La police ne servirait-elle plus qu'à contrôler les routes ?

Dernière modification : 05/06/2026 -  3

Cet article d'humeur découle d'une accumulation de constats et d'une affaire judiciaire récente qui m'a mois en émoi ainsi que mes concitoyens, on y revient plus bas ...

De Police Secours à Police Routière

Comme vous le savez probablement, la police a longtemps porté dans l'imaginaire collectif une idée assez simple, celle de Police Secours. Ce n'était pas seulement un nom administratif ou un joli mot sur une voiture sérigraphiée, c'était une promesse. Quand un citoyen avait un problème sérieux, quand il se faisait agresser, voler, menacer, cambrioler ou quand il voyait un délit se produire sous ses yeux, l'Etat devait arriver. En gros, on appelait, quelqu'un répondait, et si la situation l'exigeait, une équipe venait. Hélas, beaucoup de Français ont aujourd'hui l'impression que cette logique s'est retournée, car la police semble parfois moins visible quand il faut protéger les gens, mais beaucoup plus présente quand il faut contrôler les routes, verbaliser, retirer des points ou rappeler au conducteur ordinaire qu'il reste une cible très pratique.

Une anecdote personnelle qui résume un malaise plus large

Pour ma part, je ne parle pas seulement d'une théorie un peu vague. Mon petit frère s'est fait voler sa moto, puis le voleur a été aperçu plusieurs jours plus tard en train de s'en servir dans un champ avec des amis à lui. Nous avons prévenu la police directement, avec l'espoir assez naturel qu'une intervention aurait lieu rapidement, car on ne parlait pas d'une vague suspicion mais d'un véhicule volé retrouvé avec quelqu'un dessus. Personne n'est venu, pourtant nous avons regardé le voleur profiter de la moto et s'amuser une bonne heure sous nos yeux ! Bien évidemment, une anecdote personnelle ne suffit pas à résumer toute l'action policière en France, et il serait injuste de tirer une grande règle générale à partir d'un seul épisode familial. Mais ce genre de situation laisse une trace, car elle donne l'impression que le citoyen honnête est toujours facile à contrôler, mais que le voleur devient soudain beaucoup plus compliqué à arrêter.

Quand les vols restent sans réponse

Et le plus dérangeant, c'est que ce sentiment ne sort pas de nulle part. Les chiffres officiels montrent que les atteintes aux biens sont très faiblement élucidées, notamment les vols liés aux véhicules, les cambriolages et les vols sans violence contre les personnes. Pour les faits enregistrés en 2022, ces catégories ne dépassaient pas 7 % d'élucidation au bout d'un an. Avouons quand même que c'est difficile à entendre quand on vient de se faire voler une moto, une voiture ou un scooter, car derrière le mot "élucidation", il y a quelque chose de très concret. Cela veut dire que dans l'immense majorité des cas, on dépose plainte, on raconte, on donne les éléments, puis on attend. Et très souvent, il ne se passe pas grand-chose.

Sur la route, l'Etat retrouve toute son efficacité

Voyons maintenant ce qui se passe côté route. Là, tout devient beaucoup plus efficace, presque chirurgical. En 2024, plus de 27,6 millions d'infractions routières ont été enregistrées, dont 26,5 millions de contraventions. Les dispositifs automatisés ont envoyé 14,2 millions d'avis de contravention, dont 13,9 millions pour excès de vitesse, et une grande partie de ces excès concernait des dépassements inférieurs à 20 km/h hors agglomération. Bref, quand il faut repérer une plaque, envoyer un courrier et déclencher une sanction, la machine fonctionne avec une régularité admirable. C'est même là que le malaise devient presque comique, si ce n'était pas aussi agaçant, car l'Etat paraît parfois maladroit quand il faut retrouver un voleur, mais il devient très habile quand il faut retrouver le propriétaire d'une carte grise.

La sécurité routière ne doit pas devenir un prétexte permanent

Il faut évidemment rester honnête, car la sécurité routière n'est pas une invention inutile. La route tue encore, et personne de sérieux ne peut dire qu'il faut laisser faire les alcoolisés, les drogués, les chauffards, les très grands excès ou les comportements réellement dangereux. En 2025, 3 260 personnes sont mortes sur les routes de France métropolitaine, ce qui reste un bilan humain lourd. Mais il faut aussi rappeler que nous ne sommes plus dans les années 70, quand la mortalité routière atteignait des sommets effrayants. Le risque a énormément baissé par rapport au trafic, aux kilomètres parcourus et au nombre de véhicules en circulation. De ce fait, continuer à traiter l'automobiliste ordinaire comme un danger public permanent devient de plus en plus difficile à justifier, surtout quand les vrais délits du quotidien semblent parfois tomber dans une sorte de brouillard administratif.

Des contrôles placés là où les gens honnêtes passent

Ce qui me frappe aussi, c'est le choix des horaires et des lieux de contrôle. En ce qui me concerne, je constate souvent que les contrôles routiers se font aux heures de sortie du travail, sur des axes fréquentés par des gens qui rentrent chez eux après une journée déjà assez longue. C'est doublement injuste, car ces contrôles visent surtout les gens visibles, solvables, immatriculés, assurés et globalement dociles. Ceux qui vivent à des horaires plus atypiques, ceux qui roulent sans permis, sans assurance, dans des véhicules douteux ou avec une vraie logique de défi envers l'autorité ne passent pas forcément au même endroit, au même moment. Et puis avouons le, contrôler à 18h est plus confortable que de monter des opérations tard le soir dans des zones moins tranquilles. C'est humain, certes, mais c'est justement tout le problème.

