L'origine de la création de la marque de voiture Nissan remonte au début du siècle, en 1911 : l'usine fabriquait à l'époque des véhicules commercialisés sous l'appellation « Datsun ». En 1934, « Nissan Motors Co Ltd» fait son entrée sur le marché international de l'automobile. Pendant les deux guerres mondiales, la marque diversifie les modèles, créant des roadster, des coupés mais aussi des véhicules militaires et des 4X4. En 1955, Datsun crée une limousine et en 1959, il lance sur le marché la célèbre Bluebird, modèle phare des débuts de la foudroyante réussite de Nissan. Les années 60 lui apporteront le succès grandissant, notamment grâce à la fusion entre Nissan et Prince Motors en 1966 - 1967 : les modèles Gloria et Skyline sont aussi un vif succès. L'apogée de Nissan, dans les années 60, est le lancement de l'ultra puissante 240Z, une six cylindrée de 150 chevaux et d'un moteur de 2.4 litres. La 240Z est la concurrente directe de la Porsche, aussi puissante, aussi attrayante, mais à moitié prix, ce qui le rendait d'autant plus attractive.
Dans les années 70, Nissan connait sa plus forte expansion commerciale, devenant une marque de renommée mondiale. Cette même période coïncide avec le large développement du marché automobile japonais, Toyota et Nissan se livrant à une farouche concurrence. Toyota, le N°1 sur le marché mondial de l'automobile, résistera aux assauts de Nissan, qui restera le N°2. Depuis les années 1970, Nissan tente de faire céder Toyota, pour lui rafler la première place, mais sans succès : Nissan gardera la 2e place, en faveur de son meilleur concurrent Toyota.
Cette course à la première place, alliée aux débuts de la mondialisation pousse Nissan s'endetter de plus en plus dans les années 1980. Les années 1990 lui valent une dépréciation et son image se ternit ; les difficultés financières s'accumulent, et la fin des années 90 sonne le glas de la faillite de la marque. C'est alors qu'en 1999 une alliance avec Renault est impulsée par Louis Schweitzer, pour sauver la marque. Renault jouissait d'une place prépondérante sur le marché international de l'automobile, de par sa position de second constructeur automobile français.
En 1999, l'alliance Nissan - Renault est conclue par l'intermédiaire de Louis Schweitzer pour Nissan et de Carlos Ghosn pour Renault, ce dernier étant le N°2 de la marque française. Renault achète donc 44% du capital de Nissan et Carlos Ghosn en prend la direction. Il est alors le premier dirigeant étranger à la tête d'une usine japonaise de construction automobile. PDG de Nissan, Ghosn élabore un ambitieux projet de relance : le N - R - P, pour Nissan - Revival - Plan. Le NRP consiste principalement en une réduction drastique des coûts, politique qui vise essentiellement la suppression d'emplois : 21.000 emplois répartis dans le monde, seront supprimés pour sauver l'entreprise.
La synergie créée par ce nouvel actionnaire particulièrement dynamique et déterminé, redore le blason et l'image de Nissan sur la scène internationale. L'alliance Nissan - Renault relance la marque japonaise, qui redevient par conséquent très compétitive sur le marché international de l'automobile. L'alliance Nissan - Renault a abouti aux résultats initialement escomptés. Actuellement, ce groupe se situe à la quatrième place mondiale. Signe de cette renaissance fulgurante, en 2009, une tour d'une centaine de mètres de hauteur a été achevée dans la baie de Yokohama, pour abriter le nouveau siège social du groupe. Le plein essor se dessine à nouveau.
Dès 2001, Nissan renoue avec la croissance : l'entreprise fait des bénéfices. En 2003, Nissan ouvre à Londres un entre européen de Design automobile. Cette même année, le groupe parvient enfin à effacer la totalité de sa dette. Nissan est en 2004 le constructeur automobile le plus rentable sur un plan international. En 2005, Nissan met en activité sa première ferme éolienne, située à Sunderland, sur la côte Ouest de l'Angleterre. La croissance se poursuite et en 2006, Nissan lance sur le marché russe sa gamme « Infiniti », lors du Salon de l'Automobile de Moscou.
Cette même année, la marque se lance dans un projet écologique : le Programme Vert de 2010. En 2007, la construction d'une usine à Saint- Petersburg démarre ; le Maroc prendra le relais, pour la construction d'un complexe industriel sur son sol. La mondialisation de l'industrie Nissan n'est alors qu'à ses débuts et se poursuivra jusqu'à nos jours.
