
Lamborghini a mis en pause son projet de supercar 100 % électrique dérivé du concept Lanzador. Le modèle devait arriver vers 2028 et devenir la première Lamborghini totalement dépourvue de moteur thermique. Officiellement, la marque estime que le marché n’est pas mûr et que la demande reste insuffisante dans ce segment.
Traduction : la niche des supercars exotiques ne réclame pas une Lamborghini à pile. Et surtout, elle n’a finalement aucune raison de le faire ..
Alors que beaucoup de constructeurs se précipitent vers l’électrique sans toujours se demander si le produit reste cohérent avec leur ADN, Lamborghini fait exactement l’inverse : elle regarde sa clientèle (et donc le marché), son image et son positionnement. Et elle ajuste sans rester borné (c'est le cas de le dire ...).

Le Lanzador présenté en 2023 devait être une 2+2 surélevée positionnée au-dessus de l’Urus. Plateforme dédiée du groupe Volkswagen, architecture spécifique, deux moteurs électriques, plus d’un mégawatt annoncé, soit au-delà de 1300 ch. Sur le papier, c’était une démonstration de force technologique.
Mais une question restait entière : que reste-t-il d’une Lamborghini quand on retire son moteur ?
La marque promettait de conserver le caractère, le dynamisme, la radicalité. Très bien. Sauf qu’une batterie massive placée dans le plancher, un centre de gravité certes bas mais un poids en forte hausse, et l’absence totale de montée en régime changent profondément la nature du produit.
On peut faire une voiture très rapide. On ne recrée pas un V12 atmosphérique à 8500 tr/min avec des haut-parleurs.
Le client Lamborghini cherche l’efficacité, évidemment. Il veut que ça accélère fort, très fort. Il veut que les chiffres soient supérieurs à ceux du voisin. Il veut que la fiche technique écrase la concurrence.
Mais il veut aussi une efficacité émotionnelle, quitte encore une fois à enfoncer une porte ouverte.
Une Lamborghini, ce n’est pas seulement un 0 à 100. C’est une architecture moteur centrale spectaculaire. C’est un V10 ou un V12 qui vit derrière l’habitacle. C’est une montée en régime progressive qui construit la tension. C’est une sonorité qui fait tourner les têtes.
L’électrique est d’une efficacité mécanique redoutable. rendement supérieur à 90 %, couple immédiat, gestion électronique parfaite. Sur ce plan, c’est objectivement supérieur au thermique.
Mais dans cette niche, la supériorité technique ne suffit pas. Il faut une supériorité émotionnelle. Et aujourd’hui, le tout électrique ne coche pas cette case avec la même intensité.
Lamborghini n’est pas restée bloquée en 2005. Toute la gamme passe à l’hybridation. La Revuelto conserve un V12 atmosphérique et l’associe à trois moteurs électriques pour dépasser les 1000 ch cumulés. L’électricité sert à renforcer, à optimiser (à démalusser ..), à combler les creux. Elle ne remplace pas le moteur, elle l’accompagne.
C’est une approche intelligente. On respecte les normes. On améliore les performances. On ne sacrifie pas l’ADN.
En face, Ferrari semble courir dans plusieurs directions à la fois, et pour ainsi dire je pense que le cheval cabré ne sait plus où il habite. La marque prépare sa première voiture 100 % électrique. Elle multiplie les V6 hybrides. Elle élargit sa gamme (jusqu'à nous perdre), elle pousse vers un SUV électrique dont l’intérieur, sous influence très technologique, s’annonce déjà comme une rupture nette avec l’univers mécanique traditionnel de la marque.
Economiquement tout cela est compréhensible. Stratégiquement, c’est beaucoup moins clair.
A l'inverse la gamme Lambo reste lisible, peu de modèles, des cycles de renouvellement espacés, ue identité stylistique forte, assumée, presque caricaturale mais cohérente. Lamborghini sait ce qu’elle vend : de l’excès maîtrisé.
De plus, depuis l’abandon de Pininfarina, le style Ferrari divise davantage. Les lignes sont plus complexes, parfois moins élégantes, moins intemporelles. L’identité visuelle est moins évidente qu’il y a quinze ans.
Les moteurs turbo ont gagné en efficacité mais ont perdu en caractère. La montée en régime est moins théâtrale. La réponse est plus lisse. Et l’usage répété de V6, même très performants, reste difficile à associer à un blason historiquement construit sur des V8 et surtout des V12 d’exception.
Ferrari semble vouloir devenir à la fois technologique, élargie, électrifiée, digitalisée. À force d’ajouter des couches, le message se brouille et l'ADN se dilue comme si il avait été contaminé par un ARN douteux (Le cheval cabré aurait-il été "vacciné" ?) ...
Quand on commence à parler plus de plateforme, de batterie et d’interface que d’architecture moteur et de caractère mécanique, c’est que quelque chose s’est déplacé, ou plutôt noyé.
Lamborghini ralentit sur le tout électrique et consolide son hybridation autour de moteurs nobles. Ferrari accélère vers la rupture complète.
L’une protège son territoire émotionnel. L’autre semble prête à le redéfinir profondément.
Dans l’univers des supercars de prestige, la technologie compte. Mais l’ADN compte encore plus. Une Lamborghini doit rester excessive, sonore, spectaculaire. Si elle devient silencieuse et rationnelle, elle perd ce qui la rend désirable.
En mettant en pause son projet électrique, Lamborghini ne fait pas un pas en arrière. Elle évite simplement de commettre la même erreur que d’autres : croire que toutes les niches doivent être traitées de la même manière.
Et aujourd’hui, si l’on cherche une supercar qui assume encore pleinement sa mécanique, son style et son identité, le taureau paraît bien plus cohérent que le cheval cabré.
À mon sens, Lamborghini devrait continuer à exploiter le thermique jusqu’à son extinction naturelle (d'ici 20 ans au doigt mouillé). Le moteur à combustion finira par disparaître de lui-même, non pas sous la seule pression réglementaire, mais parce qu’il deviendra objectivement obsolète. Complexité mécanique élevée, performances moindres, rendement limité à 30 ou 35 %, dépendance à un carburant raffiné, entretien lourd, normes toujours plus contraignantes, lassitude croissante … tout cela finira par peser. À mesure que les technologies électriques gagneront en densité énergétique, en légèreté et en caractère, le thermique perdra son avantage dans presque tous les domaines. À ce moment-là, il n’aura plus vraiment de raison d’exister, même pour les passionnés. Mais nous n’y sommes pas encore. Tant que le moteur thermique reste capable d’apporter une intensité mécanique et sensorielle unique dans le segment des supercars, Lamborghini aurait intérêt à en tirer parti jusqu’au bout, avant que l’adoption de l'électrique soit totale dans l'imaginaire collectif (ce qui arrivera à coup sur je n'en doute pas, les premiers possesseurs de voitures électriques montrent qu'il est difficile de revenir en arrière).
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