Carburants : jusqu'à -40% de ventes dans certaines stations

Dernière modification : 07/11/2026 -  0

Les prix des carburants ont tellement augmenté que les Français commencent à modifier sérieusement leurs habitudes. Et cette fois, les chiffres sont suffisamment importants pour qu'on ne puisse plus parler d'une simple variation de consommation. Dans certaines stations-service, les volumes vendus ont chuté de 40% en octobre 2026, tandis que les statistiques nationales révèlent une baisse importante des ventes de gazole depuis le printemps. Même la fréquentation des autoroutes commence à franchement reculer, avec environ 4% de trafic automobile en moins.

Il faut dire qu'avec un gazole qui a atteint près de 2.40 euros le litre fin octobre, la voiture commence à représenter une dépense difficilement supportable pour certains ménages. Et quand on sait à quel point elle reste indispensable à une bonne partie de la population, ces baisses de consommation en disent probablement beaucoup sur l'état du pouvoir d'achat des Français.


Des stations-service qui perdent jusqu'à 40% de leurs ventes

C'est Dominique Schelcher, le patron de Coopérative U, qui a récemment donné des chiffres assez stupéfiants sur la consommation de carburant dans son réseau. Depuis le début de l'année 2026, les stations du groupe enregistrent une diminution moyenne de 10% des volumes vendus. Mais la situation s'est encore aggravée en octobre, avec certaines stations qui ont subi une chute atteignant 40%.

Une station qui vend 40% de carburant en moins, ce n'est quand même pas une petite variation liée à la météo ou aux habitudes du week-end. Le dirigeant parle lui-même d'un véritable effondrement et explique que certains Français limitent désormais leurs déplacements, y compris pour les loisirs, le sport et les activités des enfants. Des dépenses qui finissent par être sacrifiées pour préserver un budget devenu trop serré.

Précisons toutefois que les -40% ne concernent pas l'ensemble des stations U, et encore moins toutes les stations françaises. Il existe aussi des transferts de clientèle vers les enseignes qui proposent des carburants moins chers, notamment TotalEnergies qui a plafonné ses tarifs. Mais même en tenant compte de ces déplacements commerciaux, les statistiques nationales montrent que le phénomène dépasse largement le réseau Coopérative U.

Le gazole s'effondre, et c'est loin d'être anodin

Les derniers chiffres de l'UFIP Énergies et Mobilités, établis à partir des données du Comité professionnel du pétrole (CPDP), montrent que les livraisons de carburants routiers ont reculé de 4.8% sur les neuf premiers mois de 2026, par rapport à la même période en 2025. La baisse concerne principalement le gazole, dont les volumes ont diminué de 7.5%, tandis que les essences progressent encore très légèrement de 0.6%.

Carburant Janvier à septembre 2026
Gazole -7.5%
Essences +0.6%
Total des carburants routiers -4.8%

La baisse du gazole est particulièrement importante à surveiller, car ce carburant continue de dominer largement les volumes consommés en France. En septembre 2026, il représentait encore 65% de l'ensemble des carburants routiers vendus. Deux litres sur trois environ, malgré le déclin du diesel dans les ventes de voitures neuves.

Le parc automobile français explique cette situation. Au 1er janvier 2026, le pays comptait environ 40 millions de voitures particulières, dont 46.1% de diesels thermiques, ou 46.6% en intégrant les hybrides diesel. C'est un peu moins de la moitié du parc, mais cela représente toujours près de 19 millions de voitures. Et ce sont traditionnellement des véhicules qui parcourent davantage de kilomètres que les essences.

À cela s'ajoutent les véhicules professionnels. Selon les chiffres publiés en 2026 par le ministère des Transports, 91.6% des utilitaires légers et 96.2% des poids lourds fonctionnent encore au diesel. La consommation de gazole ne dépend donc pas seulement des déplacements des particuliers, elle reflète également une partie de l'activité économique du pays.

Il est normal que les ventes de gazole diminuent progressivement avec le renouvellement du parc automobile, mais la brutalité des baisses observées en 2026 va bien au-delà d'une simple évolution des motorisations. En mai, par exemple, les livraisons nationales de gazole ont reculé de 13% en un seul mois par rapport à mai 2025.

