

Cette semaine, le marché automobile français reprend un peu de vigueur, mais les difficultés économiques continuent de s'accumuler chez les constructeurs européens. Volkswagen met sa future Golf électrique en pause, BMW revoit ses ambitions financières à la baisse et les équipementiers continuent de supprimer des emplois. Pendant ce temps, les marques chinoises progressent en France et BYD franchit les 500 km/h avec une voiture électrique. Voici les principales informations de la semaine, avec quelques actualités plus insolites qui méritent aussi qu'on s'y attarde.
Le marché automobile français retrouve un peu de vigueur en octobre avec 149 340 immatriculations (+7%), mais Dacia semble avoir décidé de prendre le chemin inverse. La marque roumaine voit ses ventes chuter de 23.8%, avec seulement 8 338 voitures écoulées, et sa part de marché tombe à 5.6%. Une contre-performance assez étonnante pour un constructeur qui a justement bâti son succès sur les petits prix, surtout à une époque où le pouvoir d'achat est aussi malmené. Il faut dire que les tarifs de Dacia ont bien grimpé ces dernières années et que la concurrence chinoise commence sérieusement à occuper le terrain. Reste à savoir si cette baisse n'est qu'un accident de parcours ou le début de difficultés plus durables.
Avec 61 958 immatriculations en octobre, les voitures électriques atteignent une part de marché de 41%, contre 24% un an plus tôt. La progression est donc considérable, avec une hausse des volumes de plus de 80%. Renault en profite particulièrement puisque la Twingo électrique arrive en tête avec 4 747 exemplaires, suivie de la R5 avec 4 666 unités. Il ne faut toutefois pas oublier que le marché est largement soutenu par les aides publiques, notamment les primes CEE et le leasing social. Il sera donc intéressant de voir si cette dynamique peut se maintenir lorsque les subventions seront réduites, car les prix des électriques restent encore élevés pour une bonne partie des ménages.
Les marques chinoises continuent leur progression et représentent désormais 10.4% des immatriculations françaises en octobre. BYD réalise notamment une belle opération avec 5 419 voitures, ce qui lui permet de se placer au septième rang des marques, devant BMW. Plus étonnant encore, Jaecoo atteint 3 429 unités et dépasse plusieurs constructeurs historiques comme Audi, Ford ou Nissan. Il faudra évidemment observer quelle proportion de ces immatriculations correspond à de véritables achats de particuliers plutôt qu'à des véhicules de démonstration ou à des opérations commerciales. Mais même en tenant compte de ces pratiques, les constructeurs européens auraient tort de sous-estimer cette offensive, d'autant que les produits chinois deviennent de plus en plus compétitifs.
La troisième édition du leasing social, lancée en juillet, commence à montrer des signes d'essoufflement. Fin octobre, environ 39 000 voitures avaient été commandées sur les 50 000 prévues, alors que les précédentes éditions avaient rencontré un succès bien plus rapide. Mais il serait trop facile d'accuser les automobilistes de se désintéresser de l'électrique. Plusieurs constructeurs freinent eux-mêmes le dispositif, car les marges sont jugées insuffisantes. Peugeot a ainsi limité sa participation à 5 000 véhicules et Kia a préféré se retirer. C'est assez révélateur d'un marché dont les volumes dépendent encore fortement des aides publiques, avec des constructeurs qui commencent à trouver l'opération peu intéressante financièrement. Et rien ne garantit qu'une nouvelle édition sera reconduite.
Volkswagen a décidé de mettre temporairement à l'arrêt le développement de sa future Golf électrique, également appelée ID. Golf, faute de moyens financiers suffisants. Le projet n'est pas abandonné, mais sa commercialisation n'est désormais plus attendue avant 2030 au plus tôt. Le groupe préfère concentrer ses investissements sur d'autres modèles, notamment le futur SUV électrique ID. Roc. Il faut quand même mesurer ce que cela représente pour Volkswagen, qui n'a actuellement pas les moyens de développer normalement la descendante de son modèle le plus emblématique. Entre les investissements engloutis dans l'électrique, la concurrence chinoise et les difficultés de rentabilité, le géant allemand commence sérieusement à manquer de marge de manoeuvre.
