
Depuis juin 2024, l'Union européenne a enclenché un tournant majeur dans sa politique commerciale vis-à-vis des voitures électriques produites en Chine. À l'issue d'une enquête antidumping ouverte fin 2023, la Commission européenne a conclu que plusieurs constructeurs chinois bénéficiaient de subventions publiques massives, jugées incompatibles avec une concurrence équitable sur le marché européen.
Concrètement, Bruxelles a décidé d'appliquer des droits de douane additionnels, venant s'ajouter au tarif douanier classique de 10 % déjà en vigueur. Ces surtaxes varient selon les constructeurs :
Ces mesures provisoires sont entrées en application à l'été 2024, avant une validation définitive par les États membres à l'automne. Elles sont désormais appelées à durer plusieurs années, sauf accord alternatif.
C'est là qu'intervient la nouveauté. Plutôt que de maintenir durablement ces surtaxes, l'Union européenne propose un mécanisme de prix plancher, aussi appelé “engagement de prix”. Le principe est le suivant : les constructeurs chinois pourraient éviter les taxes s'ils acceptent de vendre leurs voitures en Europe au-dessus d'un prix minimum fixé par Bruxelles, modèle par modèle. Ce seuil n'est pas public, mais il doit être suffisamment élevé pour neutraliser l'avantage concurrentiel lié aux subventions chinoises.
L'Europe préfère donc protéger les constructeurs européens plutôt que de préserver le pouvoir d'achat de ses citoyens. À un moment où le prix moyen d'une voiture neuve dépasse largement les 35 000 euros, et où une part croissante de la population ne peut plus accéder au marché du neuf, l'arrivée des voitures chinoises représentait une respiration (ce qu'a toujours fait la Chine concernant bien d'autres produits, permettant de masquer une partie de l'inflation en occident .. Les Chinois souvent critiqués ont pourtant bien servi aux populations et entreprises occidentales). Des véhicules souvent mieux équipés, mieux construits, mieux pensés, technologiquement supérieurs et surtout vendus à des prix compatibles avec les revenus réels.
Mais cette respiration était devenue gênante. Non pas parce qu'elle détruisait l'industrie européenne, mais parce qu'elle mettait en lumière ses dérives. Depuis des années, les constructeurs européens ont fait le choix d'abandonner les segments les plus accessibles, jugés insuffisamment rentables. Les citadines disparaissent, les modèles d'entrée de gamme aussi, pendant que les prix explosent. Ce n'est pas la Chine qui a provoqué cette situation, elle ne fait que la révéler.
Il y a aussi une part de responsabilité du côté des consommateurs. Beaucoup dénoncent une concurrence chinoise jugée déloyale, réclament des barrières, applaudissent les taxes. Très bien. Ils devront alors en accepter les conséquences. Moins de choix, des prix plus élevés, et des constructeurs nationaux qui n'ont montré aucune retenue lorsqu'il s'agissait d'augmenter leurs marges. Les marques européennes n'ont pas attendu Pékin pour faire passer leurs intérêts avant ceux des automobilistes.
Le paradoxe est cruel. Ce système de prix plancher va pénaliser directement les consommateurs européens, tout en enrichissant encore davantage les marques chinoises, qui pourront vendre plus cher sans perdre leur compétitivité industrielle. Dans le même temps, il ne poussera pas les constructeurs européens à devenir meilleurs, car la concurrence est précisément ce qui oblige à se dépasser, à innover réellement et à redevenir efficace.
En cherchant à figer les prix plutôt qu'à affronter le problème de fond, l'Europe protège un modèle devenu fragile et contribue à l'effondrer définitivement (il n'y aura pas de destruction créatrice). Une industrie qui s'est éloignée des réalités économiques des ménages, dans un contexte de perte de pouvoir d'achat largement alimentée par des politiques monétaires inflationnistes rappelant, toutes proportions gardées (quoi que ...), les dérives de la fin de l'Empire romain. À court terme, les constructeurs respirent. À long terme, ce sont encore les automobilistes européens qui paieront la facture pour un résultat qui ne sera pas forcément positif. Certes un peu engagé, cet article manque peut-être un peu de neutralité. Mais si vous êtes habitué à ma plume cela ne vous surprendra probablement pas !
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