Nouvelle Pixo : une fumisterie signée Nissan

Dernière modification : 24/09/2026 -  3

Il y a les voitures qui partagent une plateforme, et il y a celles qui partagent quasiment tout. Avec la nouvelle Pixo, Nissan a choisi la deuxième option sans vraiment chercher à le cacher. On prend la nouvelle Renault Twingo E-Tech, on lui refait le visage, on modifie quelques détails à l'arrière, on change les logos et on obtient soudainement une nouvelle Nissan. Franchement, il fallait oser.

Le plus gênant n'est même pas que la Pixo repose sur la même base technique que la Twingo. Aujourd'hui, tout le monde mutualise les plateformes, les moteurs, les batteries et une bonne partie de l'électronique. Ce qui commence à devenir franchement grossier, c'est lorsque le partage saute aux yeux avant même d'avoir ouvert la fiche technique. Ici, la silhouette générale, les proportions, le pavillon, les surfaces vitrées, les portes et une bonne partie de la carrosserie sont tellement proches qu'on comprend instantanément ce qu'on regarde. Grosso modo, ce n'est pas vraiment une Nissan qui utilise une base Renault, c'est surtout une Twingo à laquelle Nissan a essayé de donner un autre visage.


L'arrière a un air de Dacia ...

Il suffisait pourtant de regarder ce qu'a fait Dacia

Cette paresse esthétique serait déjà discutable seule, mais elle devient encore plus difficile à défendre quand on regarde la nouvelle Dacia Spring. Elle aussi dérive de la même famille technique que la Twingo, elle aussi récupère une énorme quantité d'éléments invisibles au client, et pourtant elle ressemble clairement à une Dacia. La carrosserie a été suffisamment retravaillée, les volumes sont différents, le style est plus cubique et personne ne la confondra avec une Twingo en la voyant passer dans la rue.

C'est donc bien que le groupe savait faire. Il suffisait tout bêtement d'accepter de dépenser un peu plus pour donner une véritable identité au produit. Avec la Pixo, Nissan semble avoir décidé que quelques optiques différentes, des boucliers spécifiques et deux ou trois détails graphiques feraient l'affaire. On touche presque à la caricature du rebadgeage, ce vieux procédé qui consiste à multiplier artificiellement les modèles sans réellement multiplier les voitures.

Le groupe Renault commence à prendre les mauvaises habitudes de Stellantis

Le plus amusant est que cette méthode rappelle exactement ce qui a longtemps été reproché à Stellantis. Des Peugeot, Citroën, Opel, Fiat ou autres modèles du groupe partageant tellement d'éléments qu'on finissait parfois avec la sensation d'acheter le même produit décliné sous plusieurs costumes. Le procédé est excellent pour les comptes, beaucoup moins pour l'identité des marques. Renault et Nissan semblent aujourd'hui regarder cette recette avec beaucoup d'intérêt.

Car il ne faut pas se raconter d'histoires. Quand une carrosserie, une architecture intérieure, une base technique, un moteur, une batterie et une grande partie des composants deviennent communs, le fameux "ADN de marque" commence sérieusement à ressembler à une histoire racontée par le service marketing. Le logo change, le discours change, mais la voiture reste très largement la même. Et lorsque trois modèles différents commencent à sortir de la même matrice en très peu de temps, il devient assez évident que la chasse aux coûts est devenue une priorité absolue.

Et voilà maintenant un petit air de Dacia

Il y a même quelque chose d'assez troublant à l'arrière de cette Pixo, qui rappelle franchement certaines Dacia récentes avec ses formes géométriques, ses volumes assez droits et cette manière de découper les éléments noirs. Et là, avouons que ça commence à devenir amusant. A force de voir les mêmes gimmicks circuler d'une marque à l'autre, on finirait presque par croire que toutes les voitures du groupe sont dessinées par une seule et même équipe qui change simplement de cahier des charges selon le logo posé sur la calandre.

Pour ma part, c'est une impression que j'ai déjà souvent chez Stellantis. Certaines Citroën, Peugeot, Opel ou Fiat semblent parfois porter des morceaux de la même patte stylistique, comme si les marques étaient moins étanches qu'on veut bien nous le faire croire. Bien évidemment, un grand groupe dispose de plusieurs studios et de plusieurs équipes, mais le résultat visuel finit parfois par raconter autre chose. Quand les mêmes formes, les mêmes signatures graphiques ou les mêmes astuces reviennent un peu partout, difficile de ne pas soupçonner qu'une même culture de design finit par contaminer tout le groupe. Et c'est précisément comme cela qu'une marque commence doucement à perdre sa personnalité.

