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Dernière modification 30/07/2021

Quels risques pour votre moteur d'utiliser l'éthanol E85 ?


C'est l'un des sujets qui passionne les possesseurs d'essence en ce moment, le fameux carburant E85 qui contient donc 85% d'éthanol, et surtout qui contient beaucoup moins de taxes ... Mais la question se pose, est-ce mauvais pour le moteur de lui faire ingérer de l'alcool en lieu et place des traditionnels SP95 et 98.
Nous allons donc tenter d'apporter un maximum d'éléments afin de voir si le risque est réel ou si il tient plutôt de la psychologie. J'invite, comme d'habitude, les spécialistes à mettre leur grain de sel en bas de page si jamais ils voulaient ajouter un élément ou contredire quelque chose qui ne leur plairait pas dans le texte.

L'éthanol est corrosif ?

C'est une chose qui revient souvent dans la bouche des conducteurs perplexes, l'éthanol n'est-il pas corrosif pour certains éléments du circuit de carburant ? Peur d'abîmer des durites ou encore les injecteurs ?
En réalité, et jusqu'à preuve du contraire, l'éthanol est très loin de pouvoir facilement endommager les durites du circuit, et il suffit alors de faire le test soi-même avec de l'éthanol sur différents bouts de plastiques et caoutchoucs (ne pas faire le test avec de l'alcool classique, il est moins corrosif que le dérivé éthanol). De plus, des essais grandeur nature ont été réalisés par ADINOV afin de voir si l'E85 était plus corrosif que le SP98, et le résultat de l'étude montre que les deux carburants ont des effets à peu près similaires sur les durites. Donc oui, l'E85 attaque bien les durites, mais pas vraiment plus que le sans plomb (donc de manière modérée). Je vous laisse toutefois lire l'étude car il y a certaines petites finesses : cliquez ici.
Je constate toutefois que des magazines comme Autoplus incitent à se méfier de ce phénomène ... Le mieux reste donc de vous faire votre propre expérience en faisant baigner des durits plusieurs mois dans de l'E85 et du SP98 pour voir la différence.


Concernant la corrosion de certains éléments métalliques (on pense surtout aux injecteurs) ce n'est pas l'alcool lui-même qui le provoque, mais l'eau qu'il contient : il peut y en avoir en amont (mais en occident c'est contrôlé ... pas trop de risque d'avoir de l'E85 plein d'eau à la station) mais aussi en aval (la condensation dans le réservoir finit plus facilement dans l'alcool que dans le pétrole raffiné, car l'alcool attire l'eau. Les deux vont alors se joindre et  "s'isoler" d'avantage de l'essence. Le mélange est moins homogène et le moteur finit par brûler l'alcool et l'eau ensemble quand leur tour arrive).

Information complémentaire à savoir, l'éthanol devient plus agressif quand il est mélangé à l'eau, car cela peut induire des phénomènes d'électrolyse (réaction électro-chimique).

Sachez enfin qu'on peut en conclure que l'éthanol est un dispersant d'eau, et donc que grâce à lui vous n'allez pas accumuler beaucoup d'eau dans le réservoir. Cette dernière sera brûlée petit à petit, et non pas d'un bloc (très néfaste) dans le cas du sans plomb qui ne se mélange pas avec (il faut alors de temps en temps mettre un dispersant d'eau dans le réservoir).

Décapant ?

Si au final l'éthanol n'est pas un risque pour les canalisation (et au pire ce ne serait pas un drame), précisons quand même que le côté un peu plus détergeant de l'éthanol peut potentiellement décaper le réservoir de ses impuretés et boucher potentiellement le filtre à carburant (pas une catastrophe mais c'est à préciser). Donc sur des voitures plus anciennes c'est une variable à prendre en compte, les récentes n'auront pas grand chose à décaper.

Auto-allumage / cliquetis ?


Avec un taux d'octane élevé par rapport au sans plomb, les risques de cliquetis (très néfaste à la mécanique !) sont ici encore réduits, et donc les risques que le carburant s'auto-allume (comme sur un diesel) est moindre. Bref, un point positif pour ce carburant "vert". Et c'est d'ailleurs grâce à cela qu'on peut en injecter beaucoup et qu'on peut donc obtenir plus de puissance de son moteur.

Mélange pauvre ?

C'est finalement le plus grand risque pour votre moteur, car rouler en mélange pauvre fatigue beaucoup le coeur du moteur (chaleur accrue !), ce qui vaut donc le plus cher (chemise, piston, segments ..). D'où la nécessité d'être certain que son injection travaille comme il faut en envoyant suffisamment de carburant. Donc il faut que le calculateur envoie la bonne dose mais aussi que les injecteurs puissent être en mesure de délivrer cette dernière !
Mais sachez que l'éthanol permet justement de rouler en mélange un peu plus pauvre car il chauffe moins les chambres de combustion.

Boîtier ou reprogrammation ?


