C'est désormais la Chine qui impose ses normes de sécurité à l'Occident

Dernière modification : 01/09/2026 -  2

Pendant longtemps, les normes automobiles venaient surtout d'Europe, des Etats-Unis ou du Japon. Les constructeurs chinois devaient donc adapter leurs voitures pour pouvoir venir les vendre chez nous. Les choses sont en train de s'inverser, car la Chine commence désormais à imposer ses propres règles sur certaines technologies automobiles récentes. Ce n'est évidemment pas encore Pékin qui décide de toutes les normes mondiales, mais voir des Tesla, BMW ou Volkswagen devoir adapter leurs voitures aux exigences chinoises montre quand même que le rapport de force a bien changé...

Et pour une fois, certaines de ces nouvelles règles me semblent plutôt pertinentes.

La Chine veut remettre du mécanique dans les poignées de portes

Le premier sujet concerne les poignées de portes électriques et escamotables, devenues très courantes sur les voitures électriques. Elles ont de l'allure, meilleures pour l'aérodynamisme et donnent un aspect moderne et tendance à la voiture. Le problème est qu'en cas de coupure électrique après un accident, ce qui est fréquent, ouvrir une porte devient juste impossible (Tesla propose par exemple des poignées mécanique,s !ais à l'arrièe on a le temps de mourir une dizaine de fois avant de pouvoir y accéder, j'ai d'ailleurs été personnellement atterré par le petit cache à l'arrière [qui donne accès à la tirette] qui m'a été impossible de retirer à la main, en forçant et en prenant mon temps, car j'ai deux Tesla. Cela sans compter qu'aucune indication claire ne vous invite à regarder en fond du vide poche qu'il y a un petit cache menant à une tirette mécanique. Bref, il faut un mécanisme physique rapide à trouver que ce soit à l'intérieur comme à l'extérieur de l'auto)..


La Chine a donc publié la norme GB 48001-2026, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Elle impose notamment la présence d'un système mécanique permettant de déverrouiller les portes depuis l'extérieur, mais aussi d'une commande mécanique à l'intérieur. Le but est évidemment de permettre aux occupants de sortir ou aux secours d'ouvrir la voiture lorsque le réseau électrique est hors service.

Il faut reconnaître qu'on touche ici à un travers assez courant de l'automobile moderne. On remplace parfois un mécanisme extrêmement simple et fiable par un dispositif électrique uniquement parce qu'il paraît plus moderne. Jusqu'au jour où l'électricité disparaît... Une poignée de porte reste une poignée de porte, il n'était peut-être pas indispensable de lui donner le niveau de complexité d'un ordinateur.

Un rappel géant de 4,3 millions de voitures

Cette nouvelle réglementation arrive au moment où les autorités chinoises viennent justement de lancer un énorme rappel concernant les systèmes d'ouverture de secours. Environ 4,3 millions de voitures sont concernées, réparties entre plusieurs constructeurs, dont près de 3 millions de Tesla.

Attention toutefois à ne pas mélanger le rappel et la nouvelle norme. Le rappel actuel ne consiste pas à remplacer plusieurs millions de poignées électriques par des poignées mécaniques. Il concerne surtout la manière dont les systèmes de secours sont indiqués et accessibles, avec également certaines corrections logicielles.

La nouvelle norme va plus loin puisqu'elle impose directement un fonctionnement mécanique. De ce fait, les prochaines générations de voitures destinées au marché chinois devront intégrer cette contrainte dès leur conception.

Les volants Yoke sont également visés

Autre équipement qui plaît beaucoup aux designers, le fameux volant Yoke, avec sa partie supérieure supprimée. Tesla l'a notamment utilisé sur les Model S et Model X. Visuellement c'est spectaculaire et ça donne l'impression d'être dans K2000, mais en conduite réelle le gain est déjà beaucoup moins évident.


La Chine a là aussi durci ses exigences avec la norme GB 11557-2026, prévue pour janvier 2027. Les nouvelles procédures de sécurité compliquent fortement l'homologation des volants incomplets, notamment à cause des essais liés aux chocs, à la colonne de direction et à la protection du conducteur.

En gros, faire un volant bizarre uniquement pour donner une impression de modernité devient plus difficile. Ce n'est probablement pas une catastrophe pour l'automobile...

