

Il y a des moments où l’époque se met à faire des dérapages toute seule, sans ESP, sans prévenir, sans même demander si tout le monde est bien attaché. On pensait encore discuter bonus écologique, LOA, malus au poids et hayon électrique. Et pendant ce temps-là, sur AliExpress, entre une trottinette qui promet 120 km d’autonomie et un robot tondeuse un peu louche, on peut tomber sur un robot humanoïde Unitree G1.
Prix affiché sur la capture : 19 643,99 euros. Soit le tarif d’une voiture neuve raisonnable, d’une occasion récente bien équipée, ou d’un engin bipède qui vous regarde avec sa tête de petit astronaute mutique. À ce stade, il faut arrêter deux minutes avec les comparateurs de SUV compacts et poser la vraie question : pourquoi acheter une voiture quand on peut acheter un robot ?
Bon, il ne vous emmènera pas à La Rochelle avec les enfants et les valises. Mais il y a une poésie brutale dans l’idée de recevoir chez soi un humanoïde de 35 kg commandé sur Internet. Le futur n’arrive plus par les salons technologiques. Il arrive dans un carton, avec une notice qui vous explique comment éviter qu’il tombe sur le carrelage.

C’est peut-être ça le plus fou. Pas que le robot existe. On sait que les labos travaillent dessus depuis des années. Pas même qu’il sache marcher. On a tous vu passer des vidéos de robots qui courent, sautent, dansent ou font semblant de ne pas préparer notre déclassement professionnel.
Non, le plus étrange, c’est qu’on puisse maintenant le voir sur une page marchande grand public, avec un prix, des photos, des articles similaires, et cette ambiance très AliExpress où l’on hésite entre acheter un câble USB-C, une coque de clé BMW et un humanoïde intelligent de 1,32 m.
La fiche indique même une mention assez savoureuse : “pas de développement secondaire pris en charge”. Traduction version comptoir : ce modèle-là n’est pas vraiment pensé pour les bidouilleurs qui veulent le reprogrammer en majordome, en copilote de rallye ou en danseur de mariage. Pour ça, il existe des versions EDU plus ouvertes. Là, on est plutôt sur le robot prêt à fonctionner, ce qui est déjà assez lunaire quand on y pense.

Le Unitree G1 n’est pas un jouet. Déjà parce qu’il coûte environ le prix d’une voiture, ensuite parce qu’il pèse environ 35 kg, et enfin parce que la notice rappelle gentiment qu’il ne faut pas le laisser aux enfants. On parle d’un humanoïde civil, destiné à la recherche, à l’éducation, à la démonstration, au divertissement, et peut-être demain à des usages plus pratiques.
Sur le papier, il sait déjà faire pas mal de choses :
Et là, normalement, on ricane un peu. Puis on relit. Puis on ricane moins.
Parce que 2 m/s, cela fait environ 7,2 km/h. Ce n’est pas la vitesse d’une voiture, d’accord, mais c’est déjà celle d’un humain pressé qui part attraper un métro. Imaginez le truc traversant un atelier, avançant dans un garage, patrouillant dans un entrepôt, ou venant simplement vous faire culpabiliser parce que lui, au moins, il s’est levé du canapé.
La grande question, c’est de savoir si on parle d’un jouet de milliardaire, d’un gadget pour vidéos TikTok, ou d’un vrai début de robot utilitaire.
Pour l’instant, il faut rester raisonnable. Le G1 n’est pas encore le robot qui va faire les courses, nettoyer la terrasse, porter les packs d’eau, ranger le coffre, garder les enfants et disputer votre garagiste au téléphone. Ce n’est pas C-3PO livré en point relais.
Mais il a déjà une base sérieuse. Son corps comprend 23 degrés de liberté sur la version G1 classique. Chaque jambe dispose de 6 degrés de liberté, chaque bras de 5, avec un degré de liberté au niveau de la taille. La version EDU peut monter beaucoup plus haut, jusqu’à 43 degrés de liberté selon configuration, avec notamment des options de poignets et de mains plus évoluées.
Ce n’est pas juste une statue motorisée avec des LED bleues. C’est un robot conçu pour bouger, corriger son équilibre, traiter des informations de capteurs et évoluer via logiciel. Et quand on commence à additionner LiDAR 3D, caméra de profondeur, CPU 8 cœurs, connectivité moderne, application dédiée et mises à jour à distance, on comprend que le machin n’est pas là uniquement pour faire peur au chat.
Le G1 embarque un système de perception assez costaud. Dans sa tête, il y a notamment un LiDAR Livox MID-360 et une caméra de profondeur Intel RealSense D435i.
