Changement d'heure : le nombre d'accidents augmente-t-il ?

Dernière modification : 21/10/2026 -  0

Chaque année, le passage à l'heure d'hiver nous fait perdre une heure de luminosité en fin de journée, du moins si l'on se réfère à notre montre. En 2026, ce changement aura lieu le dimanche 25 octobre, et ceux qui avaient l'habitude de rentrer du travail avant la tombée de la nuit vont désormais effectuer une partie de leur trajet dans l'obscurité.

On imagine assez facilement que cela puisse provoquer davantage d'accidents, notamment avec les piétons et les cyclistes qui deviennent moins visibles. Mais est-ce réellement le cas ? Plusieurs études françaises et étrangères ont étudié la question, et les résultats sont parfois assez surprenants.

Ce que montrent les chiffres français

L'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) a étudié les accidents corporels impliquant des piétons entre 2020 et 2024. En comparant les mois d'octobre et de novembre, il constate une hausse de 34.9% des accidents entre 17h et 19h, soit précisément la période pendant laquelle la nuit vient désormais perturber les déplacements du soir.

Un chiffre important, mais qui mérite d'être accompagné des autres résultats de l'étude. Car sur la tranche de 8h à 10h du matin, les accidents impliquant des piétons diminuent de 10.2%. Logique puisque le changement d'heure permet aussi de récupérer une heure de lumière le matin. Plus étonnant, les accidents baissent également de 35.5% entre 20h et 22h.

Et si l'on prend les mois dans leur ensemble, on découvre même que les accidents corporels impliquant des piétons sont 3.8% moins nombreux en novembre qu'en octobre.  Il faut toutefois relever quelques détails que cette comparaison laisse de côté. Déjà, novembre compte 30 jours contre 31 en octobre, ce qui ramène cette baisse à seulement 0.6% en moyenne quotidienne. Mais il y a surtout un autre facteur à prendre en compte, celui du nombre de piétons présents dans les rues. On peut raisonnablement penser qu'il y en a moins en novembre qu'en octobre, car le froid, la pluie et les journées plus courtes incitent à limiter les déplacements à pied. Si c'est bien le cas, alors cette légère baisse du nombre d'accidents pourrait en réalité cacher une augmentation du risque pour chaque piéton. Il faudrait donc connaître l'évolution de la fréquentation piétonne entre ces deux mois pour pouvoir tirer des conclusions plus solides.

Ces résultats montrent surtout que les accidents se déplacent d'une tranche horaire à une autre. Le danger augmente au moment où la nuit vient remplacer le jour alors que les habitudes de déplacement, elles, n'ont pas changé.

L'ONISR donne aussi quelques chiffres sur la mortalité des piétons. 42% des décès de piétons sur l'année surviennent entre octobre et janvier, soit sur seulement quatre mois. Pour les mois de novembre, décembre et janvier, on compte en moyenne 149 piétons tués par an, une période qui concentre environ 30% des accidents mortels impliquant des piétons.

Les données de L'olivier Assurance

L'assureur L'olivier a lui aussi étudié l'évolution des accidents selon les heures et les saisons. D'après les données qu'il nous a communiquées par un communiqué de presse ce matin, la part quotidienne des accidents augmente de 12% entre 18h et 20h durant les mois de novembre, décembre et janvier. L'tude, plutôt légère, n'indique rien de plus ... L'objectif de ces communiqués est d'inciter les médias à les reprendre pour les citer, et donc leur faire de la pubgratuitement.

On retrouve donc une concentration plus importante des accidents pendant les heures de retour du travail, à une période où la nuit est déjà installée.

Attention toutefois à ne pas interpréter ce chiffre comme une hausse de 12% de l'ensemble des accidents provoquée par le changement d'heure. Le communiqué ne précise pas la période de comparaison, le nombre de sinistres étudiés ni la façon dont cette augmentation a été calculée. Il s'agit aussi de données d'assurance, qui ne couvrent pas nécessairement les mêmes accidents que les statistiques officielles de sécurité routière.

Cette étude reste néanmoins intéressante puisqu'elle retrouve une évolution des accidents à une heure proche de celle relevée par l'ONISR.

Ce que montrent les études étrangères

Une étude américaine publiée en 2025 dans le Journal of Safety Research apporte un éclairage particulièrement intéressant. Les chercheurs ont analysé les accidents mortels aux États-Unis entre 2010 et 2019, en comparant les cinq semaines précédant et suivant les changements d'heure.

Après le passage à l'heure d'hiver, sur les périodes de la journée dont la luminosité a été modifiée, les accidents mortels impliquant des piétons et des cyclistes augmentent de 13%. En revanche, ceux concernant les occupants de véhicules motorisés diminuent de 7.1%.