Pour faire simple, le boîtier est comme les puces de puissance, il ment au calculateur sur la pression de carburant pour qu'il en envoie plus. Donc si on est honnête, on reconnaîtra aisément que le boîtier est un bricolage qui n'est pas des plus propres ...
A l'inverse, une reprogrammation (si elle est bien faite évidemment) permet de toucher à bien plus de variable, comme par exemple l'avance à l'injection et l'avance à l'allumage. Et c'est donc surtout important avec les injections directes qui sont plus pointues (en indirecte on balance dans le moteur un mélange plus grossier de comburant et carburant).
Pensez donc à privilégier la reprogrammation bien que le boîtier permette de se débarrasser du tout quand on le veut. Mais il n'y a pas vraiment d'intérêt à vouloir déprogrammer son auto, puisque même si vous ne voulez plus d'éthanol elle continuera à gérer parfaitement la digestion du sans plomb.


Boîtier de mauvaise qualité ?

Attention, même si votre moteur peut ingérer de l'éthanol, il suffit de lui greffer un boîtier mal conçu pour que ça l'abîme ... Il faut donc être vigilant sur le fournisseur et la réputation de ce dernier.

Injection directe et indirecte ?

Que le carburant soit injecté directement dans la chambre de combustion ou dans le collecteur d'admission, ça ne change au final pas grand chose, il n'y a pas vraiment plus de risque sur l'un ou sur l'autre, en théorie ...
Il faut juste être certain que le mélange ne soit pas trop pauvre. Et pour cela il faut soit un véhicule badgé FlexFuel nativement ou un boîtier / reprogrammation (quand l'injection le permet, à savoir pouvoir débiter des quantités de carburant suffisantes).
Pour résumer, l'injection directe accepte tout aussi bien l'éthanol mais la reprogrammation et la modification est plus difficile à effectuer (beaucoup de déboires sur les injections directes côté boîtiers par exemple, et les prestataires refusent souvent d'adapter une injection directe). Le fait est que l'injection directe est plus complexe car elle ne se limite pas à seulement à doser une quantité de carburant : il y a aussi une notion de temporalité car le moment d'injection doit aussi être modifié (d'autant plus compliqué quand on a une injection qui produit plusieurs jets, jets qui ont été calibrés par les ingénieurs selon une utilisation avec du sans plomb. Pas facile alors de savoir comment il faut procéder quand le moteur fonctionne à l'éthanol).

Contraintes moteur ? Compression ?


L'E85 implique une pression un peu plus importante dans les cylindres : si je mets plus de carburant, j'ai plus de "choses" dans le cylindres, et donc j'ai plus de pression ... Et ici on envoie 20% de carburant en plus (en quantité, pas en poids), cela induit donc plus de contraintes au niveau des chambres de combustion. N'oublions pas non plus la tension de vapeur qui implique que l'éthanol se vaporise plus que le sans plomb dans le cylindre, ce qui induit encore une pression supplémentaire. Et pour palier à tout ça, les moteurs FlexFuel nativement ont généralement des pistons et soupapes plus résistantes. L'injection doit elle aussi être mise un peu plus sous pression, ce qui fatigue donc potentiellement un peu plus pompe et rampe d'injection.

Sièges de soupapes ? Segmentation ?

On parle souvent d'eux comme étant une partie du moteur à adapter pour l'éthanol. C'est donc lié à la pression supplémentaire que j'explique juste au dessus.  Si j'ai plus de pression quand mes soupapes sont fermées (ouvertes il n'y en a pas de toute manière ...) alors forcément j'aurai plus de contraintes sur les parois de la chambre de combustion, et là où c'est le plus fragile c'est bel et bien au niveau des bords des soupapes (sièges) et au niveau de la segmentation.
C'est aussi pour cela qu'on constate souvent de meilleures performances moteur, un taux de compression élevé est toujours avantageux (au détriment de l'usure moteur évidemment).

Ethanol moins lubrifiant ?

Le plus faible pouvoir lubrifiant de l'éthanol peut potentiellement abîmer certains composants de l'injection, comme par exemple le dispositif d'ouverture des injecteurs (mécanique de très haute précision, surtout avec les piézoélectriques). En effet il aurait un pouvoir lubrifiant moindre, et donc la friction des pièces métalliques destinées à injecter le carburant serait plus vite fatigué.
La teneur minimale de 15% de sans plomb permet toutefois de résoudre ce problème (ça n'aide donc pas que pour les démarrages lorsqu'il fait moins de 13 degrés).

En revanche, et cela peut paraître paradoxal, mais des études auraient montré que le pouvoir lubrifiant serait meilleur avec un mélange sans plomb / éthanol entre 10 et 50%, donc entre l'E10 et l'E50. Grosso-modo, sur une voiture standard, il vaut mieux tourner à l'E10 qu'à l'E0 (à savoir sans plomb 95/98). Vous pouvez donc constater que le sujet est très technique et sournois.



Si à partir de l'E50 le film de protection lubrifiant s'effondre, entre E10 et E15 on est au maximum. C'est donc mieux que du sans plomb seul ... l'E85 est en revanche pas génial de ce point de vue là, et le sans plomb est alors meilleur pour les pièces se lubrifiant grâce au carburant et non grâce au circuit d'huile (comme le turbo par exemple, il se lubrifie à l'huile. Les injecteurs ou encore la pompe à injection se lubrifient avec le carburant)

Vieux véhicules ?

