

Pendant longtemps, le financement automobile a été présenté comme un simple outil au service du client. Un moyen pratique pour étaler un achat coûteux, rendre une voiture plus accessible, lisser un budget. Une brique parmi d'autres dans l'acte de vente. Aujourd'hui, cette vision est largement dépassée.
Dans beaucoup de concessions, acheter une voiture comptant est devenu l'exception. Le réflexe, presque automatique, consiste à orienter le client vers un crédit, une LOA ou une LLD. Parfois de manière insistante. Parfois même comme une condition implicite pour obtenir le véhicule convoité. Ce basculement n'est pas anecdotique, ni lié à une mode passagère. Il révèle une évolution du modèle économique des marques automobiles.

Derrière les mensualités affichées en gros il existe désormais tout un écosystème financier. Des filiales dédiées, spécialisées, structurées comme de véritables établissements de crédit. Des milliards d'euros de contrats en portefeuille. Des revenus récurrents qui pèsent de plus en plus lourd dans les comptes des groupes, parfois davantage que la marge réalisée sur la vente des voitures elles-mêmes.
Dans un marché auto très tendu, avec des volumes en baisse, des coûts en hausse et une transition électrique complexe à amortir, ces activités financières ne sont plus anecdotiques, elles deviennent centrales. À tel point que l'on peut se demander si certaines marques ne vendent pas avant tout des produits financiers, la voiture n'étant plus que le support de cette mécanique.
Pour comprendre pourquoi les marques poussent autant le crédit, la LOA et la LLD, pourquoi elles ont créé des filiales financières dédiées, et jusqu'à quel point ces activités sont devenues un pilier stratégique face à la crise du marché automobile.
Quand on parle finance chez un constructeur, on ne parle pas seulement de 'faire un crédit'.
En général, ces filiales couvrent un pack complet :
Bref, on se rapproche d'une banque spécialisée dans le domaine de l'automobile.
Renault communique clairement sur le poids de sa branche financement. Sur l'exercice 2024, la contribution de Mobilize Financial Services (Sales Financing) à la marge opérationnelle du groupe atteint 1.295 milliard d'euros.

Et si on regarde la filiale elle-même, on est sur des métriques de banque: résultat avant impôt à 1.194 milliard d'euros en 2024, et un produit net bancaire (NBI) communiqué à 2.18 milliards d'euros.
Mobilize Financial Services indique aussi avoir déployé une activité de collecte de dépôts dans plusieurs pays, ce qui dépasse le simple financement auto.

Volkswagen communique via sa division 'Volkswagen Group Mobility' (ex VW Financial Services) avec des chiffres qui s'apparentent très peu à ceux d'un simple service annexe.
Pour 2024, ils annoncent notamment :
À ce stade, le mot 'banque' n'est pas une métaphore, c'est une réalité.
Toyota publie séparément ses revenus 'Financial services'. Sur l'exercice clos au 31 mars 2024, les revenus 'Financial services' sont à 3 447 195 millions de yens, pour un total de revenus d'environ 45 686 074 millions de yens, soit autour de 7.5% du chiffre d'affaires.
Et Toyota indique aussi une progression de l'activité et de l'operating income du segment 'financial services' sur 2024.
7.5% du chiffre d'affaires, ça peut sembler 'petit'… jusqu'à ce qu'on se rappelle qu'on parle d'un groupe immense. Et surtout, la finance a souvent des revenus plus réguliers que la vente de voitures.
Stellantis a des entités financières structurées, avec rapports annuels dédiés (Stellantis Financial Services), souvent en partenariat avec des banques selon les pays (BNP Paribas Personal Finance ou Santander Consumer Finance, par exemple).
La filiale Stellantis Financial Services Europe, qui regroupe l’essentiel des activités de crédit, de leasing et de services financiers captifs du constructeur sur le continent, gère pour sa part un portefeuille d’actifs significatif, avec environ 3,7 milliards d’euros d’actifs totaux à fin 2024 selon des données bancaires publiées.
Il y a plusieurs raisons qui s'additionnent. Et prises ensemble, elles rendent l'achat comptant presque 'contre-nature' pour le modèle économique.
Une voiture à 35 000 euros, ça pique. Une mensualité à 299 euros, ça passe mieux, même si le coût total est très supérieur. Le financement devient un outil de conversion commerciale. Il transforme un prix élevé en effort mensuel acceptable.
Un paiement comptant, c'est un one-shot. Une LOA/LLD, c'est un flux. Un crédit, c'est des intérêts. Et autour, on greffe assurances, extensions de garantie, entretien packagé, etc. Ce sont des couches de marge, souvent plus faciles à défendre que la marge sur la voiture elle-même.
LOA et LLD ont un effet simple: à la fin, le client restitue, et le chemin le plus facile est de repartir sur un nouveau contrat. Résultat: cycle de renouvellement plus court, et client qui revient dans le réseau.
Avec les retours de LLD/LOA, la marque alimente son VO, à des dates prévues, avec des véhicules connus. Ça soutient les valeurs résiduelles, et ça donne de la matière au réseau.
C'est très probable, et la logique est presque mécanique.
Quand le marché se tend (volumes en baisse, prix sous pression, normes coûteuses, transition électrique difficile), les constructeurs cherchent des revenus plus stables. Les activités financières sont justement là pour ça: elles lissent le business.
On le voit dans les chiffres et dans le discours. Stellantis a publié des résultats 2024 en forte baisse (net revenues 156,9 milliards d'euros, net profit 5,5 milliards d'euros, en chute marquée), ce qui rappelle à quel point l'automobile pure peut être volatile.
Et Renault a récemment ajusté des activités de sa division Mobilize pour privilégier la rentabilité dans un marché jugé difficile, signe que la bataille se joue aussi sur les activités périphériques et profitables.
Donc oui, quand vendre moins devient la norme, la tentation est forte de compenser par :
C'est un mouvement de fond ..
Sur le neuf, la LOA est devenue ultra-dominante dans les montants financés. L'ASF indique qu'en 2024, la LOA représente 91.5% des montants financés pour les voitures neuves. (asf-france.com)
Ce n'est plus une tendance. C'est la nouvelle normalité du financemement auto.
Oui, certaines marques ont des activités qui ressemblent fortement à une banque, avec filiales dédiées, résultats propres, millions de contrats, et parfois collecte de dépôts.
Et plus le marché auto se complique, plus ces revenus récurrents deviennent précieux. Dans ce cadre, pousser le client vers crédit, LOA ou LLD n'est pas une lubie de concession, c'est une stratégie industrielle et financière.
Vous comprendrez donc mieux pourquoi les vendeurs vous poussent (voire vous forcent !) à prendre un financement pour l'(achat de votre voiture ...
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