Voilà qui est intéressant. On aurait pu penser que la baisse de luminosité ferait augmenter les accidents pour tout le monde, mais ce n'est pas ce qu'observent les chercheurs. Les piétons et cyclistes sont beaucoup plus sensibles au manque de lumière, alors que les automobilistes peuvent bénéficier de la luminosité retrouvée le matin. Il faut également rappeler que ces chiffres concernent les accidents mortels, et non l'ensemble des petits accrochages.

Une autre étude britannique, publiée en 2017 dans Accident Analysis & Prevention, s'est intéressée aux passages piétons. Les chercheurs ont justement utilisé les changements d'heure pour comparer des conditions de circulation à heure identique, mais avec ou sans lumière naturelle.

Ils obtiennent un odds ratio de 1.70 pour les collisions impliquant des piétons sur les passages lorsqu'il fait nuit. Cet indicateur statistique traduit un risque sensiblement plus élevé dans l'obscurité. Et un autre résultat mérite d'être relevé puisque 98% des accidents nocturnes étudiés sur les passages piétons se produisaient à des endroits disposant d'un éclairage public.

On comprend donc que les lampadaires ne remplacent pas complètement la lumière du jour. Il suffit d'avoir conduit en ville sous la pluie, de nuit, pour savoir à quel point un piéton peut parfois être difficile à distinguer, même dans une rue éclairée.

Une hausse générale des accidents ?

C'est ici que les études deviennent moins catégoriques. Une recherche britannique publiée en 2022 dans BMJ Open, portant sur les années 2005 à 2018, ne retrouve pas de hausse significative des accidents à l'échelle de la Grande-Bretagne lors du passage à l'heure d'hiver. Certaines analyses montrent même de petites diminutions, mais leur ampleur reste limitée.

Une revue scientifique publiée en 2017, qui regroupait 24 études sur le changement d'heure et la sécurité routière, arrivait d'ailleurs à des résultats assez partagés. Parmi les 15 études analysant les effets immédiats du passage à l'heure d'hiver, cinq constataient une augmentation des accidents, cinq une diminution et cinq ne relevaient aucun changement.

Il ne faudrait donc pas confondre la hausse des accidents à certaines heures avec une augmentation du nombre total d'accidents.

Le passage à l'heure d'été est d'ailleurs un problème différent. Une étude américaine publiée en 2020 dans Current Biology, à partir de 732 835 accidents mortels recensés entre 1996 et 2017, a estimé que le risque d'accident mortel augmentait de 6% la semaine suivant le changement d'heure du printemps. Les chercheurs mettent notamment en cause la perte d'une heure de sommeil et le dérèglement temporaire de notre rythme biologique.

En automne, lorsque nous récupérons cette heure de sommeil, la même étude ne relevait pas d'augmentation significative du risque global.

Pourquoi la tombée de la nuit est-elle problématique ?

Le problème n'est pas uniquement de conduire dans le noir. C'est surtout que la nuit arrive brutalement à une heure où la circulation reste importante.

Les automobilistes continuent de rentrer du travail, les enfants sortent de leurs activités et les piétons traversent les rues comme ils le faisaient quelques jours auparavant. Sauf que les conditions de visibilité ont changé d'un seul coup.

Il faut aussi distinguer le fait de voir et celui d'être vu. Un piéton peut parfaitement distinguer les phares d'une voiture qui arrive, tout en étant quasiment invisible pour son conducteur. Cette différence est encore accentuée par les vêtements sombres, les reflets sur une chaussée mouillée ou l'éblouissement des véhicules circulant en sens inverse.

La lumière artificielle reste également très inégale. Entre une rue correctement éclairée, un passage piéton situé entre deux lampadaires et une route de campagne sans éclairage, les conditions de détection n'ont évidemment rien à voir.

Faut-il remettre en cause le changement d'heure ?

Les chiffres montrent que l'heure à laquelle le soleil se couche compte beaucoup pour la sécurité des piétons. Mais ils ne suffisent pas à prouver que supprimer le changement d'heure réduirait automatiquement le nombre total d'accidents.

Conserver l'heure d'été toute l'année permettrait de repousser la nuit en fin de journée, mais ferait aussi lever le soleil une heure plus tard en hiver. On récupérerait donc de la luminosité le soir en en perdant le matin, avec des conséquences différentes selon les horaires et les habitudes de déplacement.

Pour ma part, je retiens surtout que les accidents impliquant des piétons augmentent nettement pendant les heures de pointe du soir après le passage à l'heure d'hiver. C'est une tendance que l'on retrouve dans plusieurs pays. En revanche, prétendre que le changement d'heure augmente systématiquement le nombre total d'accidents serait aller plus loin que ce que les études permettent d'affirmer.


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