Fin de l'A110 thermique : la fin d'Alpine ?

Dernière modification : 26/04/2026 -  0

Il y a des fins de carrière qui pèsent plus que d'autres. Celle de l'Alpine A110 thermique en fait partie, car elle ne concerne pas seulement un petit coupé sportif qui quitte le catalogue. Elle marque surtout la disparition du modèle qui avait redonné du sens à Alpine.

La production de l'A110 actuelle doit s'arrêter à la mi-2026, à Dieppe, avec une dernière vague de 1750 exemplaires. Depuis 2017, cette génération devrait approcher les 30000 unités produites, ce qui reste très correct pour une sportive aussi spécialisée. L'A110 ne meurt donc pas parce qu'elle a raté sa carrière. Elle s'arrête alors qu'elle a justement réussi ce que beaucoup pensaient impossible, faire revivre Alpine sans transformer le badge en simple autocollant nostalgique.

Une renaissance presque parfaite

Quand Renault a relancé Alpine, le risque était énorme. Ressortir un vieux nom est facile. Lui redonner une vraie crédibilité est beaucoup plus compliqué. L'A110 a pourtant réussi son coup, car elle ne cherchait pas à faire semblant. Elle reprenait la vraie logique de la berlinette, avec un poids contenu, un moteur central arrière, une voiture courte, vive, simple et lisible.

Avec son 4 cylindres 1.8 turbo, elle n'avait pas besoin de 500 ch pour exister. Sa force venait de sa justesse. Elle rappelait qu'une sportive n'est pas seulement une histoire d'accélération, mais aussi de masse, de toucher de route, d'équilibre et de sensations. Et c'est précisément ce qui l'a rendue crédible.

L'A110 était une voiture de passion, mais pas une caricature. Elle avait cette élégance rare des autos qui ne compensent pas leurs défauts par des chiffres absurdes. Elle était légère, fine, cohérente. Bref, elle faisait vraiment Alpine. Renault avait réussi un véritable tour de force il faut l'avouer ...


Une fin dictée par les normes et par la stratégie électrique

La disparition de l'A110 thermique vient d'abord des contraintes réglementaires. Le règlement européen GSR2 impose de nouveaux équipements de sécurité et d'aide à la conduite. Sur une voiture pensée récemment autour de ces obligations, cela se digère. Sur une petite sportive légère, produite en faibles volumes, l'opération devient vite coûteuse, lourde et peu logique.

Il aurait fallu modifier l'A110, l'équiper davantage, la rendre plus conforme aux nouvelles règles, avec le risque de perdre une partie de ce qui faisait son charme. Alpine a donc choisi de terminer proprement sa carrière, plutôt que de l'alourdir artificiellement pour gagner quelques années.

Il y a aussi la stratégie générale de Renault, qui pousse Alpine vers le 100 % électrique. Sur le principe, ce n'est pas forcément un problème. L'électrique est même supérieur au thermique sur beaucoup de points. Le rendement est bien meilleur, la réponse à l'accélérateur est immédiate, la mécanique est plus simple, l'entretien est réduit, et la conduite peut être très agréable. Pour une voiture du quotidien, l'électrique a énormément d'arguments.

Mais pour Alpine, le sujet est différent.


L'électrique est bon, mais pas forcément pour Alpine

Le problème n'est pas de dire que l'électrique serait mauvais. Ce serait trop simple, et même faux. Le problème est que l'électrique colle mal à l'image historique d'Alpine, surtout si l'on parle de sportivité pure.

Alpine, ce n'est pas la masse. Ce n'est pas la grosse batterie. Ce n'est pas la puissance qui vient masquer les kilos. Ce n'est pas non plus le SUV rapide ou la citadine électrique musclée. Alpine, c'est plutôt la légèreté, la simplicité, l'authenticité et l'efficacité obtenue avec peu de moyens.

Or une sportive électrique part avec un handicap évident. Il faut une batterie assez grosse pour avoir de l'autonomie, donc du poids. Il faut ensuite plus de puissance pour compenser ce poids. Puis des pneus plus larges, des freins plus costauds, une structure plus massive. On peut faire une voiture performante ainsi, mais on s'éloigne de la recette A110.

Une Alpine électrique pourra être rapide. Elle pourra même être très efficace. Mais si elle devient lourde, chère et trop technologique, elle risque de perdre ce petit truc qui rendait l'A110 thermique si attachante.

Des bases électriques françaises pas assez brillantes

Il y a un autre souci, plus embarrassant encore. Une marque comme Alpine est censée vendre de l'exclusivité, de la performance et une certaine avance technique. Mais aujourd'hui, les bases électriques françaises ne donnent pas vraiment cette impression.

