
Ferrari a donc laissé filtrer les premières images de l'intérieur de sa toute première voiture électrique. Pas lors d'une grande révélation lyrique à l'italienne, non. Par touches successives, via quelques médias bien choisis, comme si la marque testait discrètement la température de l'eau avant d'y plonger entièrement. Mauvaise nouvelle : l'eau est froide. Très froide.

Ce qui saute immédiatement aux yeux, c'est une erreur de casting conceptuelle, une faute lourde. Ferrari a choisi pour cet intérieur des codes de style froids, rationnels, impersonnels. Exactement l'inverse de ce qu'on attend d'une Ferrari, et encore plus d'une Ferrari électrique, censée justement compenser la disparition du moteur thermique par une montée en gamme émotionnelle.
Du côté du marketing Ferrari, la marque explique avoir voulu rompre avec la surenchère d'écrans et le tout tactile, en revenant à quelque chose de plus intuitif, plus sensoriel, avec davantage de commandes physiques. L'intérieur serait pensé pour replacer le conducteur au centre de l'expérience (un discours suranné et répétitif), malgré l'absence de moteur thermique.

La disposition est ultra dépouillée. Trop. Une planche de bord presque vide, des surfaces planes, des lignes droites, des matériaux qui semblent choisis pour une coréenne. Le problème c'est qu'une Ferrari est censée provoquer quelque chose ...
Ici, rien. Pas d'exubérance. Pas d'exotisme. Pas même un soupçon de folie maîtrisée. L'ensemble est d'une neutralité désarmante, au point d'en devenir presque comique (ou déprimante, c'est selon ...). Cette présentation ferait même tiquer dans une Fiat 500. Dans une Ferrari facturée à plusieurs centaines de milliers d'euros, c'est franchement lunaire. Surtout que cela semble on cerner un SUV très haut de gamme.
Les matériaux n'aident pas. Ils sont décrits comme haut de gamme, mais à l'image, ils évoquent surtout des plastiques et des surfaces déjà vues mille fois. Ca rappelle l'univers des tablettes Qilive, et ce n'est pas exactement le genre de référence qu'on espère retrouver chez Ferrari.

Le volant, lui, n'est pas immonde. Mais il paraît étonnamment dépassé. Sa jante semble trop fine pour une voiture de ce niveau, alors que les sportives modernes adoptent depuis longtemps des volants à jante épaisse, bien plus agréables en main et plus en phase avec les performances annoncées. Ici, l'objet manque de consistance. Il donne l'impression d'un volant de génération précédente, posé dans un intérieur censé représenter l'avenir de Ferrari.

Ferrari tente aussi de réintroduire le geste d'insertion de la clé, présenté comme un retour à un certain rituel automobile. En réalité, ce choix paraît surtout obsolète et contraignant. À l'heure où même les sportives les plus radicales ont adopté des systèmes d'accès intelligents sans compromettre l'expérience de conduite, imposer une clé physique relève plus de la posture que de la cohérence. Ce n'est pas un geste noble, c'est une contrainte supplémentaire, inutile, qui n'apporte ni émotion ni agrément. À force de vouloir réinventer des rituels, Ferrari finit par ressusciter des usages dépassés, sans leur donner de justification fonctionnelle ou sensorielle. Quant au sélecteur de vitesse il est risible, une véritable fumisterie, sans vouloir accentuer le trait inutilement.
Ferrari semble avoir confondu luxe et dépouillement. Or le luxe automobile, surtout chez Ferrari, n'a jamais été synonyme de minimalisme froid. Le luxe, aujourd'hui plus que jamais, c'est l'artisanal, le détail visible, la matière qui raconte quelque chose. Dans un monde saturé de produits standardisés et de voitures devenues des tablettes sur roues électrifiées, c'est précisément ce que recherchent les clients fortunés. En utilisant les codes esthétiques des produits de masse, on est ici à l'opposée de toute idée d'exclusivité ...

