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Quand la LaFerrari est sortie, son nom m'avait franchement laissé perplexe. Appeler une Ferrari LaFerrari, donc littéralement La Ferrari, me semblait presque enfantin, comme si on avait appelé un grand restaurant Le Restaurant ou une montre de luxe La Montre. Il y avait dans ce nom quelque chose de trop évident, de trop appuyé, presque de pas très sérieux. Et surtout, cela sous-entendait une chose assez lourde à porter, car si cette voiture était vraiment La Ferrari, alors cela voulait dire qu'elle devait représenter le sommet absolu de la marque.
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Pour ma part, je trouvais cette idée assez risquée. Ferrari venait remplacer l'Enzo avec une machine évidemment exceptionnelle, dotée d'un V12 atmosphérique, d'une hybridation intelligente et d'un statut de reine de la gamme. Mais justement, plus la voiture était importante, plus ce nom me paraissait maladroit. Une vraie grande Ferrari n'a pas besoin de crier qu'elle est la plus grande, elle doit normalement l'imposer par sa présence, son moteur, sa ligne et ce qu'elle laisse derrière elle. En gros, j'avais l'impression que Ferrari forçait un peu le destin en nommant déjà sa voiture comme si elle était impossible à dépasser.
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Avec le recul, hélas pour mon jugement de l'époque, ce nom devient évident. En 2026, la LaFerrari apparaît de plus en plus comme la dernière Ferrari parfaite, ou en tout cas comme la dernière à avoir réuni autant d'éléments sans perdre l'équilibre. Elle acceptait déjà la modernité avec l'hybridation, mais elle gardait au centre de l'expérience ce fameux V12 atmosphérique (l'un des tout meilleurs moteurs de l'histoire) qui donne encore aujourd'hui une noblesse mécanique impossible à simuler. C'est pour ça que son nom prend un autre sens. Il ne sonne plus comme une prétention un peu puérile, mais comme une sorte de vérité qui s'est révélée avec le temps...
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La F80 est certainement plus efficace, plus moderne et plus violente dans sa manière d'aborder la performance. Bien évidemment, Ferrari ne pouvait pas rester figée dans le passé, et personne ne demande à la marque de refaire éternellement la même voiture avec un badge différent. Mais le désir automobile ne se résume pas à une addition de chevaux et de solutions techniques. Ce qui fait rêver, ce n'est pas seulement la vitesse, c'est aussi la manière dont la voiture se présente, la cohérence de son style, et cette impression difficile à expliquer qui fait qu'on a envie de la regarder encore avant même de l'entendre démarrer.
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Et là, avouons quand même que la F80 me laisse plus froid. Son style a quelque chose de trop démonstratif, presque comme une miniature Hot Wheels devenue adulte sans perdre son côté jouet énervé. Tout semble vouloir impressionner immédiatement, avec des formes agressives, des angles, des cassures et cette volonté permanente de paraître radical. La LaFerrari, elle, était spectaculaire sans sombrer dans la caricature. Elle avait de la tension, de la violence, de la complexité, mais elle gardait encore une très grande élégance. La F80 impressionne, la LaFerrari fascine, et ce n'est pas la même chose.
Il me semble aussi que le départ progressif de Pininfarina a laissé une trace plus profonde qu'on ne veut bien l'admettre. Je ne dis pas que toutes les Ferrari modernes sont ratées, ce serait trop simple, mais on sent parfois que la marque a perdu une forme de retenue naturelle. Avant, les volumes respiraient davantage, les lignes semblaient plus sûres d'elles, moins obligées de se justifier par des artifices visuels. Depuis, Ferrari donne parfois l'impression de vouloir prouver qu'elle sait dessiner, et quand on cherche trop à prouver son élégance, c'est souvent qu'elle commence déjà à s'échapper.
La LaFerrari est justement intéressante parce qu'elle se situe à ce point de bascule. Elle n'est pas simplement une ancienne Ferrari pleine de nostalgie, car elle était déjà tournée vers l'avenir. Mais elle n'était pas non plus cette Ferrari moderne parfois trop chargée, trop nerveuse, trop obsédée par l'impact immédiat. Elle avait encore cette forme de dignité mécanique et visuelle qui faisait que la voiture semblait supérieure sans avoir besoin de se déguiser en vaisseau spatial. Bref, elle avait encore quelque chose de très Ferrari, au sens le plus noble du terme.
Et puis il y a la Ferrari Luce, qui représente pour moi l'apothéose de cette évolution étrange. Je comprends très bien qu'une marque doit avancer, que l'électrique arrive, que les normes changent et que Ferrari ne peut pas vivre éternellement dans le souvenir des V12 hurlants. Mais entre avancer et négocier avec son propre mythe, il y a une limite. Une Ferrari électrique, familiale ou très technologique peut certainement être performante, mais est-ce encore ce que l'on attend instinctivement d'une Ferrari ? Pour ma part, j'ai du mal à y voir autre chose qu'un symptôme de l'époque, où même les marques les plus passionnelles finissent par parler le langage des investisseurs, des modes et des nouvelles clientèles à conquérir.

C'est pour cette raison que la LaFerrari prend aujourd'hui une valeur presque symbolique. Elle représente le dernier moment où Ferrari semblait encore réussir à mélanger la performance, la noblesse mécanique, le style et le prestige sans trop se perdre dans le discours. Elle était moderne, mais pas dénaturée. Elle était spectaculaire, mais pas vulgaire. Elle était hybride, mais encore profondément mécanique. Et finalement, c'est peut-être cette combinaison qui la rend si difficile à remplacer.
Je me suis donc probablement trompé sur son nom. A l'époque, je le trouvais maladroit, trop prétentieux, presque ridicule. Mais avec le recul, ce nom paraît maintenant beaucoup plus juste. LaFerrari était peut-être bien LA Ferrari, la dernière à incarner aussi clairement ce que la marque savait produire de plus pur, de plus noble et de plus désirable. En gros, c'est la F40 des temps modernes, et elle restera donc indémodable.
La F80 ira peut-être plus vite, la Luce annoncera peut-être un nouveau monde (celui des fous), et les futures Ferrari seront sûrement encore plus sophistiquées. Mais la LaFerrari garde quelque chose que les chiffres ne peuvent pas fabriquer. Elle a cette évidence rare des voitures qui semblent résumer une marque à un moment précis de son histoire. Comme quoi, parfois, même un nom que l'on trouve idiot au départ peut finir par avoir raison... simplement parce que le temps finit par faire le tri.
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