Une Nissan dehors, une Twingo dedans

Une fois à bord, la tentative de camouflage ne devient pas franchement plus convaincante. On retrouve immédiatement l'architecture de la Twingo avec le volant, les sièges, l'organisation générale de la planche de bord, les commandes et plusieurs rangements communs. Nissan a bien modifié quelques détails, notamment certains habillages et les aérateurs, mais on reste clairement dans le même habitacle. Là encore, il ne faut pas chercher très longtemps pour retrouver la donneuse.


Ce n'est d'ailleurs pas forcément une mauvaise chose du point de vue de l'utilisateur, car la base est plutôt moderne. On retrouve une instrumentation numérique de 7 pouces, un écran central d'environ 10 pouces, Google Built-in, différentes fonctions connectées et même un système de reconnaissance du conducteur capable de charger certains réglages personnels. La voiture pourra également proposer le régulateur adaptatif avec fonction Stop & Go, différentes aides au maintien dans la voie, des fonctions de stationnement automatisé et l'e-Pedal.


Les éléments de style rappellent largement la Clio 6 ... L'équipe de design semble être la même entité, ce qui serait logique d'un point de vue rationnel

Techniquement, on retrouve évidemment la recette désormais bien connue

Il n'y a évidemment pas de surprise sous la carrosserie puisque la Pixo récupère la mécanique que l'on connaît désormais par coeur sur cette famille de modèles. Elle reçoit donc la batterie LFP de 27.5 kWh déjà vue sur cette nouvelle génération de petites électriques développées autour de la Twingo. Elle alimente ici un moteur de 60 kW, soit environ 82 ch, avec une autonomie annoncée à 259 km WLTP.

Pour ce type de voiture, la recette reste cohérente. Le but n'est pas de traverser la France d'une traite mais de disposer d'une citadine légère, peu coûteuse à produire et suffisamment endurante pour les trajets quotidiens. La capacité de 27.5 kWh peut sembler faible en valeur absolue, mais elle reste adaptée au poids et à l'usage visé. Et puis soyons sérieux, Nissan n'avait évidemment aucune raison de toucher à cette partie-là puisque toute la philosophie de la Pixo consiste justement à récupérer au maximum ce qui existe déjà.

Caractéristique Nissan Pixo Renault Twingo E-Tech Dacia Spring 3
Plateforme RGEV Small RGEV Small RGEV Small
Longueur 3.796 m 3.789 m 3.854 m
Largeur 1.790 m 1.720 m 1.737 m
Hauteur 1.512 m 1.491 m environ 1.520 m
Empattement 2.492 m 2.493 m 2.492 m
Puissance 82 ch 82 ch 82 ch
Batterie utile 27.5 kWh LFP 27.5 kWh LFP 27.5 kWh LFP
Autonomie WLTP 259 km 263 km 250 km
Recharge AC de série 11 kW 6.6 kW 6.6 kW
Recharge AC maximale 11 kW 11 kW en option 11 kW en option
Recharge DC 50 kW de série 50 kW en option 50 kW en option
Recharge rapide 15 à 80 % en env. 28 min 10 à 80 % en env. 28 min 15 à 80 % en env. 28 min
Coffre 356 litres VDA jusqu'à 360 litres (260 sièges reculés) 337 litres
Coffre sièges rabattus 1.221 litres VDA 1.010 litres VDA 1.283 litres

Voyez à quel point l'uatonomie peut évoluer selon le poids et l'aérodynamisme, qui sont les seules variables mouvantes

Le tableau permet surtout de voir à quel point les trois voitures sont proches techniquement. Même plateforme, même batterie LFP de 27.5 kWh et même moteur de 60 kW... On ne cherche même plus vraiment les similitudes puisqu'elles constituent l'essentiel de la fiche technique. Les quelques kilomètres qui séparent leurs autonomies WLTP ne viennent donc pas d'une meilleure batterie ou d'une mécanique différente. Ils s'expliquent essentiellement par les différences de poids et d'aérodynamisme liées aux carrosseries. La Twingo atteint ainsi 263 km, la Pixo 259 km et la Spring 250 km avec exactement la même quantité d'énergie disponible. Grosso modo, sous trois carrosseries différentes, on retrouve bien la même petite voiture électrique déclinée à la sauce de chaque marque.