Les accélérations trop vives pourraient aussi être encadrées

La Chine travaille également sur les performances des voitures électriques. Il faut dire que nous avons atteint des niveaux assez rudes, avec des berlines familiales capables de passer de 0 à 100 km/h en deux ou trois secondes. J'aime les voitures performantes, mais mettre les performances d'une supercar entre les mains de n'importe qui sans aucune précaution peut quand même poser quelques problèmes.

Le projet actuellement étudié prévoit donc qu'une voiture démarre par défaut dans un mode qui ne permet pas d'effectuer le 0 à 100 km/h en moins de 5 secondes. Les performances maxi resteraient disponibles, mais il faudrait volontairement activer un mode plus sportif, un peu du genre d'un overboost temporaire que les Allemands aiment tant.

La nuance est importante. Il ne s'agit donc pas de limiter définitivement la puissance des voitures, mais d'éviter de donner immédiatement 700 ou 1000 ch à quelqu'un qui voulait simplement manoeuvrer sur un parking. Ce genre de mesure me semble d'ailleurs plus intelligent que certaines aides européennes qui passent leur temps à sonner pour tout et n'importe quoi.

La sécurité des batteries est également renforcée

La Chine a aussi durci ses normes concernant les batteries avec la GB 38031-2025, entrée en vigueur en juillet 2026. Les essais deviennent plus sévères concernant les chocs sous la batterie, les courts-circuits et les problèmes thermiques.

Ce sujet est moins visible qu'une poignée escamotable ou qu'un volant bizarre, mais il est évidemment beaucoup plus important. Avec l'explosion du nombre de voitures électriques en Chine, les autorités cherchent désormais à réduire les risques liés aux batteries et à la vitesse de développement des nouveaux modèles.

Car les constructeurs chinois ont pris l'habitude de développer extrêmement vite. C'est une énorme force commerciale, mais raccourcir les délais implique aussi de surveiller davantage la validation et la fiabilité. La Chine commence donc à mettre quelques barrières à une industrie qu'elle a elle-même poussée à accélérer pendant des années.

Ce sont désormais aussi les constructeurs occidentaux qui doivent s'adapter

C'est probablement le point le plus symbolique. Il y a encore vingt ans, la Chine suivait principalement les standards techniques développés ailleurs. Aujourd'hui, certaines règles chinoises obligent directement les constructeurs occidentaux à revoir leurs voitures.

Et vu la taille du marché chinois, ces normes peuvent ensuite se retrouver ailleurs. Fabriquer une poignée différente pour la Chine, une autre pour l'Europe et encore une autre pour les Etats-Unis coûte cher. Si le système exigé par Pékin fonctionne partout, il est beaucoup plus simple de le généraliser.

La Chine peut donc commencer à influencer indirectement la conception de voitures vendues dans le monde entier. Pour un pays qui était encore considéré il y a peu comme un simple suiveur automobile, le changement est assez spectaculaire.

Mais les marques occidentales vendent de moins en moins en Chine

Il faut quand même ajouter une nuance assez ironique. Ces nouvelles contraintes arrivent au moment où l'importance du marché chinois diminue fortement pour plusieurs constructeurs occidentaux, tout simplement parce que leurs ventes s'effondrent.

Volkswagen, BMW et Mercedes ont encore subi de fortes baisses en Chine en 2026. Les constructeurs locaux récupèrent progressivement le marché avec BYD, Geely, Chery, Xiaomi, Xpeng, Leapmotor et beaucoup d'autres. Les marques occidentales restent présentes, mais elles ne dominent plus comme auparavant.

On arrive donc à une situation assez cocasse. Les constructeurs européens doivent maintenant respecter davantage de normes chinoises alors que les Chinois achètent de moins en moins leurs voitures...

Il y a encore quelques années, les groupes occidentaux apportaient leur technologie à leurs partenaires chinois. Aujourd'hui Volkswagen travaille avec Xpeng, Audi avec SAIC et plusieurs constructeurs viennent directement chercher en Chine des technologies électriques ou électroniques qu'ils ont pris du retard à développer.

Bref, la Chine ne se contente plus de fabriquer les voitures des autres. Elle développe ses propres technologies, domine une bonne partie de l'industrie électrique et commence désormais à définir certaines règles que les autres doivent respecter. Toutes ses décisions ne seront certainement pas bonnes, mais sur les poignées mécaniques et quelques autres sujets de sécurité, difficile de dire qu'elle a tort.


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