Une chute qui dure depuis plusieurs mois

Le phénomène ne date pas d'octobre. Depuis avril, les statistiques nationales enregistrent six mois consécutifs de recul des livraisons de carburants routiers. Le mois de mai a été particulièrement mauvais, avec une diminution de 10.6% des volumes. Même juillet et août, pourtant propices aux grands déplacements, ont enregistré des baisses importantes.

Baisse des livraisons de carburants routiers en 2026
Variation par rapport au même mois de 2025 - France entière
Avril
 
-6.5%
Mai
 
-10.6%
Juin
 
-2.2%
Juillet
 
-4.1%
Août
 
-6.6%
Septembre
 
-3.9%
Données CPDP / UFIP Énergies et Mobilités. Les barres représentent l'ampleur des baisses mensuelles.

Le plus frappant est que cette contraction se poursuit alors même que les Français avaient déjà commencé à réduire leurs déplacements avant 2026. Selon les dernières données du SDES, le kilométrage annuel moyen des voitures est descendu à 11 600 km en 2025, soit une réduction de 10% depuis 2011. Le parc automobile compte davantage de voitures, mais chacune roule en moyenne moins qu'auparavant.

Les premières données disponibles pour octobre 2026 semblent indiquer une nouvelle aggravation. Des chiffres nationaux provisoires portant sur les vingt premiers jours du mois font état d'une baisse d'environ 16% des volumes de gazole. Cette valeur reste à confirmer par le bilan mensuel complet du CPDP, mais elle serait cohérente avec l'alerte lancée par Dominique Schelcher.

Les autoroutes confirment que les Français roulent moins

Les ventes de carburant pourraient baisser uniquement parce que les voitures consomment moins ou parce que davantage d'automobilistes passent à l'électrique. Mais d'autres statistiques permettent de regarder ce qui se passe directement sur les routes, et les résultats ne sont pas spécialement réjouissants.

Les groupes Vinci et Eiffage viennent de publier leurs résultats de trafic pour les neuf premiers mois de 2026. Sur le réseau Vinci Autoroutes, la circulation des véhicules légers a reculé de 4% depuis janvier, et même de 4.3% sur le seul troisième trimestre. Les réseaux APRR et AREA connaissent une évolution presque identique.

Réseau autoroutier Voitures Poids lourds
Vinci Autoroutes -4.0% +1.2%
APRR / AREA -3.7% +1.9%

Évolution des kilomètres parcourus entre janvier et septembre 2026, comparée à la même période de 2025.

La différence entre les voitures et les camions est particulièrement révélatrice. Les premières circulent sensiblement moins, tandis que le trafic des poids lourds progresse encore légèrement. Il semble donc que les particuliers réduisent davantage leurs déplacements, alors que le transport professionnel continue globalement de fonctionner.

Bien sûr, certains automobilistes ont pu abandonner l'autoroute payante au profit des nationales pour économiser sur les péages, ce qui contribue aussi à diminuer les chiffres des concessionnaires. Mais avec des ventes nationales de carburant également en baisse, il devient difficile d'expliquer toute cette évolution par un simple changement d'itinéraire.

Un plein de gazole qui coûte près de 37 euros de plus en un an

Pour comprendre pourquoi les automobilistes réduisent leurs déplacements, il suffit de regarder l'évolution des prix. Le 30 octobre 2026, le litre de gazole atteignait environ 2.37 à 2.38 euros en moyenne nationale, contre environ 1.64 euro un an auparavant. Une hausse de l'ordre de 74 centimes par litre, ce qui commence à faire une sacrée différence.

Sur un plein de 50 litres, cela représente environ 37 euros supplémentaires. Un automobiliste consommant 1 000 litres de gazole par an subirait, à volume identique et en comparant ces deux niveaux de prix, un surcoût annuel théorique de 740 euros. Et celui qui parcourt beaucoup de kilomètres avec un gros diesel peut évidemment dépasser ce montant.

Le plus étonnant est que le gazole est désormais nettement plus cher que le SP95-E10, avec un écart d'environ 28 centimes par litre fin octobre. Un renversement assez rude pour ceux qui avaient acheté un diesel justement pour réduire leur budget carburant.