La recharge rapide de série, l'un des rares vrais arguments propres à la Pixo

La Pixo récupère tout de même un petit avantage intéressant puisque la recharge rapide 50 kW DC est proposée de série. Nissan annonce environ 28 minutes pour passer de 15 à 80 %, ce qui est largement suffisant pour une voiture de ce type. La recharge en courant alternatif grimpe à 11 kW et la voiture dispose également de capacités bidirectionnelles, ce qui pourra permettre différents usages selon les équipements proposés autour du véhicule.

Ce genre de détail peut d'ailleurs devenir important lorsque trois voitures techniquement presque identiques sont vendues en parallèle. Puisque les différences mécaniques sont réduites au strict minimum, ce sont forcément le tarif, l'équipement de série, la garantie et quelques petits raffinements qui finiront par servir de véritables arguments commerciaux. Bref, il faudra surtout regarder combien Nissan facture son travail de maquillage.

Au moins, elle reste pratique

La Pixo conserve aussi l'une des bonnes idées de la Twingo avec ses deux sièges arrière coulissants indépendamment. C'est particulièrement malin sur une voiture aussi courte puisque l'on peut choisir de privilégier l'espace pour les passagers ou le volume de coffre. Nissan annonce 356 litres VDA, dont une partie sous le plancher permettant notamment de ranger les câbles de recharge, et jusqu'à 1.221 litres lorsque les sièges sont rabattus.

L'habitacle reste limité à quatre places, mais avec un empattement de près de 2.50 mètres, la voiture devrait rester suffisamment habitable pour son gabarit. La batterie sous le plancher impose toutefois une position assez haute aux passagers arrière. La Spring conserve également un petit avantage pratique avec la possibilité d'avoir un coffre avant, absent ici.

La Pixo avait déjà fait exactement le même coup

Et il y a finalement quelque chose de presque comique dans le choix du nom. La première Nissan Pixo, lancée à la fin des années 2000, était déjà une Suzuki Alto légèrement transformée. Même voiture, quelques différences esthétiques, logo Nissan et nouveau passage à la caisse. Le nom Pixo revient donc près de vingt ans plus tard avec pratiquement la même philosophie industrielle.

On pourrait presque y voir une forme de fidélité historique. Chez Nissan, la Pixo semble être le nom que l'on sort du placard lorsqu'on veut une petite voiture sans trop dépenser pour la concevoir. Ce n'est évidemment pas très glorieux pour l'image du modèle, mais au moins la tradition est respectée...

Le problème n'est pas la voiture, c'est la fumisterie autour

Car il faut être précis. La Pixo ne semble pas être une mauvaise voiture. Au contraire, elle profite d'une base moderne, d'une mécanique simple, d'une batterie LFP adaptée à son usage, d'une bonne modularité et d'un équipement qui devrait être plutôt complet. On ne va donc pas lui inventer des défauts simplement pour le plaisir de taper dessus.

La fumisterie se trouve plutôt dans cette manière de nous présenter comme un nouveau modèle ce qui ressemble énormément à une Twingo légèrement redessinée. On économise sur le développement, on mutualise au maximum, puis on remet une couche de communication pour essayer de redonner une personnalité artificielle au produit. Tout bêtement. C'est précisément ce genre de méthode qui finit par vider progressivement les marques de leur substance.

Et si Renault voulait démontrer jusqu'où il était possible de pousser les économies d'échelle, l'exercice est plutôt réussi. Une Twingo chez Renault, une Spring chez Dacia, une Pixo chez Nissan, trois logos, trois discours marketing et une base industrielle commune exploitée jusqu'à la corde. La Spring sauve encore largement les apparences grâce à un design suffisamment différent. La Pixo, elle, donne surtout l'impression que Nissan a reçu la Twingo avec pour consigne de la transformer sans surtout faire grimper la facture.

Le prix dira jusqu'où Nissan compte pousser la blague

Il reste maintenant à connaître le tarif français. Et celui-ci sera particulièrement important, car plus la Pixo sera chère, plus il deviendra difficile de justifier cette opération. Si Nissan parvient à proposer un bon niveau d'équipement et un prix agressif, certains clients pourront parfaitement se moquer de savoir que leur voiture ressemble énormément à une Twingo. Après tout, ils achèteront surtout un produit pratique et rationnel.

Mais si elle vient se placer au-dessus d'une Twingo équivalente sans apporter grand-chose de plus, avouons que ce sera quand même assez savoureux. Economiser sur la conception, sur la différenciation et sur une bonne partie du développement pour ensuite demander davantage au client simplement parce qu'il y a un autre logo sur le capot... à ce niveau-là, il faudra presque saluer le culot.

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