
L'expression "mettre les gaz" fait partie de celles qu'on emploie sans même y penser. Quand on la prononce, on veut simplement dire qu'il faut accélérer, parfois franchement, parfois juste un peu plus. Mais au fond, pourquoi parle-t-on de gaz ? Après tout, une voiture ne roule ni au gaz de ville, ni à l'air comprimé, et encore moins à une sorte de vapeur magique qu'on injecterait dans le moteur.
En réalité, l'expression est assez logique, car elle vient directement du fonctionnement des moteurs thermiques, et plus précisément de ce qui se passe quand on appuie sur l'accélérateur.
Sur un moteur essence ancien, et plus largement sur les moteurs thermiques, accélérer consiste à augmenter la quantité de mélange admis dans le moteur. Sur les mécaniques à carburateur, l'accélérateur agit sur un papillon qui laisse passer davantage d'air, ce qui entraîne aussi l'arrivée de plus de carburant. Le moteur aspire alors davantage de mélange air-carburant, le régime monte, la puissance aussi, et la voiture accélère.
Le mot "gaz" renvoie donc ici aux gaz admis et brûlés dans le moteur, et plus largement au phénomène de combustion. On ne parle pas d'un gaz au sens strict comme le propane ou le méthane, mais d'un ensemble de vapeurs, d'air et de gaz issus de la combustion. C'est d'ailleurs pour cela qu'on a longtemps parlé de pédale des gaz, une formule encore très courante aujourd'hui.
Bref, "mettre les gaz", c'est tout bêtement ouvrir davantage l'accélérateur pour faire travailler le moteur plus fort.
Contrairement à certaines formules populaires dont l'origine est discutée, "mettre les gaz" n'a rien de très mystérieux. L'expression est presque descriptive. Elle colle assez bien à l'univers des anciennes voitures, où le lien entre la commande d'accélérateur, l'arrivée du mélange et la réaction du moteur était souvent plus perceptible qu'aujourd'hui. Sur une vieille auto à carburateur, quand on accélérait franchement, on sentait bien que le moteur changeait immédiatement de ton, de régime et parfois même d'odeur...
L'expression a ensuite survécu à toutes les évolutions techniques. injection, turbo, gestion électronique, hybridation, tout cela n'a rien changé au langage courant. On continue de "mettre les gaz", même si le conducteur ne commande plus directement un simple papillon par câble comme autrefois.
C'est d'ailleurs là qu'on voit à quel point le langage garde ses habitudes. Une voiture électrique n'a ni carburateur, ni admission classique, ni combustion, et pourtant on dit encore très souvent qu'on "met les gaz" lorsqu'on écrase l'accélérateur. Techniquement, ça n'a plus grand sens. Mais dans l'usage, tout le monde comprend immédiatement.
Et c'est souvent comme ça que vivent les expressions automobiles. Elles naissent d'une réalité mécanique très concrète, puis elles continuent leur route alors même que la technique, elle, a changé depuis longtemps.
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