
Il y a parfois des décisions qui, mises côte à côte, donnent un résultat assez cocasse. Le 7 août, le ministère des Transports s'est félicité d'ouvrir la voie à l'homologation des premiers robots de livraison autonomes en France. Ces engins pourront circuler sur la chaussée sans personne à bord, transporter jusqu'à 1 000 kg de marchandises pour certains et effectuer leurs trajets de manière autonome, avec toutefois une supervision à distance. Quelques jours auparavant, le même ministre des Transports expliquait pourtant que le FSD de Tesla n'offrait pas encore assez de garanties pour être autorisé en France. Cherchez l'erreur...
Le contraste est quand même assez amusant. Le FSD de Tesla n'est même pas une conduite totalement autonome en Europe. Le conducteur doit rester derrière le volant, surveiller ce que fait la voiture et pouvoir reprendre la main à tout moment. La France s'y oppose actuellement en évoquant notamment des problèmes de dépassements de vitesse et une surveillance insuffisante de l'attention du conducteur. Pendant ce temps, elle vient de créer un cadre permettant à de petits véhicules de livraison de circuler sans aucun humain à bord sur des parcours définis.
Bien évidemment, les deux systèmes ne sont pas strictement comparables. Les robots de livraison évolueront sur des zones ou itinéraires déterminés par les collectivités, seront supervisés à distance et devront chacun passer une homologation. Ils sont aussi conçus uniquement pour transporter des marchandises. Le ministère ne vient donc pas de lâcher des robots de deux tonnes à 130 km/h sur l'autoroute... Il faut quand même rester sérieux. Mais l'argument de la sécurité devient malgré tout assez étrange à entendre lorsqu'on voit la France se féliciter dans le même temps de vouloir accélérer le déploiement de véhicules réellement autonomes sans conducteur à bord.
Le plus amusant est la communication officielle du gouvernement. Concernant les robots livreurs, Philippe Tabarot explique que la France veut accélérer le déploiement du véhicule autonome et revendique même une place parmi les pays les plus avancés au monde dans ce domaine. Quelques semaines auparavant, pour Tesla, le discours était nettement moins enthousiaste et la France devenait même le premier gouvernement européen à s'opposer publiquement à l'initiative néerlandaise visant à permettre le FSD dans l'Union européenne.
Il faut également rappeler que les Pays-Bas ont déjà évalué le FSD et l'ont approuvé provisoirement, avant d'être suivis par plusieurs autres pays européens. Le régulateur néerlandais affirme même que le système est au moins aussi sûr que les autres aides à la conduite, même si la manière dont il est arrivé à cette conclusion reste beaucoup trop opaque puisque les détails des tests ne sont pas rendus publics. Il existe donc de vraies questions de sécurité autour du FSD, et faire croire qu'elles ont été totalement inventées serait malhonnête.
Mais voilà... Il devient difficile de ne pas sourire quand la France explique quasiment au même moment qu'il faut être extrêmement prudent avec une Tesla conduite par un humain supervisant le système, puis annonce fièrement qu'elle veut être pionnière dans les petits véhicules qui roulent tout seuls.
On peut évidemment se demander si le climat politique autour d'Elon Musk ne joue pas un peu dans cette histoire. Les relations avec les responsables français se sont nettement rafraîchies ces dernières années, notamment autour de ses interventions politiques en Europe et de X. Macron lui-même a critiqué son influence politique, alors que les relations entre les deux hommes avaient autrefois été beaucoup plus chaleureuses.
Il n'existe toutefois aucune preuve permettant d'affirmer que la France bloque le FSD pour se venger d'Elon Musk. Ce serait donc aller trop loin que de le présenter comme un fait. Mais la coïncidence politique et le grand écart dans la communication alimentent forcément le doute. Quand une technologie autonome française ou européenne arrive, on parle volontiers d'innovation, d'intelligence artificielle et de pays pionnier. Quand le système porte le logo Tesla, le vocabulaire devient immédiatement beaucoup plus anxieux.
Peut-être que toutes les différences sont parfaitement justifiées techniquement. Peut-être aussi que l'identité de celui qui apporte la technologie aide parfois à regarder le verre à moitié plein ou à moitié vide...
Quoi qu'il en soit, la France vient donc de nous offrir une situation assez originale. Un robot sans conducteur qui transporte une tonne de colis peut désormais prétendre à une homologation. Une Tesla avec un humain derrière le volant devra encore patienter.
Bienvenue dans le merveilleux monde de la réglementation française.
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