Il faut aussi rappeler que l'État perçoit toujours près d'un euro de taxes sur chaque litre de gazole vendu, en cumulant l'accise sur les énergies et la TVA. Au 30 octobre, la fiscalité représentait environ 42% de son prix à la pompe. De quoi rappeler que le carburant constitue aussi une très importante recette fiscale, même lorsque ses prix deviennent difficiles à supporter.

Le gouvernement a finalement décidé de libérer 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques, avec une baisse attendue de 12 à 18 centimes par litre à partir de novembre, sur une période annoncée de trois mois. Cela représente une économie de 6 à 9 euros pour un plein de 50 litres. C'est toujours bon à prendre, mais cela ne compense qu'une partie de l'augmentation subie depuis un an.

Une baisse qui ne peut pas s'expliquer uniquement par l'électrique

Il serait toutefois incorrect d'attribuer toutes ces baisses de consommation à la dégradation du pouvoir d'achat. La transition du parc automobile joue également un rôle, et elle commence même à devenir assez rapide sur le marché du neuf.

En octobre 2026, les voitures électriques ont représenté 40.7% des immatriculations neuves en France, selon le ministère des Transports. C'est une proportion considérable, mais il faut la remettre à sa place. Au début de l'année, les électriques ne représentaient encore que 3.5% des voitures effectivement en circulation. Leur influence sur la consommation nationale reste donc bien plus limitée que leur part dans les ventes neuves ne pourrait le laisser croire.

Le recul du gazole s'explique aussi par la disparition progressive des diesels, dont la part dans les immatriculations neuves n'était plus que de 2% en octobre. Le remplacement des anciennes voitures diesel par des essences, des hybrides et des électriques entraîne forcément une diminution des volumes de gazole consommés.

Mais le renouvellement du parc est relativement lent, avec des voitures qui ont désormais 11.8 ans d'âge moyen. Il paraît donc difficile de mettre sur le seul compte de cette évolution les fortes baisses de consommation enregistrées en quelques mois. Le recul de la circulation sur les autoroutes vient justement renforcer l'hypothèse d'une diminution des déplacements.

La voiture devient une variable d'ajustement du pouvoir d'achat

Il existe enfin un dernier chiffre qui mérite d'être rapproché de tous les précédents. En octobre 2026, l'indice de confiance des ménages publié par l'INSEE est tombé à 80 points, contre une moyenne historique de 100. Il faut remonter à juin 2013 pour retrouver un niveau aussi faible. Les ménages se montrent notamment de plus en plus pessimistes sur leur situation financière future, tandis que leurs intentions de faire des achats importants diminuent.

Cette dégradation générale du moral économique correspond assez bien à ce qu'on observe sur les routes. Quand le pouvoir d'achat se contracte ou que les perspectives deviennent inquiétantes, les Français réduisent certaines dépenses, et les déplacements automobiles finissent manifestement par faire partie des sacrifices.

Ce qui me paraît particulièrement intéressant, c'est que la voiture a longtemps été considérée comme une dépense presque incompressible. On pouvait économiser sur les restaurants, les vacances ou les loisirs, mais on continuait à rouler. Or, les chiffres de 2026 montrent que cette limite est en train de bouger. Les Français commencent à réduire jusqu'à leurs kilomètres, alors même que le pays dispose d'un parc automobile toujours plus important.

Et c'est là que la situation devient assez préoccupante. Une baisse de consommation de carburant peut être présentée comme une bonne nouvelle environnementale, mais elle n'a pas du tout la même signification lorsqu'elle provient d'une amélioration de l'efficacité énergétique ou d'un renoncement aux déplacements faute d'argent. On peut toujours se féliciter de voir les litres de gazole disparaître des statistiques, mais il faudrait quand même chercher à savoir ce que les Français ont dû sacrifier pour y parvenir.

Les chiffres définitifs d'octobre permettront de voir jusqu'où cette baisse est allée. Mais avec des stations qui perdent jusqu'à 40% de leurs volumes, des ventes nationales de gazole en forte contraction et des autoroutes qui voient disparaître 4% de leur trafic automobile, il paraît difficile de considérer qu'il ne se passe rien. La mobilité commence visiblement à devenir une dépense sur laquelle les Français se restreignent beaucoup plus qu'avant.


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