
Depuis plusieurs mois, le marché automobile américain envoie des signaux inquiétants.
Au départ, la dégradation concernait surtout le véhicule neuf. Les prix ont explosé. L'accès au crédit s'est durci. Rien de très surprenant.
Ce qui l'est davantage, c'est que le problème touche désormais aussi le marché de l'occasion.
Mais aux États-Unis, l'occasion n'est pas un marché secondaire, il est central. Quand ce segment commence à ralentir ce n'est pas anecdotique. Ca montre que la contrainte touche directement la capacité des ménages à financer une voiture. Peu importe son âge.
Aux États-Unis, on n'achète presque jamais une voiture en regardant uniquement son prix, ce qui compte c'est la mensualité. Tant qu'elle reste compatible avec le budget du foyer, le marché fonctionne.
Quand le neuf devient trop cher, une partie des acheteurs se reporte logiquement vers l'occasion. Ces véhicules sont moins chers à l'achat, donc plus faciles à financer. Ce mécanisme permet de limiter les dégâts, mais il ne règle rien sur le fond.
Ce modèle tient tant que deux conditions sont réunies : des prix d'occasion encore accessibles et un crédit suffisamment fluide.
Aujourd'hui, ces deux points commencent à coincer en même temps.
L'évolution de CarMax est, à ce titre, particulièrement instructive. L'entreprise est l'un des principaux acteurs de la vente de voitures d'occasion aux États-Unis. Elle achète, remet en état, revend, et surtout finance une large partie des véhicules qu'elle commercialise. Elle est donc directement exposée à la réalité budgétaire des acheteurs.
Ces derniers mois, les ventes se sont nettement dégradées. Après avoir cru percevoir une amélioration durant l'été, CarMax a dû reconnaître que le mouvement n'était pas solide. Le quatrième trimestre s'est soldé par une baisse des ventes proche de 10%, plus marquée que ce qui était attendu.
Le chiffre d'affaires a lui aussi reculé, d'environ 6%, pour s'établir autour de 6,6 milliards de dollars. Les volumes baissent, les prix sont sous pression. Les ventes comparables en magasin reculent de 5 à 6%, ce qui montre que la faiblesse ne vient pas d'un simple effet de réseau, mais bien d'un affaiblissement de la demande solvable.
La réaction des marchés a été immédiate. Le titre CarMax a perdu environ 20% après la publication des résultats, revenant sur des niveaux observés lors des phases de stress du marché.
CarMax ne dépend pas du marché du neuf. Quand un acteur aussi central de l'occasion ralentit à ce point, cela indique que le problème dépasse largement une question de positionnement tarifaire.
Le léger mieux observé durant l'été a pu donner l'illusion d'un redémarrage. En réalité, il n'avait rien de structurel.
Il s'explique surtout par des achats avancés. Certains ménages ont pris leur décision plus tôt que prévu, par crainte de nouvelles hausses de prix ou d'un durcissement des conditions de crédit.
Dans l'automobile, ce type de phénomène est fréquent. La demande peut être déplacée dans le temps sans que la solvabilité des acheteurs ne s'améliore. Le marché ne crée pas de nouveaux acheteurs, il concentre temporairement ceux qui auraient acheté plus tard.
Une fois cet effet dissipé, le marché est revenu à son niveau réel (d'autant plus que tout ce qui a été acheté en avance est mécaniquement retranché de la période a posteriori ..) . Puis il a continué de se dégrader à l'automne.
Le cœur du problème reste la mensualité. Pour un véhicule neuf, elle atteint désormais environ 760 dollars par mois en moyenne. Ce niveau est directement lié à l'envolée des prix, avec une transaction moyenne qui dépasse aujourd'hui les 50 000 dollars, contre environ 38 000 dollars en 2020.
Quand les revenus ne progressent pas au même rythme, soit l'achat est abandonné soit la durée de financement est allongée. Dans les faits, c'est cette deuxième option qui s'est largement imposée.
La durée moyenne des crédits automobiles atteint désormais environ 69 mois pour le neuf, 67 mois pour l'occasion et 35 mois pour les contrats de location. Cet allongement permet de contenir la mensualité, mais il fragilise l'ensemble du système.
Dans les années 1980 et 1990, un crédit automobile durait en moyenne entre 50 et 55 mois. Dans les années 2000, on s'est rapproché des 60 mois. Puis, dans les années 2010, les crédits de 72 mois se sont généralisés, même s'ils ne représentent pas la moyenne.
Le problème est simple. Une voiture vieillit et décote. Plus le crédit s'étire, plus le risque augmente de se retrouver à rembourser un véhicule qui commence à générer des frais importants, parfois bien après la fin de la garantie.
Du point de vue du prêteur, la valeur du bien financé baisse plus vite que le capital restant dû. Le déséquilibre devient structurel.
Les défauts de paiement progressent nettement. Les impayés de plus de 90 jours atteignent désormais environ 5%, un niveau proche de celui observé après la crise financière.
Ce type de chiffre n'est jamais anecdotique. Il pousse les établissements financiers à durcir leurs critères. Plus d'apport. Des taux plus élevés. Des dossiers refusés. L'accès au crédit se complique alors encore davantage, y compris pour l'occasion. Dans certains cas, des ménages commencent même à envisager l'abandon du crédit suivi de la reprise du véhicule comme une option possible. Ce raisonnement reste minoritaire, mais sa diffusion est un signal de tension avancée.
Pour les distributeurs spécialisés dans l'occasion, la situation devient délicate. Augmenter les prix fait chuter les volumes. Accepter des marges plus faibles devient alors inévitable.
Chez CarMax, cela s'est traduit par des réductions de coûts, avec notamment la suppression d'environ 30% des effectifs liés au service client. Moins de ventes signifie moins de dossiers à traiter. Mais à l'échelle du marché, cela pèse sur l'emploi, donc sur la demande, et alimente la spirale baissière.La pression est d'autant plus forte que CarMax finance une large part de son stock. Une voiture qui reste plus longtemps sur parc immobilise du capital et génère un coût financier. Lorsque les rotations ralentissent, ce coût pèse directement sur la rentabilité.
Dans ce contexte, l'entreprise anticipe désormais une baisse annuelle des ventes de véhicules d'occasion comprise entre 8 et 12%. Cela confirme que la faiblesse actuelle n'est pas perçue comme passagère.
C'est là que tout se rejoint. L'occasion est censée absorber les chocs. Quand elle ralentit à son tour, cela signifie que la contrainte ne porte plus seulement sur le prix des voitures neuves, mais sur la capacité globale des ménages à financer une voiture, même ancienne. Le pouvoir d'achat devient alors le problème central.
À ce stade, le marché ne se contente plus de ralentir. Il commence à se contracter, faute de demande solvable.
L'Europe présente des spécificités différentes, mais le fond du problème est comparable. Les prix ont augmenté, le pouvoir d'achat est sous pression et l'accès au financement devient plus difficile. Les ventes restent inférieures à leurs niveaux d'avant 2020, et l'industrie automobile européenne procède elle aussi à des ajustements, notamment chez les équipementiers.
La crise ne s'exprime pas partout avec la même intensité, ni au même rythme. Mais les mécanismes sont similaires. Quand la voiture devient trop difficile à financer, le marché finit par se gripper, d'abord sur le neuf, puis sur l'occasion.
Le cas américain est intéressant parce qu'il rend ces mécanismes très visibles. Quand même un acteur majeur de l'occasion commence à caler, il ne s'agit généralement pas d'un simple accident. C'est le signe qu'une crise est déjà bien installée.
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