En 2010, Nissan le groupe Nissan - Renault s'est allié à Daimler AG pour une coopération stratégique d'envergure notamment pour les moteurs de 3 et 4 cylindres tant pour les moteurs essence que pour les moteurs diesel. De plus, Daimler fournira à la gamme russe Infiniti, des moteurs de 4 ou 6 cylindres. Ainsi, la coopération porte sur les futures Smart Fortwo et sur les Renault Twingo, tant sur leurs versions essence que sur leurs versions électriques. C'est donc une nouvelle architecture commune qui régira le développement et la construction des petites voitures et plus particulièrement les Twingo et Smart : leur lancement est prévu à compter de 2013, versions essence et électrique. De plus, les groupes moto- propulseurs seront mis en collaboration ; les futurs projets relevant des voitures particulières ainsi que des utilitaires légers seront aussi développés en étroite collaboration.
Conforté dans son emprise internationale, le groupe Nissan envisage de réactiver sa marque d'origine, la fameuse Datsun qui a marqué les débuts de Nissan. Le projet de relance de Datsun toucherait le marché du low- cost, créant un nouveau volet dans l'industrie Nissan. Les véhicules low - cost de Nissan seraient commercialisés à 4600 euros environ, c'est-à-dire 500.000 yens. Ces véhicules à bas prix sont destinés au marché des pays émergents, tels que le Mexique, le Brésil mais aussi la Chine. L'objectif d'un tel projet est de s'aligner sur le marché de la Dacia, voiture low- cost de son partenaire Renault, qui connait un très vif succès sur le marché mondial de l'automobile low- cost.
Le projet de retour de Datsun a donc bien été tenté, et c'est assez révélateur de la manière dont Nissan voyait les pays émergents au début des années 2010. En gros, la marque voulait reprendre un vieux nom populaire pour vendre des voitures simples, peu chères et adaptées à des marchés où le prix reste souvent le premier critère d'achat. Sur le principe, ce n'était pas idiot, car Datsun avait encore une valeur historique et une image plus accessible que Nissan. Hélas, une marque ne se relance pas seulement avec un logo et deux souvenirs dans le coffre... Il faut un réseau solide, des produits vraiment convaincants et une marge suffisante pour que l'opération ait du sens. Le retour de Datsun a donc fini par s'éteindre progressivement, avec l'arrêt de la production du dernier modèle en Inde en 2022, ce qui montre bien que le low-cost n'est pas un terrain aussi simple qu'on aime parfois le croire.
Tout le monde le sait ou presque, Nissan a eu un vrai coup d'avance avec la Leaf. Lancée en 2010, cette compacte 100% électrique a été l'une des premières voitures électriques produites en grande série, et il faut quand même reconnaître que Nissan n'a pas attendu que le marché soit confortable pour se lancer. En effet, à cette époque, parler d'électrique relevait encore presque de l'expérience de laboratoire pour beaucoup d'automobilistes, avec des questions assez basiques sur l'autonomie, la recharge et la durée de vie des batteries. La Leaf avait donc quelque chose de courageux, car elle proposait une vraie voiture familiale, utilisable au quotidien, et non pas un gadget urbain destiné à faire joli dans un salon automobile. Mais Nissan n'a pas transformé cet avantage en domination durable, ce qui est presque frustrant quand on y pense. Pendant que la marque avançait prudemment, Tesla et les constructeurs chinois ont compris qu'il fallait rendre l'électrique désirable, rapide, connectée et presque statutaire, ce que Nissan a mis plus de temps à faire.
Ce n'est pas un secret, Nissan a aussi beaucoup profité de la vague des SUV et des crossovers. Le Qashqai, le Juke puis le X-Trail ont donné à la marque une image plus moderne en Europe, avec des voitures qui correspondaient mieux à ce que les familles voulaient acheter. Avouons quand même que le crossover est souvent moins rationnel qu'un monospace, car il est rarement aussi habitable et parfois moins pratique, mais il donne une impression de robustesse et de valorisation que les clients recherchent. C'est pour ça que Nissan a eu le nez creux avec le Qashqai, qui a presque servi de passerelle entre la berline compacte classique et le SUV familial. En gros, la marque a compris assez tôt que l'acheteur ne voulait plus seulement une voiture utile, mais aussi une voiture qui donne l'impression d'avoir un peu plus d'allure. Cette lecture du marché a aidé Nissan à rester visible, même lorsque son image technique devenait moins forte qu'à l'époque des 240Z, Skyline ou GT-R.
En 2018, l'affaire Carlos Ghosn vient casser l'image d'une alliance parfaitement maîtrisée. L'ancien patron de Nissan et Renault est arrêté au Japon, accusé notamment d'avoir sous-déclaré une partie de sa rémunération, accusations qu'il a contestées avec force. La suite devient presque romanesque, avec une fuite au Liban et une bataille médiatique qui dépasse largement le cadre automobile. Pour ma part, je pense que cette affaire a surtout révélé une hypocrisie assez classique des grands groupes, car tout le monde semblait louer le système tant qu'il rapportait de l'argent, puis tout le monde a soudainement découvert qu'il était devenu dérangeant. Nissan n'était plus seulement le constructeur sauvé par un patron providentiel, mais une entreprise japonaise qui voulait aussi reprendre la main sur son destin. Bref, l'histoire était moins belle que la brochure officielle, comme souvent...