Le 4 novembre, la commission de l'environnement du Parlement européen a voté en faveur d'un nouvel assouplissement des objectifs de CO2 des voitures neuves pour 2035. Au lieu de la réduction de 100% prévue initialement, les eurodéputés proposent une baisse de 87.5%, complétée par des mécanismes de compensation, notamment liés à l'utilisation d'acier bas carbone. La proposition ouvrirait donc davantage la porte au maintien de certaines motorisations thermiques après 2035. Attention toutefois, ce vote ne constitue pas encore une modification définitive de la réglementation européenne, puisque le texte doit poursuivre son parcours législatif. Il n'empêche que les ambitions initiales sont progressivement revues à la baisse, après des années durant lesquelles on nous expliquait que le calendrier était parfaitement tenable.
Porsche explore une solution assez inattendue pour ses futures voitures électriques, avec un petit moteur thermique bicylindre à plat servant exclusivement de groupe électrogène. Il ne serait donc pas relié mécaniquement aux roues, son rôle étant uniquement de produire de l'électricité pour alimenter la batterie. Le constructeur a également imaginé un système permettant d'atténuer les vibrations et le bruit du thermique grâce au moteur électrique. Et puisqu'on parle de Porsche, on conserve évidemment l'architecture boxer plutôt qu'un banal bicylindre en ligne... Pour le moment, il ne s'agit que d'un brevet et aucun modèle de série n'a été annoncé. Mais voir Porsche étudier ce type de solution montre que le tout électrique ne répond pas forcément à tous les besoins envisagés par le constructeur.
Une information circule concernant une éventuelle limitation des réservoirs de carburant à 15 litres en Europe. Il faut toutefois remettre les choses à leur place, car aucune loi européenne n'impose actuellement cette mesure. Il s'agit d'une proposition de l'ONG Transport & Environment, formulée en octobre, qui concerne uniquement les futurs véhicules hybrides rechargeables. L'idée consiste à réduire leur autonomie thermique pour obliger leurs propriétaires à recharger plus régulièrement leur batterie. L'association estime que les hybrides rechargeables roulent trop souvent à l'essence, ce qui réduit fortement leur intérêt écologique. Le problème est réel, mais la solution paraît assez discutable. Plutôt que de rendre les voitures volontairement moins pratiques, on pourrait aussi se demander pourquoi on subventionne ou favorise des véhicules dont une partie des propriétaires n'exploite pratiquement jamais la motorisation électrique.
Avec l'augmentation du poids des véhicules, notamment électriques, la limite traditionnelle de 3.5 tonnes du permis B commence à poser quelques problèmes. Une directive européenne adoptée en 2025 prévoit justement des possibilités d'extension jusqu'à 4.25 tonnes pour certaines catégories de véhicules, notamment des utilitaires ou des camping-cars, sous conditions. Le sujet revient cette semaine à l'Assemblée nationale et au Sénat, où plusieurs parlementaires réclament une adaptation rapide de la réglementation française. Il ne s'agit toutefois pas d'une autorisation générale et immédiate de conduire n'importe quel véhicule de 4.25 tonnes avec un permis B. La France doit encore préciser les conditions d'application, notamment en matière d'ancienneté du permis ou de formation complémentaire.
BYD vient de franchir une étape impressionnante avec sa Yangwang U9 Xtreme, chronométrée à 503.17 km/h le 1er novembre sur une route fermée à Abou Dabi. Un record reconnu par la FIA, qui fait de cette électrique de plus de 3 000 ch la voiture de série la plus rapide sur ce type de passage. Mais l'histoire est d'autant plus intéressante qu'un autre exemplaire a été violemment accidenté lors d'essais à grande vitesse en Chine. Selon le constructeur, la première collision avec les barrières aurait eu lieu autour de 360 km/h, alors que l'essai visait une vitesse supérieure à 400 km/h. La voiture a été pratiquement détruite, mais le pilote s'en est sorti sans blessure grave. Une démonstration assez brutale des contraintes aérodynamiques et mécaniques auxquelles on se heurte lorsqu'on cherche à dépasser les 500 km/h.
