Energie et Pollution > Le carburant augmente-il vraiment ? Et va-t-il continuer de le faire ? 03/10/2020

Le carburant augmente-il vraiment ? Et va-t-il continuer de le faire ?

Si certains vous diront que la "question est vite répondue", il semble finalement que ce qui fixe le prix du carburant n'est pas aussi intuitif qu'on pourrait le croire... Car si c'est bel et bien la rencontre de l'offre et la demande qui construit la valeur du baril de pétrole, Jean-Marc Jancovici nous apprend qu'il y a une subtilité toute particulière qui change la donne, et qui bouleverse tout ce que l'on peut imaginer.


Voyons voir quel est le raisonnement de ce brillant polytechnicien à l'esprit vif et affûté.

Le passé révèle la supercherie

En étudiant 50 années de données concernant le PIB et la consommation de carburant, il a tiré des conclusions qui semblent être immuables.
Les deux principales sont que les croissances du PIB et celle de la consommation d'énergie (qui reste à 70/80% supportée par le fossile : gaz, pétrole et charbon) sont concomitantes. Il précise qu'au final PIB et consommation en kWh sont presque une seule et même donnée présentées sous deux unités différentes. Unités qui sont confondues puisque leurs progressions sont largement corrélées (ce qui met un peu à plat l'espoir d'avoir une croissance en utilisant moins d'énergie, et donc en polluant moins. Mais ne pensez pas que la croissance est synonyme de bonheur, une économie stable n'a rien de dramatique quand on voit que 95% de l'histoire humaine s'est faite sans croissance).


Pour rappel, le PIB incarne la vélocité de la monnaie, à savoir le nombre d'échanges entre les acteurs du marché, et donc plus il y a d'échanges plus il y a de "business" (et donc d'acteurs qui produisent de la richesse puisque chacun se prend une petite marge de bénéfice), logique ...
Mais ce qui nous intéresse ici c'est plutôt la valeur du carburant, et donc celle du baril de pétrole.
Et là, la surprise fut assez grande quand il constata que sur les dernières décennies, c'est le volume de production de pétrole qui anticipait les récessions ! Et donc à long terme ce n'est pas le rapport entre offre et demande qui fait le prix (contrairement au cours terme où ça reste le cas évidemment).
Voila le raisonnement, au lieu qu'une récession entraîne une baisse de la consommation de pétrole, c'est en réalité la baisse de la production (ou plutôt extraction) de pétrole qui entraîne les récessions ...


Voici en rouge l'offre de pétrole et en bleu le PIB moyen par habitant. J-M Jancovici veut nous alerter sur le fait que la baisse de pétrole arrive avant la baisse du PIB, et donc que c'est la cause et non la conséquence de la récession

Quand la production baisse, les économies doivent s'adapter et il y a une sorte de quota qui est attribué aux grands acteurs du marché en début de chaîne (même si je suis près à payer très cher mon baril il n'y a rien à faire, je n'aurai que ce qu'on voudra bien me fournir ...). Cette baisse de pétrole induit donc une baisse de l'activité, la fameuse récession.
A son tour, la récession induit que le pétrole reste bas puisqu'on en consomme moins (rapport offre / demande) en raison de la baisse d'activité ...
Même mieux, avec un prix du pétrole qui baisse, certains producteurs de pétrole ferment des gisements (le gaz de schiste en premier puisqu'il est très coûteux) puisqu'ils ne s'y retrouvent plus financièrement parlant (si mon pétrole me coûte 60$ le baril à produire, je n'ai pas d'intérêt à en vendre quand il coûte 50$ sur le marché, car je perds 10$ par baril que je vends). Cela induit une baisse d'autant plus importante de la production de pétrole, ce qui accentue encore plus la récession.
Enfin, les investissements pour trouver et extraire du nouveau pétrole sont réduits : les investisseurs sont moins intéressés de se démener à trouver de l'or noir si le prix de ce dernier est bas (ils aiment quand il y a de belles affaires à faire ... Bref, ils leur faut une carotte, à savoir un prix qui leur permet d'avoir un retour sur investissement généreux et assuré).


Ce graphique montre l'évolution du prix du baril au fil du temps (incarnée par la courbe verte qui avance au fil du temps). Elle prouve qu'il n'y a pas de lien entre offre et demande et donc qu'il n'y a pas d'élasticité prix / volume. Quand ça revient en arrière ce n'est pas qu'on remonte le temps, car la durée n'est caractérisée ni par l'axe des abscisses ni celui des ordonnées, la temporalité se matérialise par l'avancement et le tracé de la courbe verte

Voici donc un peu la spirale infernale que nous explique Jean-Marc Jancovici dans ses différentes interventions (il fait aussi partie des spécialistes qui conseillent et informent l'Etat pour l'aider à ses prises de décisions stratégiques).

Concernant les automobilistes, un prix bas induit malgré tout une hausse de l'utilisation de leur voiture, car on se prive logiquement moins quand le pétrole est bas. On remarque toutefois qu'il y a un point de saturation, les gens ne se mettent en effet pas à rouler juste pour rouler parce que le carburant est bas ! Une fois qu'on a fait tout ce que l'on avait à faire, eh bien on finit quand même un jour par stationner son auto.

Un prix qui stagne, voire baisse, depuis longtemps déjà  ?

On ne s'en rend pas compte, mais le prix du carburant n'a pas vraiment tendance à augmenter autant qu'on veut bien le croire. En effet, les choses sont différentes quand on étudie le sujet sérieusement, à savoir qu'on prend en compte l'inflation.
Observons cela avec les prix du sans plomb 98 depuis 2000. Cette fois-ci c'est ma propre petite étude et non celle du polytechnicien J-M Jancovici.


Voici le SP98 à prix courant (prix de l'époque donc)

Si on aligne tous ces prix en les convertissant à des euros d'aujourd'hui, on arrive à une courbe bien plus plate ... On peut même dire que ça fléchit depuis 2012. Ex : en 2000 le prix de 1.11 euros moyen à la pompe équivaut à 1.49 euros en monnaie d'aujourd'hui

Si on observe le prix bêtement on voit évidemment une hausse. Cependant, si on convertit le tout avec des euros d'aujourd'hui, et donc en prenant l'inflation en compte, on se retrouve avec une courbe très différente.
Pour rappel, 1 euro de 2000 vaut actuellement 1.34, et donc la monnaie passe sont temps à perdre de la valeur. Si je garde 100 euros sur mon compte avec une inflation de 1% à l'année, au bout d'un an mes 100 euros ne valent plus en réalité que 99 euros. Et quand vous gardez de l'argent de côté sans qu'il ne travaille, il passe son temps à perdre en valeur.




BARIL en $

J'ai été ici un peu plus brouillon en convertissant le prix du baril avec les taux d'inflation français, mais c'est pour se faire une idée. On remarque aussi ici une sorte de stagnation, qu'on appelle un range chez les boursicoteurs (les chartistes)

Un frein à la voiture électrique ?

Avec un prix du carburant qui stagne, voire qui peut même baisser (ce qui est un peu le cas depuis 2012), on peut bien évidemment conclure que l'attractivité des voitures électrique n'est pas favorisé.
En effet, le surcoût encore très important de ce genre d'auto ne permet pas de les amortir rien qu'avec les économies de carburant (de nombreux possesseurs de voitures électriques me l'ont confié).
Toutefois, si vous avez l'esprit écolo, il est indéniable que rouler électrique en France (contrairement à bien d'autres pays) est favorable à l'environnement (ironie du sort, c'est grâce à nos centrales nucléaires).






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