
On va poser la question franchement : est-ce qu'on est en train d'assister à une flambée des très gros excès de vitesse ? Pas le petit 10 km/h de trop en descente. Non. Les vrais, les lourds, ceux à plus de 50 km/h au-dessus de la limite, ceux qui finissent au tribunal.
Premier signal : les chiffres de la Sécurité routière. Ils montrent une hausse des délits pour grands excès de vitesse ces dernières années. Ce n'est pas une impression. Ce sont des données officielles. On a d'ailleurs détaillé tout ça ici, avec les évolutions précises ici (bien que les données 2024 et 2025 manquent : l'ONISR semble devenir un peu radin sur certains chiffres).
Donc déjà, statistiquement, il se passe quelque chose.
Deuxième signal. En scrollant Facebook, je tombe sur deux articles suggérés côte à côte !
Au Royaume-Uni, un conducteur est contrôlé à 114 mph sur l'A14, soit environ 183 km/h. D'autres pointes à 111 mph, 105 mph, 102 mph. On est clairement dans le registre du délit, pas du petit écart.
En France, La Dépêche parle de 290 km/h (dans mon patelin Villeneuve sur Lot, ce qui a fait grand bruit [avec une RS5]), 174 km/h et 140 km/h relevés dans le Lot-et-Garonne depuis le début de 2026. Le journal évoque même une hausse des grands excès dans le département.
Un fait divers isolé ne prouve rien. Mais quand les exemples se multiplient, dans des contextes différents, et que ça colle avec les statistiques nationales, ça commence à faire un faisceau d'indices un peu épais.
Troisième élément, et pas des moindres : la machine.
Aujourd'hui, 150 à 200 ch, c'est banal. 200 km/h en pointe, presque normal. Les châssis sont d'une stabilité impressionnante, les pneus accrochent, l'ESP veille au grain, l'insonorisation efface la sensation de vitesse.
À 180 km/h dans une voiture récente, on peut avoir l'impression que tout va bien. Ça ne bouge pas, ça ne crie pas, ça ne tremble pas. La voiture donne le sentiment que c'est maîtrisé.
Sauf que la physique n'a pas signé de mise à jour. À 200 km/h, on parcourt environ 55 mètres par seconde. Une seconde d'inattention, et c'est déjà énorme. La technologie rassure, parfois un peu trop.
Il faut aussi regarder le contexte culturel. Jeux vidéo de course, vidéos YouTube, reels Instagram avec des accélérations en pagaille. La vitesse est partout. Elle est mise en scène, valorisée, banalisée.
Quand tu passes ton temps à voir du 250 km/h sur écran, 130 km/h paraît presque tiède. La perception se décale. Et même si tout le monde ne bascule pas dans l'excès, l'environnement global joue sur notre rapport à la vitesse.
Il y a aussi un point qu'on sous-estime souvent : les jeux vidéo de conduite. Dans énormément de titres, le joueur passe son temps accélérateur au plancher. On roule à fond presque en permanence. Les phases à vitesse modérée sont rares, voire inexistantes (on n'a pas que ça à faire il faut dire, le but est d'arriver le plus vite au point B).
À force d'être exposé à ce schéma, on s'habitue à un rapport à la conduite où la norme, c'est d'être à pleine charge. La vitesse élevée devient le cadre habituel, pas l'exception.
Évidemment, tout le monde ne transpose pas ça sur route ouverte. Mais quand la conduite virtuelle se fait majoritairement à fond, il n'est pas absurde de penser que cela peut influencer, au moins chez certains profils, la perception de ce qui est “rapide” ou “raisonnable”.
Le mot explosion est peut-être un peu brutal. On n'est pas sur une courbe verticale sortie de nulle part. Mais on voit une hausse dans les chiffres officiels. On observe des cas extrêmes de plus en plus relayés. On évolue dans un parc automobile plus performant et plus rassurant que jamais.
Pris séparément, chaque élément pourrait être relativisé. Mis ensemble, ils dessinent une tendance.
On ne peut pas affirmer que la route est devenue un circuit pour tout le monde. Mais on ne peut plus non plus dire que les grands excès de vitesse sont anecdotiques. Les signaux convergent.
Et quand plusieurs voyants s'allument en même temps, ce n'est généralement pas pour décorer le tableau de bord.
Il faut aussi rappeler que le cadre légal autour des grands excès de vitesse s’est durci. En droit français, un dépassement supérieur à 50 km/h au-dessus de la limite constitue une contravention de 5e classe (article R413-14-1 du Code de la route) : amende pouvant aller jusqu’à 1 500 €, retrait de 6 points, suspension administrative immédiate du permis pouvant atteindre 3 ans (article L224-2), avec immobilisation et possible confiscation du véhicule. En cas de récidive dans un délai de trois ans, l’infraction devient alors un délit (article L413-1), avec passage devant le tribunal correctionnel, amende plus lourde et sanctions pénales. Même si le premier grand excès n’est donc pas juridiquement un délit automatique, l’arsenal est déjà sévère et la médiatisation répétée de vitesses extrêmes peut aussi servir à légitimer un durcissement supplémentaire. Certains y verront une manière de préparer l’opinion à des sanctions encore plus lourdes, voire, à plus long terme, à des mesures structurelles comme un encadrement plus strict de la puissance ou des performances des véhicules neufs. Pour l’instant, ce n’est qu’une hypothèse, mais la séquence médiatique et réglementaire mérite d’être observée avec attention.
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