Sur la recharge, l'efficience, la puissance, la gestion thermique ou l'architecture globale, on sent que les meilleurs généralistes chinois ou américains ont souvent une longueur d'avance. Certaines marques proposent déjà des plateformes très efficaces, des charges très rapides, des batteries mieux exploitées et des chaînes de traction plus convaincantes.

C'est gênant pour Alpine. Une Renault électrique correcte peut se permettre d'être simplement bonne. Une Alpine électrique doit être excellente. Elle ne peut pas se contenter d'une base technique moyenne emballée dans un discours sportif. Quand une marque se veut exclusive, elle doit être au-dessus du lot. Pas au niveau d'un généraliste qui aurait déjà fait mieux ailleurs.

C'est là que le virage électrique devient dangereux. Si Alpine sort des modèles lourds, chers et techniquement pas vraiment supérieurs, la marque risque de perdre sa crédibilité très vite.

Le risque de redevenir une marque fantôme

Avec l'A110 thermique, Alpine avait un centre de gravité. Même celui qui n'achetait pas la voiture comprenait immédiatement ce qu'elle représentait. Une petite sportive française, légère, précise, différente des Porsche et assez fidèle à l'esprit d'origine.

Sans elle, le discours devient beaucoup plus flou. L'A290 reste une Renault 5 électrique sportive dans l'idée. L'A390 prend la forme d'un crossover, ce qui est déjà assez éloigné de l'ADN Alpine. Quant à la future A110 électrique, elle devra se battre contre le souvenir d'une voiture presque parfaitement calibrée.

Le risque est de voir Alpine devenir une sorte de label sportif électrique du groupe Renault. Plus premium, plus cher, plus rapide, mais pas forcément plus légitime. Et quand une marque de passion perd sa légitimité, elle peut très vite retourner dans les oubliettes.

L'A110 R Ultime, une fin de série hors sol

La série finale A110 R Ultime illustre aussi une dérive assez agaçante. Sur le papier, terminer l'histoire thermique avec une version radicale de 345 ch, limitée à 110 exemplaires, peut se comprendre. Le symbole est évident.


Mais le prix annoncé à 265000 € TTC est franchement abusif. A ce niveau, on ne vend plus vraiment une berlinette légère et intelligente. On vend un objet de collection fabriqué pour la rareté, la spéculation et le symbole. Pour une A110, même très affûtée, ce tarif sent quand même l'opération de fin de carrière un peu gourmande.

C'est d'autant plus dommage que l'A110 brillait justement par son intelligence. Elle n'avait pas besoin de tomber dans l'excès pour exister. Avec cette R Ultime, Alpine termine en beauté sur le plan symbolique, mais pas forcément avec beaucoup de mesure.

Une cote qui devrait rester solide

La fin de l'A110 thermique devrait logiquement soutenir sa cote. Toutes les versions ne deviendront pas des collectors, et l'état, le kilométrage ou la configuration resteront décisifs. Mais le modèle coche beaucoup de cases.

C'est la dernière Alpine thermique moderne, elle possède une architecture rare, une vraie cohérence technique, une production relativement limitée et une place à part dans l'histoire automobile française. Surtout, elle représente probablement le dernier moment où Alpine a été parfaitement alignée avec elle-même.

Les versions radicales et limitées seront recherchées, c'est évident. Mais les versions plus simples pourraient aussi garder une belle valeur, car elles incarnent peut-être mieux l'esprit du modèle. Une A110 de base, légère et sans excès, correspond presque davantage à l'idée Alpine qu'une version bardée d'options et vendue à prix délirant.

Alpine a réussi son retour, mais la suite inquiète

L'A110 thermique aura été une réussite rare. Elle a ramené Alpine sans trahir Alpine. Elle a prouvé qu'une sportive française pouvait encore exister avec de la finesse, de la légèreté et une vraie personnalité.

Le problème, c'est que tout ce qui arrive maintenant semble moins naturel. L'électrique est une excellente technologie, mais Alpine n'est pas n'importe quelle marque. Elle ne peut pas vendre du poids, des batteries moyennes et des silhouettes de crossover tout en prétendant incarner la légèreté et l'authenticité.

L'A110 avait sauvé Alpine de l'oubli. Sa disparition risque maintenant de montrer à quel point la marque dépendait d'elle. Sans un produit aussi juste, aussi clair et aussi fidèle à son histoire, Alpine pourrait bien redevenir ce qu'elle était avant 2017, un nom que l'on respecte, mais auquel on ne pense presque jamais.

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