L'équipementier automobile allemand Schaeffler vient d'annoncer un nouveau plan de restructuration prévoyant la suppression de 3 460 emplois en Europe, dont environ 2 660 en Allemagne, ainsi que la fermeture de cinq sites industriels. Le groupe invoque le ralentissement de la demande en moteurs thermiques, mais aussi une transition électrique moins rapide que prévu et des coûts de production trop élevés. La situation est assez révélatrice des difficultés de l'industrie européenne, qui doit investir massivement dans de nouvelles technologies tout en conservant des activités thermiques dont les volumes diminuent. Et ce sont encore les salariés qui paient une bonne partie de la facture. Les équipementiers sont particulièrement exposés, car ils subissent les décisions des constructeurs sans toujours disposer des mêmes marges financières.
BMW reste bénéficiaire, mais les résultats commencent sérieusement à se dégrader. Au troisième trimestre, la marge opérationnelle de sa division automobile est tombée à 3.4%, contre 5.2% un an auparavant. Le constructeur prévoit désormais une marge annuelle comprise entre -0.5% et +0.5%, notamment à cause des coûts de restructuration attendus en fin d'année. Le groupe accélère également un programme comprenant environ 8 000 suppressions d'emplois en Allemagne. Les difficultés commerciales en Chine pèsent lourd, avec des ventes en recul de 22% sur les neuf premiers mois. Il faut toutefois distinguer la rentabilité courante des charges exceptionnelles de restructuration, qui expliquent une bonne partie de la dégradation annoncée pour l'ensemble de 2026.
L'usine historique de Mirafiori, à Turin, va rester à l'arrêt du 9 au 13 novembre, ce qui portera à quatre le nombre de semaines consécutives sans production de Fiat 500. Stellantis explique que les interruptions récentes sont liées à une pénurie de composants électroniques, notamment de puces utilisées dans les calculateurs moteur. Les syndicats italiens estiment toutefois que la faiblesse de la demande reste le véritable problème de fond, d'autant que les deux premières semaines d'arrêt avaient bien été provoquées par des commandes insuffisantes. Une situation peu rassurante pour cette usine emblématique, qui illustre les difficultés de Fiat à retrouver des volumes industriels suffisants en Italie.
Pendant que plusieurs constructeurs européens multiplient les restructurations, Toyota affiche une progression de 34% de son bénéfice opérationnel sur le trimestre allant de juillet à septembre, avec environ 1 130 milliards de yens. Le constructeur profite notamment de la demande pour ses hybrides, de ses efforts de réduction des coûts et d'un yen favorable. Tout n'est pas rose pour autant, puisque ses ventes reculent fortement en Chine et que son bénéfice net trimestriel diminue. Mais Toyota conserve une puissance financière que beaucoup de concurrents peuvent lui envier. Sa stratégie consistant à ne pas miser exclusivement sur l'électrique lui permet encore de s'appuyer sur des motorisations hybrides très demandées, même si le marché mondial évolue rapidement.
Le marché français de l'occasion ne profite pas de la reprise observée dans le neuf. En octobre, seulement 448 986 voitures d'occasion ont changé de propriétaire, soit une baisse de 7.2% sur un an. Les motorisations diesel reculent particulièrement, tandis que les électriques d'occasion poursuivent leur progression avec 27 961 transactions (+42.8%). Mais ces dernières ne représentent encore que 6.2% des ventes d'occasion. Il faut dire que les aides publiques favorisent surtout le neuf et que les offres de leasing permettent parfois d'obtenir des mensualités assez proches de celles d'une occasion récente. Le marché de seconde main se retrouve donc dans une situation assez particulière, avec des voitures neuves artificiellement rendues plus attractives grâce aux dispositifs de soutien.
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