Prix du carburant et ventes d'électriques d'occasion : une relation presque mathématique

Dernière modification : 21/09/2026 -  1

Le prix du carburant a toujours constitué l'un des principaux arguments économiques en faveur de la voiture électrique, mais encore fallait-il réussir à mesurer jusqu'à quel point il influence réellement le choix des automobilistes. CapCar vient justement de confronter ses ventes réalisées entre janvier 2025 et septembre 2026 avec l'évolution du prix du gazole, et les chiffres obtenus montrent une corrélation assez spectaculaire. Lorsque le gazole reste sous 1,75 euro le litre, les voitures électriques représentent 4 % des ventes du réseau. Lorsque le litre dépasse 2 euros, cette proportion grimpe à 5,9 %, soit quasiment 50 % de plus. CapCar affirme même que chaque augmentation de 10 centimes du litre correspond à un gain de 0,4 point de part de marché pour l'électrique dans ses ventes. Source de ces chiffres, données propriétaires CapCar portant sur les ventes réalisées entre janvier 2025 et septembre 2026.

Le phénomène paraît d'ailleurs assez logique. Une hausse du carburant ne change pas grand-chose à la voiture que vous possédez déjà, mais elle change immédiatement le calcul que vous faites lorsque vient le moment de la remplacer. Une voiture qui consomme 6 litres aux 100 km utilise 900 litres chaque année si vous parcourez 15 000 km. Lorsque le litre passe de 1,60 à 2,20 euros, ce sont donc 540 euros supplémentaires chaque année qui partent dans le réservoir, et cela sans obtenir quoi que ce soit de plus en retour... De quoi commencer à regarder différemment une électrique d'occasion, surtout pour celui qui peut recharger chez lui.

La hausse du carburant provoque bien un mouvement vers l'électrique

CapCar pourrait évidemment être victime des particularités de sa propre clientèle, mais d'autres acteurs observent quasiment au même moment le même phénomène. Leboncoin a enregistré dès mars 2026 une augmentation de 35 % des recherches de voitures électriques, puis une envolée de 81 % en avril, accompagnée d'une hausse de 62 % des ventes d'électriques d'occasion. La Centrale constate de son côté que les recherches de voitures électriques d'occasion ont doublé en quelques semaines lorsque les carburants se sont envolés. Il devient donc assez difficile de considérer la corrélation observée par CapCar comme une simple bizarrerie statistique propre à son réseau.

L'électrique est la seule motorisation qui progresse

Les chiffres de CapCar permettent de visualiser assez facilement ce qui se produit lorsque le gazole franchit la barre des 2 euros. L'électrique est en effet la seule motorisation dont la part progresse réellement, passant de 4 % à 5,9 % des ventes, soit une hausse de près de 48 %. Dans le même temps, le diesel et l'essence reculent, tandis que l'hybride reste quasiment stable.

Motorisation Gazole sous 1,75 €/l Gazole au-dessus de 2 €/l Evolution
Electrique 4,0 % 5,9 % +1,9 point, soit +48 %
Diesel 35,6 % 32,9 % -2,7 points
Essence 49,7 % 47,9 % -1,8 point
Hybride environ 8,3 % environ 8,3 % Stable

Source : CapCar, données de ventes réalisées entre janvier 2025 et septembre 2026, comparées au prix moyen du gazole.

Ce tableau montre finalement mieux que de longs discours ce que produit la hausse du carburant. Les acheteurs ne se déplacent pas simplement du diesel vers l'essence ou vers l'hybride, puisque ces motorisations ne progressent pas. C'est bien l'électrique qui récupère une partie du mouvement, ce qui renforce l'idée que le coût du carburant commence à jouer directement sur le choix de motorisation au moment de changer de voiture.

Ce qui est intéressant ici est surtout la rapidité de réaction. L'automobiliste ne découvre évidemment pas en 2026 qu'une voiture électrique coûte moins cher en énergie qu'une thermique, tout le monde le sait ou presque. En revanche, tant que le litre reste dans une zone de prix jugée supportable, cet avantage reste assez abstrait et passe derrière le prix d'achat, l'autonomie ou encore la recharge. Quand la facture à la pompe prend brutalement plusieurs dizaines d'euros supplémentaires chaque mois, l'économie potentielle devient beaucoup plus concrète. C'est finalement la vieille différence entre savoir qu'une chose coûte cher et commencer réellement à souffrir de son prix...