Une fermeté très variable selon le public visé

On retrouve la même impression dans le maintien de l'ordre. Quand des débordements liés à des groupes réellement violents se produisent, on voit souvent les forces de l'ordre contenir, observer, reculer, attendre que les choses se tassent, puis constater les dégâts. En revanche, quand des familles, des classes populaires ou des citoyens ordinaires manifestent plus calmement, l'Etat retrouve parfois une fermeté impressionnante. Encore une fois, je ne suis pas en train de dire que toutes les manifestations sont pacifiques ou que les policiers de terrain prennent plaisir à taper sur les gens, ce serait trop facile et trop caricatural. Mais il y a une impression persistante, celle d'un pouvoir qui frappe plus volontiers quand il sait que la personne en face aura peur des conséquences. Le citoyen ordinaire respecte les règles, donc il devient contrôlable. Le voyou méprise les règles, donc il devient plus coûteux à traiter.

L'affaire Lyhanna comme révélateur d'un écart insupportable

C'est aussi pour cette raison que l'affaire Lyhanna a déclenché chez moi l'envie d'écrire ce texte. Au moment où j'écris ces lignes, un corps d'enfant portant des vêtements similaires à ceux de Lyhanna a été retrouvé dans le Gers, et le principal suspect, déjà mis en examen pour enlèvement et séquestration, avait fait l'objet de signalements et de plaintes antérieures selon les informations publiées. Il faut évidemment rester prudent, car une enquête est en cours et la justice devra établir les responsabilités. Mais le symbole est terrible. On vit dans un pays où les conducteurs ordinaires sont suivis, flashés, identifiés et sanctionnés avec une précision remarquable, tandis que des alertes autour de profils potentiellement dangereux semblent parfois se perdre dans des lenteurs incompréhensibles. Et là, franchement, il devient difficile de demander aux citoyens de ne pas faire le rapprochement.

Le problème n'est pas le policier, mais la logique de l'Etat

Je ne veux pas tomber dans le discours paresseux qui consiste à dire que "la police ne fait rien". Ce serait faux, et surtout injuste pour les policiers qui font encore leur métier avec courage, souvent dans des conditions médiocres, avec une hiérarchie pesante, une justice saturée et des ordres politiques parfois absurdes. Le problème est ailleurs. Il est dans l'orientation générale de l'Etat, qui semble préférer ce qui est simple à mesurer, simple à automatiser et qui maximise la rentabilité (ou plutôt qui maximise les pertes des citoyens, car qunad l'Etat gagne 1 il s'empresse de s'endetter de 2 ... Les revenus n'ont aucune utilité quand on cherche à les enterrer immédiatement avec des charges inutiles). La route coche toutes les cases. Une voiture a une plaque, un propriétaire, une adresse, une assurance, un compte bancaire et souvent un conducteur qui ne cherchera pas trop les ennuis. Le délinquant, lui, demande du temps, du terrain, de l'enquête, du courage politique et une vraie chaîne judiciaire derrière. C'est forcément moins propre dans un tableau Excel.

Quand celui qui verbalise souffre aussi du système

Il faut aussi oser se poser une question plus dérangeante, car le malaise ne touche pas seulement les automobilistes contrôlés, il touche peut-être aussi ceux qu'on envoie les contrôler. La police connaît depuis longtemps un niveau de suicides préoccupant, et même si le passage à l'acte dépend toujours de facteurs multiples (vie personnelle, pression hiérarchique, fatigue, exposition à la violence, accès au danger, isolement), on peut quand même se demander ce que produit, à la longue, un métier vidé d'une partie de son sens. En gros, quand on s'engage dans la police, on imagine probablement protéger des victimes, arrêter des agresseurs, retrouver des voleurs, sécuriser des familles, bref faire quelque chose qui a une vraie utilité sociale. Mais passer ses journées à verbaliser des gens qui rentrent du travail, à sanctionner des détails, à mettre une amende à quelqu'un qui compte déjà ses fins de mois, cela ne doit pas être très glorieux à vivre non plus. Avouons quand même qu'il y a quelque chose d'assez malsain dans un système qui met les policiers en contact permanent avec la partie la plus docile de la population, non pas pour l'aider, mais pour la punir. Et à force de transformer des agents de protection en agents de pression administrative, on finit peut-être par abîmer tout le monde, ceux qui subissent l'amende comme ceux qui la rédigent...


L'automobiliste n'est pas seulement un usager à punir

En gros, la police ne devrait pas devenir une simple police routière avec quelques missions de secours quand il reste du temps. Elle devrait redevenir ce que son ancien nom promettait, une force qui protège d'abord les citoyens, leurs familles et leurs biens, puis qui contrôle la route avec discernement. Bien sûr qu'il faut sanctionner les comportements dangereux au volant, personne ne dit le contraire. Mais quand un automobiliste a plus peur de perdre un point pour une petite inattention que de voir son voleur arrêté, c'est qu'il y a quelque chose qui ne tourne plus rond. Et sur un site auto, il me semble qu'on a parfaitement le droit de le dire. L'automobiliste n'est pas seulement un usager à surveiller. C'est aussi un citoyen qui attend encore que l'Etat le protège avec autant d'énergie qu'il le verbalise.


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