Le LiDAR permet une perception de l’environnement avec un champ très large. La caméra de profondeur aide à comprendre les volumes, les distances, les obstacles, la scène autour de lui. Le robot peut donc mieux se situer dans l’espace qu’un conducteur qui recule au bruit dans un parking de supermarché.
Beaucoup de voitures modernes vous vendent des packs d’aides à la conduite hors de prix, avec une caméra qui s’embue et un radar qui panique devant une feuille morte. Pendant ce temps, un robot humanoïde commandé sur AliExpress arrive avec une tête remplie de capteurs pour comprendre son environnement.
Évidemment, il ne faut pas rêver trop vite. Le G1 n’est pas autonome au sens “je pars vivre ma vie et je reviens avec du pain”. Il doit être surveillé, contrôlé, utilisé dans des conditions précises. Mais la base technique est là. Et elle donne une sensation assez étrange : on a l’impression de regarder une brouette, puis on réalise qu’elle prépare un doctorat en robotique appliquée.
La notice annonce une autonomie d’environ 2 heures en usage global. Cela dépend évidemment de ce qu’on lui demande. S’il marche vite, corrige souvent sa posture, avance jambes fléchies, porte une charge ou évolue sur un terrain compliqué, l’autonomie baisse.
Deux heures, c’est à la fois peu et énorme.
Peu, parce qu’un robot domestique vraiment utile devra tenir plus longtemps. Énorme, parce que deux heures d’un humanoïde qui marche dans votre salon, c’est déjà beaucoup d’émotions. Au bout de dix minutes, tout le monde filme. Au bout de vingt, le chien a quitté la pièce. Au bout d’une heure, vous vous demandez s’il ne faudrait pas lui donner une chaise, ce qui est absurde puisqu’il est littéralement vendu avec des procédures pour s’asseoir.
La batterie est une lithium 13 séries, amovible, à retirer du robot pour la recharge. La notice insiste : on charge avec le chargeur officiel, on vérifie la température, on évite de faire n’importe quoi. Là encore, on n’est pas sur une enceinte Bluetooth. On manipule un robot humanoïde de 35 kg avec articulations motorisées. Ça mérite deux cafés et un peu de concentration.
C’est la partie la plus drôle de la notice, et aussi la plus utile. Le Unitree G1 est impressionnant, mais il a les fragilités d’une starlette de télé-réalité en festival outdoor.
Il ne faut pas l’utiliser sous la pluie. Il n’est pas étanche. Il ne faut pas le mettre dans la neige, dans le brouillard, dans la poussière, sur un sol mouillé, sur du gravier, dans un environnement trop sale, trop glissant, trop électromagnétique, trop plein de monde, trop tout.
Il faut l’utiliser sur une surface ouverte, plate, dégagée, avec une distance de sécurité d’au moins 2 mètres avec les obstacles, les foules, l’eau, les terrains compliqués et probablement votre belle-mère si elle porte des sandales.
On apprend aussi qu’il ne faut pas le faire marcher sur la glace, ni sur des sols trop mous, ni trop glissants comme du carrelage ou du verre sans prudence. Donc oui, le futur est là. Mais pour le moment, le futur préfère le lino sec.
Et si la batterie devient trop faible, il faut l’arrêter. Sinon, il peut tomber. Voilà. Le robot humanoïde à 20 000 euros peut s’écrouler comme un cousin au mariage après avoir confondu champagne et carburant E85.
Une voiture, on monte dedans, on appuie sur Start, on râle parce que l’écran met trop de temps à charger Android Auto.
Le G1, lui, demande un peu plus de cérémonie. On peut le démarrer assis sur une chaise, ou suspendu à un cadre de protection. Déjà, cette phrase suffit à mesurer le changement d’époque : “j’ai démarré mon robot assis sur une chaise”.
La procédure prévoit de placer la batterie, d’allumer le robot, d’attendre environ une minute, puis de passer par différents états de contrôle avec la télécommande. Il existe même un mode amorti, un état prêt, un état de marche, et un arrêt d’urgence. Si le robot part dans un état inattendu, un appui long permet de le faire entrer en mode amorti pour qu’il tombe lentement au sol.
C’est assez rassurant. Et très drôle.
Parce qu’une voiture en panne, au pire, elle reste là avec un voyant moteur. Un robot humanoïde, lui, peut décider que la gravité mérite d’être testée immédiatement. Et la notice semble écrite par des gens qui ont déjà vu la scène plusieurs fois.
Le G1 se pilote avec une télécommande dédiée, qui ressemble presque à une grosse manette de jeu avec écran. Il faut l’allumer, la connecter au robot, vérifier l’indicateur, puis utiliser les joysticks et combinaisons de boutons.