Les 2 euros semblent agir comme une véritable barrière psychologique

Le chiffre le plus intéressant de l'étude CapCar est peut-être finalement moins le gain de part de marché de l'électrique que le niveau auquel il apparaît. Deux euros le litre représentent un chiffre rond particulièrement facile à retenir, un peu comme les fameux prix à 99 euros qui semblent toujours plus éloignés de 100 euros qu'ils ne le sont réellement. Economiquement, la différence entre un litre à 1,99 euro et un litre à 2,01 euros est évidemment dérisoire. Avec notre voiture consommant 6 litres aux 100 km et parcourant 15 000 km par an, ces deux centimes représentent seulement 18 euros par an. Pourtant, psychologiquement, voir apparaître un 2 devant le prix du litre donne immédiatement une autre impression.

Un sondage Elabe réalisé en septembre 2026 renforce fortement cette hypothèse. Les automobilistes interrogés estiment désormais en moyenne que le carburant devient trop cher à partir de 1,84 euro le litre, et 30 % citent précisément la barre des 2 euros comme seuil inacceptable. En avril, le seuil moyen était encore de 1,93 euro et 26 % citaient exactement 2 euros. Ce fameux chiffre rond semble donc constituer une sorte de frontière mentale pour une partie importante des automobilistes.

Cela permet d'ailleurs d'expliquer pourquoi une augmentation progressive du carburant ne produit pas forcément une réaction elle aussi progressive. Tant que le litre reste à 1,75, 1,82 ou 1,89 euro, beaucoup encaissent la hausse et continuent comme avant. Le passage au-dessus de 2 euros peut au contraire provoquer une remise à plat plus globale du budget automobile. Vous pensez alors moins à économiser trois centimes en allant à la station suivante qu'à supprimer presque totalement cette dépense en changeant de motorisation. C'est là que l'électrique commence à profiter pleinement de la situation.

Une vague qui peut retomber avec le prix du carburant

Attention toutefois à ne pas imaginer que tous ces nouveaux acheteurs étaient définitivement perdus pour le thermique avant même d'avoir acheté leur voiture. Une partie de cette hausse ressemble probablement à une vague conjoncturelle, avec des automobilistes qui envisageaient déjà l'électrique mais qui avancent leur décision lorsque le carburant devient trop cher. Quelqu'un qui pensait remplacer son diesel dans neuf mois peut parfaitement décider de le faire immédiatement lorsque chaque plein dépasse soudainement les 100 euros. Le nombre d'acheteurs augmente donc fortement pendant quelques mois sans que cela signifie nécessairement que la demande restera ensuite à ce niveau.

Leboncoin a justement observé ce mécanisme au deuxième trimestre 2026. Les recherches d'électriques d'occasion ont progressé jusqu'à 80 % au plus fort de la crise, puis ont commencé à revenir vers des niveaux plus habituels lorsque les prix des carburants se sont détendus. Le prix à la pompe semble donc bien fonctionner comme une sorte d'accélérateur de la demande, et cet accélérateur se relâche lorsque le carburant baisse.

Cela ne retire rien à l'intérêt du phénomène, bien au contraire. Cela montre simplement qu'une partie des ventes électriques est désormais suffisamment sensible au coût du thermique pour réagir rapidement aux variations du carburant. Si celui-ci reste durablement autour ou au-dessus des 2 euros, la vague peut donc durer et finir par déplacer durablement le marché. S'il redescend fortement, certains acheteurs repousseront probablement de nouveau leur passage à l'électrique.

L'offre d'électriques d'occasion arrive justement au bon moment

Il reste néanmoins un élément sans lequel toute cette demande supplémentaire aurait rapidement rencontré un mur. Il faut des voitures à vendre... Or l'offre électrique d'occasion devient enfin suffisamment importante pour absorber une hausse brutale des acheteurs. Leboncoin indique que son offre de voitures électriques d'occasion a été multipliée par trois depuis 2022, pour atteindre autour de 40 000 annonces au printemps 2026. Avere-France et Mobilians ont de leur côté comptabilisé 72 244 transactions d'électriques d'occasion au deuxième trimestre 2026, soit 42 % de plus qu'au trimestre précédent.

