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L'histoire automobile (mais pas que ..) regorge d'innovations annoncées trop tôt. Certaines relevaient d'un excès d'optimisme, d'autres servaient surtout à maintenir l'attention des investisseurs quand la situation devenait critique. Des marques ont déjà affirmé que tout était prêt, que l'industrialisation était en vue, alors que la réalité était bien différente.
C'est dans ce cadre qu'il faut observer les annonces récentes de Donut Labs et de Verge Motorcycle. Une batterie tout solide, déjà fonctionnelle, déjà produite, capable de faire mieux que tout ce qui existe aujourd'hui, sans compromis apparent. Sur le papier, tout cela semble vraiment prometteur. Sur le fond, la question n'est pas tant de savoir si cette technologie est possible, mais si elle est réellement prête, ici et maintenant. Car beaucoup de spécialistes montent au créneau pour dénoncer bon nombre d'aberrations et illogismes liés à ces annonces très ambitieuses.
Les chiffres avancés par Donut Labs ne sortent pas de nulle part. Une densité énergétique annoncée autour de 400 Wh/kg correspond à ce que l'on peut raisonnablement attendre d'une batterie tout solide mature. De la même manière, une meilleure stabilité thermique, une sécurité accrue, une charge plus rapide et une durée de vie plus élevée sont des bénéfices logiques de ce type de chimie.
Il serait donc malhonnête de rejeter ces performances au motif qu'elles seraient irréalistes sur le plan théorique. Le vrai sujet n'est pas là. Le problème commence lorsque ces gains sont présentés comme déjà pleinement maîtrisés, combinés, et surtout industrialisables à court terme, sans phase intermédiaire clairement documentée.
Donut Labs évoque une recharge complète en une dizaine de minutes, une plage de fonctionnement allant de -30 à +100 °C avec peu de pertes, ainsi qu'une durée de vie annoncée pouvant atteindre 100 000 cycles. Là encore, ces objectifs ne sont pas absurdes pour une batterie solide sur le papier, mais ils correspondent plutôt à une cible de long terme qu'à un produit prêt à être déployé à grande échelle.
Dans l'industrie, ces niveaux de performance sont généralement atteints progressivement, souvent séparément, au prix de longues phases de validation, d'itérations et de compromis. Le cœur du doute ne porte donc pas sur la direction technologique, mais sur l'idée que toutes ces étapes seraient déjà franchies.
Un point revient systématiquement dans les analyses techniques : l'absence de données sur la densité volumique. Donut communique sur le Wh/kg, mais reste silencieux sur le Wh/L, alors que le volume est souvent plus contraignant que la masse dans un véhicule. Une cellule peut afficher une excellente densité massique tout en étant pénalisante en encombrement, ce qui complique fortement son intégration.
Même silence sur les rendements réels, les pertes à forte puissance, la gestion thermique à haute intensité, ou encore le comportement de la cellule sur des cycles longs en conditions réelles. Ces éléments sont pourtant importants lorsqu'on parle d'un usage concret.
Plusieurs spécialistes dénoncent également que les caractéristiques mises en avant par Donut rappellent fortement celles d'un supercondensateur. Charge extrêmement rapide, durée de vie très élevée, grande stabilité thermique, ce sont des domaines où ces technologies excellent et qui sont facilement fabricables (Lamborghini ou la F1 s'en servent par exemple).
Le problème, c'est que les supercondensateurs stockent très peu d'énergie comparés à une batterie de traction. Ils sont parfaits pour gérer des pics de puissance, beaucoup moins pour assurer une autonomie significative. Si Donut travaille sur une solution hybride ou intermédiaire, cela reste intéressant sur le plan de la recherche. Mais présenter cette solution comme une batterie capable de remplacer une batterie de traction classique entretient une confusion qui ne joue pas en faveur de la clarté.
Même en admettant l'existence d'une cellule très performante en laboratoire, l'industrialisation reste le véritable juge de paix. Et c'est ici que le décalage devient le plus visible.
Les grands groupes et les spécialistes de la batterie solide travaillent sur ces technologies depuis plus de dix ans. Certains ont investi plusieurs centaines de millions, parfois plus d'un milliard d'euros, avec des équipes de plusieurs centaines de personnes. Malgré cela, ils évoquent encore une montée en cadence progressive, souvent repoussée à la fin de la décennie.
Compéré à ces ordres de grandeur, Donut Labs apparaît comme une structure minuscule. Les effectifs connus se comptent en dizaines de personnes. Verge Motorcycle, de son côté, reste un constructeur très confidentiel, avec des volumes de production faibles et une situation financière fragile. Aucun site industriel de grande ampleur, aucune ligne automatisée capable de produire en masse n'a été présentée publiquement.
Il est donc difficile d'imaginer qu'une petite structure ait déjà réussi à industrialiser ce que des acteurs mondiaux, bien plus dotés, n'ont pas encore réussi à faire. Pas impossible sur le plan théorique mais très improbable sur le plan industriel.
Autre point qui pèse lourd : l'absence de validation externe. Aucun test réalisé par un organisme tiers, aucun module ouvert et analysé publiquement, aucun pack instrumenté montré dans des conditions réalistes. L'essentiel du discours repose sur des visuels, des rendus et des déclarations.
Côté brevets il n'y a pas grand chose. La confidentialité sert souvent de justification, mais en général une technologie réellement avancée est généralement associée à des protections solides, surtout quand il s'agit de convaincre des partenaires industriels ou des investisseurs d'envergure.
Le contexte dans lequel cette communication intervient n'est pas neutre. Verge Motorcycle traverse une période délicate, avec des volumes faibles, une visibilité réduite et une pression financière évidente. Dans ce type de situation, une annonce technologique spectaculaire peut servir de levier pour relancer l'attention, rassurer les soutiens existants et tenter d'en attirer de nouveaux.
Ce mécanisme est bien connu. Une avancée réelle mais encore immature est mise en avant comme une quasi-révolution, non pas forcément par malveillance, mais parce que gagner du temps devient vital. Dans de nombreux cas, cette stratégie constitue la cartouche de la dernière chance.
Rien n'indique que Donut Labs travaille dans le vide. Il est probable qu'il existe une base technologique sérieuse derrière cette communication, et il est tout aussi probable que les batteries solides finissent par transformer profondément la mobilité électrique.
En revanche, présenter aujourd'hui cette technologie comme déjà prête, industrialisée et capable de remplacer les solutions actuelles sans transition relève davantage du récit que de la réalité industrielle. L'écart entre les promesses, les moyens engagés et les preuves disponibles reste trop important.
L'histoire a montré que beaucoup d'entreprises ont déjà tenté de survivre grâce à ce type de narration. Certaines y ont cru jusqu'au bout. D'autres ont fini par se heurter à la réalité. Dans ce domaine, la technique finit toujours par avoir le dernier mot.
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