Il y a aussi l’application Unitree Explore, utilisée pour ajouter le robot, le connecter en Bluetooth ou en Wi-Fi, vérifier certains états et suivre les tutoriels intégrés. On n’est donc pas dans un objet totalement autonome qui se débrouille seul. L’utilisateur reste très présent.
Mais l’approche a quelque chose de malin. On ne vous demande pas d’être ingénieur roboticien pour le voir bouger. On vous donne une app, une télécommande, des modes de fonctionnement, des mises à jour. Dans l’esprit, c’est presque plus proche d’un drone très évolué que d’un ordinateur ambulant.
Sauf qu’un drone tombe du ciel. Lui tombe dans le salon.
Il faut bien admettre une chose : oui, potentiellement.
Pas forcément aujourd’hui chez monsieur Tout-le-monde. Pas encore pour porter les sacs de courses ou laver les jantes de votre youngtimer. Mais pour la recherche, la formation, la démonstration, les essais en environnement contrôlé, la surveillance légère, l’interaction homme-machine, la robotique éducative ou les tests de déplacement bipède, le G1 a un vrai sens.
Il pourrait devenir utile dans des lieux où l’on veut tester la mobilité humanoïde sans payer des sommes délirantes réservées aux grands laboratoires. Il peut aussi servir de plateforme d’apprentissage, surtout dans ses versions EDU, avec plus de liberté de développement, plus de degrés de liberté, et un module de calcul NVIDIA Jetson Orin selon configuration.
Dans une logique domestique, on est encore au début. Le robot peut se déplacer, percevoir, interagir, être piloté, parler via son haut-parleur, recevoir des ordres, exécuter des mouvements. Mais il ne remplace pas une personne. Il ne remplace pas non plus une voiture. Il remplace plutôt cette vieille idée selon laquelle les robots humanoïdes étaient réservés aux vidéos de démonstration très propres sur fond blanc.
Là, ils arrivent dans le commerce. Et ça, mine de rien, c’est un basculement.
On parle de près de 20 000 euros. Dit comme ça, c’est énorme. Mais dans le monde automobile, ce n’est plus si extravagant. On vit à une époque où une citadine électrique peut dépasser les 25 000 euros, où un SUV familial bien optionné tutoie les 50 000 euros, et où une simple réparation de batterie peut donner envie de partir élever des chèvres.
Alors forcément, un humanoïde à 19 643,99 euros sur AliExpress produit un court-circuit mental.
Pour ce prix, on peut avoir une voiture très correcte. Ou un robot bipède avec LiDAR, caméra de profondeur, moteurs articulés, batterie amovible, application mobile, télécommande, Wi-Fi 6, Bluetooth 5.2, haut-parleur, microphones et démarche de petit stagiaire cybernétique qui découvre la moquette.
La voiture vous emmène au travail. Le robot vous rappelle que votre travail sera peut-être automatisé un jour. Chacun son service.
Il faut éviter l’emballement façon “dans deux ans, ils feront tous la cuisine”. Non. Le G1 montre surtout que les briques technologiques deviennent accessibles. Mais il reste fragile, dépendant de son environnement, sensible aux conditions d’usage, limité en autonomie, et pas pensé pour être lâché dehors comme un scooter.
Il faut le surveiller. Il faut l’allumer correctement. Il faut le charger correctement. Il faut éviter l’eau, la poussière, les foules, les sols compliqués. Il faut garder ses mains loin des articulations. Il faut connaître les commandes d’arrêt. Il faut accepter qu’un robot humanoïde n’est pas encore un appareil électroménager.
C’est un début. Un vrai début. Et les débuts ont toujours l’air un peu ridicules. Les premières voitures étaient lentes, bruyantes, dangereuses, peu pratiques, et les chevaux devaient bien se moquer. On connaît la suite.
Non, évidemment. Enfin… pas pour aller au travail, pas pour partir en vacances, pas pour déposer les enfants, pas pour faire 600 km d’autoroute avec une pause sandwich triangle.
Mais la simple existence de la question est déjà délicieuse.
Parce que l’automobile traverse une période où elle devient chère, lourde, contrainte, surveillée, fiscalisée, bardée d’écrans, parfois moins joyeuse qu’avant. Et pendant ce temps, un humanoïde apparaît sur AliExpress avec ses articulations, sa batterie, ses capteurs et sa petite tête bleue de personnage secondaire dans un film de science-fiction.
Alors non, le Unitree G1 ne remplace pas une voiture. Mais il rappelle une chose que l’automobile a parfois oubliée : un objet technologique peut encore provoquer de la curiosité, du rire, de l’étonnement, presque de la magie.
La chute acide, c’est qu’il aura peut-être fallu aller sur AliExpress pour ressentir ce petit frisson de futur que certains constructeurs nous promettent depuis quinze ans avec des bandeaux LED et des écrans tactiles qui plantent.
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