Et la chronologie mérite quelques explications. C'est justement autour de 2021 et 2022 que les volumes d'électriques neuves ont commencé à devenir beaucoup plus sérieux en France. Avere-France recensait 174 191 véhicules 100 % électriques immatriculés en 2021, puis 219 755 en 2022, contre des volumes nettement plus faibles quelques années auparavant. Dans le même temps, une grande quantité de voitures neuves sont financées en location, et les contrats de LLD automobiles durent généralement 36 à 48 mois selon Ayvens, l'un des principaux acteurs européens de la location automobile. Les voitures électriques mises en circulation lors de la forte accélération de 2021, 2022 puis 2023 arrivent donc progressivement à l'âge où une partie d'entre elles retourne chez les loueurs et les distributeurs avant d'être remise sur le marché.

Le phénomène est même assez révélateur puisque cette abondance nouvelle n'a pas empêché le marché de se tendre lorsque le carburant s'est envolé. Leboncoin indique qu'au deuxième trimestre 2026 le stock disponible d'électriques d'occasion a reculé de 30 %, tandis que leur prix moyen progressait de 3 % par rapport au trimestre précédent. Cela suggère que la demande a temporairement augmenté plus vite que l'offre, malgré un marché désormais bien mieux alimenté. Pour ainsi dire, les fins de leasing ont rempli les rayons au moment même où la hausse du carburant amenait davantage de clients dans le magasin...

Attention quand même au lien ...

Reste un chiffre du communiqué CapCar que je prendrais avec davantage de précautions. Affirmer que chaque augmentation de 10 centimes du litre de gazole fait gagner 0,4 point de part de marché à l'électrique donne l'impression d'une mécanique presque aussi régulière qu'une formule mathématique. Or l'étude porte seulement sur 21 mois et CapCar ne fournit pas le détail du modèle statistique utilisé, le nombre total de transactions analysées ni les éventuels facteurs de correction. Pendant cette période, le prix du carburant bouge, mais l'offre électrique d'occasion augmente également, les modèles disponibles changent, leurs prix évoluent et les habitudes des acheteurs continuent elles aussi de se transformer.

Je ne remettrais donc pas en cause le sens de la relation, car les chiffres de Leboncoin et de La Centrale la confirment assez fortement. En revanche, transformer cette relation en coefficient universel de 0,4 point pour 10 centimes me semble aller un peu vite. Rien ne permet de garantir qu'un gazole passant de 2,10 à 2,20 euros produira exactement le même effet qu'un passage de 1,70 à 1,80 euro, et la barrière psychologique des 2 euros suggère même plutôt le contraire. Les consommateurs ne sont pas des équations parfaitement linéaires, hélas pour ceux qui aiment transformer les comportements humains en jolies courbes.

Le carburant cher pourrait devenir l'un des meilleurs vendeurs de voitures électriques

Ce que montrent finalement ces différentes données est assez intéressant. Le marché électrique d'occasion commence à disposer d'une offre suffisamment abondante pour proposer un véritable choix, tandis que le prix du carburant lui apporte ponctuellement des vagues d'acheteurs supplémentaires. Quand le litre dépasse 2 euros, l'économie d'usage de l'électrique cesse d'être une notion un peu théorique et devient une dépense que l'automobiliste peut directement comparer avec les sommes qu'il laisse chaque semaine à la station-service.

Et c'est probablement ici que le marché est en train de changer. Pendant longtemps, les pouvoirs publics et les constructeurs ont essayé de pousser l'électrique à coups de bonus, de normes et de discours environnementaux. Le prix du carburant pourrait finalement se montrer beaucoup plus convaincant que toutes les campagnes de communication réunies... Parce qu'un automobiliste qui voit partir 100 ou 120 euros à chaque plein n'a pas besoin qu'on lui explique très longtemps l'intérêt économique de ne plus acheter d'essence ou de gazole.


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