Sur les vieilles mécaniques (carburateur) il faut être plus méfiant car il faudra adapter vous-même la richesse moteur en touchant au carburateur (la richesse donc). Il n'y a pas d'électronique pour gérer le dosage à la volée, et vous risquez donc de rouler en mélange trop pauvre, ce qui peut provoquer surchauffe et usure rapide du moteur.

En hiver, le froid ?


L'éthanol n'aime pas le froid, il brûle très moyennement dans ces conditions (sous 13 degrés il commence à déchanter, contre -40° pour le SP) et c'est pour cela que l'E85 tombe parfois à 70% en hiver dans les stations essence afin de ne pas mettre dans l'embarras les conducteurs. On devrait alors l'appeler à ce moment là l'E70 ...
Pour résumer, ce carburant est moins adapté pour notre pays que le Brésil qui l'a adopté à 100% depuis de nombreuses années. Mais notons quand même que certaines autos ont des réchauffeurs de carburant qui peuvent palier en partie à cela.

Catalyseur ?

Côté catalyseur c'est plutôt positif, et ce sur deux aspects. Tout d'abord, l'éthanol induit une température de combustion moins élevée, ce qui se répercute dans l'échappement : le catalyseur chauffe moins et subit moins de contraintes (il va tenir plus longtemps). Autre phénomène, les polluants émis en fonctionnant à l'éthanol; sont moins nombreux, les réactions chimiques dans le catalyseur sont donc moindres et encore une fois il est un peu préservé.

Filtre à particules et éthanol, mauvaise cohabitation ?

Avec la généralisation du FAP sur les moteurs essence, une nouvelle problématique est arrivée. En effet, l'éthanol induit une richesse accrue qui peut potentiellement augmenter le nombre de particules fines, ce qui aura tendance à accélérer le colmatage du filtre. De plus, avec des combustions moins chaudes, le décapage du FAP (régénération qui est en continue sur les essences, et non pas temporalisée comme sur les diesels) s'avère lui aussi un peu plus difficile. Résultat, avec un FAP qui se colmate plus vite et qui a plus de mal à être décapé, les soucis peuvent donc potentiellement être plus récurrents qu'avec du sans plomb.

Garantie ?

Une chose est certaine, dès que vous touchez à la mécanique d'une auto (ou plus généralement tout objet acheté neuf), la garantie saute ...
Toutefois, depuis 2017 la loi impose au fabricant des boîtiers de prendre le relais sur la garantie moteur, et donc en cas de souci c'est vers le fabricant du boîtier qu'il faudra se retourner. Et pour que cela soit opérationnel il faut installer un boîtier homologué par un professionnel agrée. L'auto doit aussi faire moins de 14 chevaux fiscaux ("merci" à notre Etat de détester les possesseurs de mécaniques puissantes, une véritable honte !) et être au minimum en Euro3. Et concernant les modèles qui sortent actuellement c'est mal parti car il ne faut pas non plus de filtre à particules (ce qui est le cas des essences modernes à injection directe, les moteurs sortis après 2018 grosso modo).
Pour conclure, je ne trouve pas rassurant de savoir que le moteur de ma voiture neuve n'est plus garantie par le constructeur mais par un fabricant de boîtier qui peut coule du jour au lendemain. Et donc on peut conclure qu'il existe encore un frein à ce niveau.

Conclusion ?

Il semble donc clair que les craintes vis à vis de ce carburant vont au delà de ce que la réalité incarne (sachant aussi que les SP95 et 98 contiennent déjà à peu près 7 à 10% d'éthanol, comme le diesel a d'ailleurs aussi de l'huile végétale à un certain degré). Un carburant est un carburant et ce sont surtout les propriétés chimiques qui importent ici afin d'adapter l'injection (un peu comme avec un feu, si j'ai un matériaux qui brûle plus fort, j'en mets moins pour obtenir un même niveau de flamme, et vice versa). A savoir principalement l'octane (auto-combustion pour savoir l'avance à l'allumage et l'avance à l'injection) et le pouvoir calorifique du carburant (pour la dose à injecter pour un volume de comburant donné, rapport stoechimoétrique modifié : 14.5 pour SP contre 10 pour E85).
On peut toutefois prendre en compte qu'il est mieux d'avoir un moteur nativement Flexfuel, car il aura été pensé de A à Z par les ingénieurs, et cela peut impliquer un renforcement des chambres de combustion ou encore une injection adaptée afin d'injecter plus de carburant (avec de plus grosses pressions), sans oublier qu'il faut prévoir que le carburant est un peu moins gras et qu'il a donc un pouvoir lubrifiant moindre.
Le souci se pose aussi au niveau de la garantie puisqu'elle bascule vers le fabricant du boîtier en ce qui concerne le moteur. Et je doute que cela soit quelque chose qui vous inspire ... Mieux vaut que ce soit Renault qui continue de garantir votre moteur, et non pas une petite société qui fabrique des boîtiers qui peut couler ou qui peut se révéler être peu performante dans la prise en charge de votre souci.

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