilise. C’est ce qui rend les projections délicates, mais pas impossibles à encadrer.
Le danger n’est pas forcément la pénurie. Il est économique.
Un pétrole cher alimente :
Et l’automobiliste est le premier à le voir, directement, à la pompe.
Dans l’état actuel des choses, la hausse des carburants paraît très probable. La pénurie, elle, reste peu crédible à court terme grâce aux stocks stratégiques et à la diversification des sources d’approvisionnement.
Si le conflit s’enlise ou s’élargit, le baril pourrait franchir les 100 dollars et pousser les carburants au-delà des 2 € le litre.
Si la situation se stabilise rapidement, la hausse pourrait rester limitée à quelques dizaines de centimes.
Comme souvent avec le pétrole, tout dépend moins de la quantité réellement bloquée que de la peur qu’elle le soit.
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