À titre de contre-exemple, l'Alfa Romeo 33 Stradale propose un intérieur sculptural, charnel, presque excessif (ce qu'on attend ici !). Des commandes physiques assumées, une ambiance qui respire le fait main et la passion. Le contraste avec la proposition Ferrari est violent. D'un côté, une ode au savoir faire italien. De l'autre, un cockpit qui pourrait sortir d'un showroom de tech grand public. A croire qu'ils prévoient d'en fabriquer autant que des Iphone ...
Ferrari a confié le design de cet intérieur à LoveFrom, le studio fondé par Jony Ive, ex grand prêtre du design chez Apple. Sur le papier, le nom impressionne. Dans les faits, le choix interroge sérieusement.
Apple excelle dans le design d'objets froids, rationnels, universels. Des produits pensés pour disparaître derrière l'usage. C'est exactement ce qu'on observe ici. Mais une Ferrari ne doit jamais disparaître. Elle doit s'imposer. Être reconnaissable en une fraction de seconde. Cet intérieur pourrait être celui de n'importe quel véhicule électrique chinois cherchant à réduire les coûts tout en affichant une image techno.
Le décalage entre l'image historique de Ferrari et cette direction esthétique est énorme. À tel point qu'on en vient à se demander si quelqu'un, quelque part dans la hiérarchie, n'a pas sérieusement perdu le fil.
La marque a pourtant pris soin de distiller quelques éléments techniques pour nourrir la presse. Le combiné d'instrumentation est entièrement numérique, avec des faux manomètres censés rappeler l'univers thermique. Le résultat est ennuyeux à mourir. Des jauges sans âme, sans relief, qui singent le passé sans en comprendre la substance.

Autre détail qui en dit long : quatre boutons de vitres électriques. Quatre. Ce qui laisse peu de place au doute. Cette Ferrari électrique est très probablement un SUV. Une hypothèse renforcée par les proportions supposées, l'habitabilité évoquée, et les performances annoncées.
Ferrari a visiblement conçu cet intérieur comme on conçoit un système d’exploitation. Logique, hiérarchisé, neutre, évolutif. Le problème, c’est qu’on ne tombe pas amoureux d’un OS. On tombe amoureux d’un objet. Historiquement, Ferrari fabriquait des machines imparfaites, excessives, parfois inconfortables, mais chargées de caractère. Ici, l’intérieur semble pensé pour disparaître derrière la fonction, exactement comme un iPhone. Sauf qu’une Ferrari n’a jamais été censée s’effacer.
Ferrari parle de plus de 1000 chevaux. En 2026, ce chiffre n'impressionne plus grand monde. Les performances annoncées non plus. Un 0 à 100 km/h en 2,5 secondes. Correct, mais loin d'être renversant. Encore un indice qui pointe vers un SUV lourd, plus préoccupé par les chiffres marketing que par la pureté mécanique.
Un SUV électrique Ferrari, à l'intérieur triste et aseptisé (et même minimaliste et dévalorisant), c'est un drôle de cocktail. Surtout quand on sait que l'électrique impose déjà des compromis. Silence mécanique, poids élevé, sensations filtrées. Si l'habitacle ne prend pas le relais émotionnellement, il ne reste plus grand chose.
Cette histoire rappelle étrangement certaines erreurs récentes de Porsche. Des modèles électriques trop lacunaires. Multimédia moyen. Habitabilité décevante au regard de l'encombrement. Matériaux quelconques. Consommations élevées. Et surtout une précipitation inquiétante vers l'électrique pour des modèles iconiques comme les Boxster, Cayman ou même la 911.
Ferrari semble suivre le même chemin, avec cette même illusion que la technologie suffira à faire oublier la perte d'âme.
Il y a fort à parier que Ferrari réagira. Les critiques devraient tomber, et elles risquent de pleuvoir bien plus fort lorsque le modèle sera officiellement présenté. L'erreur est trop grossière pour passer inaperçue. Cet intérieur ne choque pas parce qu'il est audacieux. Il choque parce qu'il est vide, il n'y a rien, on ne pouvait pas faire moins.
Ferrari n'est pas une marque rationnelle. Elle n'a jamais gagné sa légende en étant raisonnable. En choisissant un intérieur aussi impersonnel pour sa première électrique, elle donne l'impression de renier ce qui faisait précisément sa singularité. Reste à espérer que quelqu'un, à Maranello, s'en rende compte avant qu'il ne soit trop tard.
Le cheval cabré aurait pu regarder chez Lamborghini. Même en électrification progressive, Lamborghini continue de proposer des intérieurs démonstratifs, presque caricaturaux, mais immédiatement identifiables. Ferrari, au contraire, semble vouloir s’extraire de toute forme de spectaculaire. Résultat : un intérieur qui pourrait appartenir à une marque premium sans identité forte. Or Ferrari n’est pas une marque premium. C’est une marque mythologique.
Et une mythologie ne se raconte pas avec des surfaces neutres.
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