La multiplication des piratages transforme le marché auto en cible stratégique

Dernière modification : 25/02/2026 -  0

On fantasme beaucoup sur le piratage des voitures elles-mêmes. On imagine un hacker qui prend le contrôle du volant à distance. Ce scénario existe en laboratoire, mais dans le monde réel, ce n’est pas là que se joue l’essentiel.

La vraie cible aujourd’hui, ce sont les bases de données.

L’automobile moderne repose sur un enchevêtrement de fichiers administratifs, fiscaux, commerciaux et techniques. Chaque maillon numérique devient un point d’entrée potentiel. Et ces derniers mois, les exemples se multiplient.

DGFIP : quand une fuite fiscale nourrit la fraude automobile

La Direction Générale des Finances Publiques concentre des informations d’une puissance redoutable : identité complète, adresse, situation fiscale, parfois éléments patrimoniaux. Même lorsqu’une fuite ne concerne qu’un prestataire ou un service périphérique, l’impact peut être considérable.

Dans le secteur automobile, ces données permettent de bâtir des dossiers de crédit auto ou de leasing parfaitement crédibles. Avec une identité complète et des éléments fiscaux cohérents, un fraudeur peut franchir plus facilement les contrôles automatisés des organismes de financement.

Le véhicule est livré, le contrat est activé, et la victime découvre parfois plusieurs mois plus tard qu’elle est officiellement propriétaire d’un bien qu’elle n’a jamais commandé. L’usurpation d’identité prend alors une dimension financière lourde, bien au-delà du simple vol de données.

SIV : un outil régalien fragilisé

Le Système d’Immatriculation des Véhicules constitue le cœur administratif du parc roulant français. Les professionnels habilités agissent pour le compte de l’État, ce qui confère au système une aura de fiabilité quasi institutionnelle.

Pourtant, des identifiants de garages ont été récupérés par hameçonnage ou usurpation administrative. Une fois l’accès obtenu, les fraudeurs ont pu générer en quelques heures des volumes anormaux de certificats d’immatriculation.

Le point critique n’est pas seulement l’intrusion. C’est l’absence de blocage automatique face à des flux manifestement incohérents. Des milliers de cartes grises ont pu être émises dans des laps de temps très courts sans déclenchement immédiat d’alerte.

Ensuite vient la mécanique fiscale. Les taxes liées aux immatriculations sont automatiquement imputées au professionnel dont les identifiants ont été utilisés. Certains garages se sont retrouvés confrontés à des rappels pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros, alors même qu’ils étaient victimes du piratage.

Suspensions d’habilitation, procédures de recouvrement, suspicion administrative : la double peine fragilise les entreprises. Pendant ce temps, des véhicules immatriculés frauduleusement circulent avec des documents parfaitement officiels, ce qui affaiblit encore la traçabilité du marché de l’occasion.

Concessionnaires fantômes et vrais SIRET : la crédibilité détournée

Dans d’autres cas, des fraudeurs ont exploité les mécanismes administratifs pour introduire de faux professionnels dans des bases officielles. Des numéros de SIRET authentiques ont été associés à des structures fictives, donnant une légitimité apparente totale.

Pour l’acheteur, tout semble conforme. L’entreprise existe administrativement. Les immatriculations sont possibles. Les identifiants sont valides. La crédibilité est complète.

Les acomptes sont versés, les transactions enclenchées, puis la structure disparaît. La fraude repose alors sur l’infrastructure officielle elle-même. Ce n’est plus un site douteux, c’est un dossier administratif crédible.

Autosur : quand le contrôle technique devient une source de données exploitables

Le réseau de contrôle technique Autosur a été touché par un incident de sécurité ayant exposé des données clients. Noms, coordonnées et informations liées aux véhicules ont pu être consultés.

Ce type de fuite ne permet pas de voler directement une voiture. En revanche, il permet de cibler précisément des automobilistes avec des messages d’apparence parfaitement légitime. Une relance de contre-visite, une notification réglementaire, un faux rappel lié au contrôle technique deviennent beaucoup plus convaincants lorsque les informations correspondent exactement au véhicule concerné.

La fraude gagne en précision, et donc en efficacité.

Toyota et les failles cloud répétées

Le constructeur Toyota a connu plusieurs épisodes d’exposition de données ces dernières années, notamment via des erreurs de configuration de serveurs cloud. Dans certains cas, des bases contenant des informations clients sont restées accessibles publiquement pendant des mois avant d’être détectées.

On ne parle pas ici d’une intrusion sophistiquée, mais d’un stockage mal sécurisé. Le résultat est le même : des données exploitables, incluant parfois les coordonnées de clients ou des informations liées aux services connectés.

Ces incidents illustrent un phénomène plus large. L’automobile moderne repose sur des infrastructures cloud externalisées. Une simple erreur humaine peut exposer des centaines de milliers de dossiers.

Stellantis et la pression des ransomwares

Le groupe Stellantis a également été visé par des attaques revendiquant l’exfiltration de données internes. Dans ces scénarios, les pirates menacent de publier les informations si une rançon n’est pas versée.

Même lorsque la production n’est pas interrompue, la divulgation potentielle de données internes, qu’il s’agisse d’informations salariés, fournisseurs ou techniques, fragilise l’écosystème industriel. L’automobile dépend d’un réseau complexe de sous-traitants, et une attaque sur un maillon peut avoir des répercussions en cascade.

CDK Global : quand les concessions s’arrêtent net

Aux États-Unis, le fournisseur de logiciels pour concessions CDK Global a été paralysé par un ransomware, affectant des milliers de points de vente. Facturation, gestion des stocks, édition de contrats, immatriculations : tout a été temporairement bloqué.

Cet épisode montre une autre dimension du risque. Il ne s’agit plus seulement de données volées, mais d’interruption opérationnelle. Lorsque l’outil central tombe, la chaîne commerciale entière se grippe.

L’automobile, devenue dépendante de solutions logicielles centralisées, voit son exposition augmenter mécaniquement.

Une surface d’attaque en expansion permanente

Administration fiscale, système d’immatriculation, contrôle technique, constructeurs, prestataires cloud, éditeurs logiciels : chaque brique numérique constitue désormais un point d’entrée possible.

Le secteur automobile concentre des transactions élevées, des identités complètes, des flux financiers importants et des délais administratifs exploitables. Pour un cybercriminel, le rendement potentiel est élevé et les volumes significatifs.

La transformation est structurelle. Plus l’écosystème se numérise, plus la surface d’attaque s’étend. Le piratage automobile contemporain ne vise pas la direction assistée. Il vise la confiance administrative, la crédibilité des fichiers et la fluidité des transactions.

La voiture reste un objet mécanique.
Mais l’industrie qui l’entoure est devenue un système numérique massif.
Et c’est ce système qui est désormais en première ligne.


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