Voyons maintenant l'alliance Renault - Nissan, car elle a beaucoup changé après cette période agitée. Pendant longtemps, Renault possédait une part très forte de Nissan, ce qui créait un déséquilibre assez évident, surtout quand Nissan vendait beaucoup plus de voitures que Renault sur certains marchés. En 2023, les deux groupes ont donc remis l'accord à plat, avec une participation croisée de 15% chacun et une partie des actions Nissan de Renault placée dans une structure séparée. En gros, on a arrêté de faire semblant que l'alliance était un mariage parfaitement harmonieux alors qu'elle ressemblait parfois à une colocation tendue. Cela ne veut pas dire que Renault et Nissan ne travaillent plus ensemble, bien au contraire, car ils ont encore intérêt à partager des plateformes, des moteurs, des projets électriques et des investissements. Mais la relation est devenue plus froide, plus contractuelle, et probablement plus saine d'ailleurs.
Pour continuer à exister dans l'électrique, Nissan a ensuite lancé l'Ariya, un SUV 100% électrique plus valorisant que la Leaf et mieux adapté à la mode du moment. Il faut savoir que ce modèle devait justement donner une image plus haut de gamme à l'électrique Nissan, avec un habitacle plus soigné, une silhouette plus moderne et une technologie plus ambitieuse. Mais l'Ariya est arrivé dans un marché déjà beaucoup plus encombré, ce qui rend l'exercice nettement plus difficile qu'en 2010 avec la Leaf. Nissan a aussi développé sa technologie e-Power, qui fonctionne comme un hybride un peu particulier, car les roues sont entraînées par un moteur électrique tandis que le moteur thermique sert surtout de générateur. Grosso modo, on retrouve une sensation de conduite proche de l'électrique sans devoir brancher la voiture, ce qui peut rassurer une clientèle encore frileuse devant la recharge. Ce n'est pas la solution parfaite, bien évidemment, mais c'est une manière assez maligne de faire la transition sans brusquer tout le monde.
A partir de 2024, Nissan lance The Arc, un plan destiné à renforcer la rentabilité, accélérer l'électrification et remettre un peu d'ordre dans une gamme parfois trop dispersée. Ce genre de plan a toujours un côté un peu froid, car les constructeurs parlent de compétitivité, de synergies et de nouvelles méthodes industrielles, mais derrière ces mots se cache une réalité assez simple. Nissan doit produire plus efficacement, renouveler ses modèles plus vite et éviter de courir dans tous les sens. En 2025, le plan Re:Nissan va encore plus loin dans cette logique de redressement, avec l'objectif de retrouver un profit opérationnel automobile positif et un flux de trésorerie positif à l'horizon de l'exercice 2026. Notez que quand une entreprise nomme un plan de relance avec son propre nom, ce n'est jamais pour faire joli dans un dossier de presse... Cela veut dire qu'il y a urgence à redevenir lisible, solide et rentable.
Nissan reste pourtant une marque plus intéressante qu'elle n'en a parfois l'air. Elle possède encore une vraie culture technique, avec une histoire sportive, des 4X4 solides, des compactes populaires et une avance historique dans l'électrique. Le problème, c'est que cette richesse est parfois mal exploitée, comme si Nissan avait tous les ingrédients dans la cuisine mais qu'elle hésitait trop longtemps avant de servir le plat. Pour ma part, je trouve que la marque manque parfois d'audace dans la manière de raconter ses voitures, alors qu'elle pourrait largement jouer sur son passé, sur la GT-R, sur la Z, sur la Leaf et sur son savoir-faire japonais. Les constructeurs qui gagnent aujourd'hui ne sont pas forcément ceux qui savent tout faire, mais ceux qui savent faire comprendre clairement ce qu'ils représentent. C'est peut-être là que Nissan doit travailler le plus, car un bon produit mal raconté finit souvent noyé dans la masse.
Voyons donc ce que Nissan peut encore devenir. La marque ne manque pas d'atouts, mais elle doit maintenant affronter une concurrence bien plus violente qu'à l'époque où Toyota était son grand rival naturel. Les Chinois poussent très fort sur l'électrique, les Coréens progressent vite, Tesla a imposé une nouvelle grammaire automobile, et les constructeurs européens tentent de sauver leur place avec plus ou moins de lucidité. Dans ce bazar, Nissan ne peut plus se contenter d'être une marque sérieuse et raisonnable, car cela ne suffit plus à faire vibrer un client. Il lui faut des modèles efficaces, oui, mais aussi une identité plus nette, presque plus tranchante. Avouons quand même que ce serait dommage de voir Nissan devenir une simple marque de SUV sages, alors que son histoire prouve qu'elle sait aussi produire des voitures populaires, intelligentes et parfois franchement passionnantes...
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