D'où vient le carburant vendu en France ?

Dernière modification : 25/09/2026 -  0

Quand on met 50 litres de gazole ou de SP95-E10 dans une voiture, d'où vient réellement ce carburant ? Du Moyen-Orient ? Des Etats-Unis ? D'Afrique ? La question semble assez simple, mais la réponse l'est beaucoup moins. Car avant d'arriver dans le réservoir, il faut distinguer le pays où le pétrole a été extrait, celui où il a été raffiné et enfin le pays depuis lequel le carburant a été importé en France. Ce sont trois choses différentes et les statistiques que l'on voit habituellement mélangent facilement tout cela.

La France importe ainsi du pétrole brut qu'elle transforme dans ses propres raffineries, mais elle importe également directement de grandes quantités de produits déjà raffinés. Cette deuxième catégorie est particulièrement importante pour le gazole. Et c'est justement ce qui explique qu'une carte des fournisseurs de pétrole brut ne donne qu'une vision partielle de l'origine réelle de nos carburants.

L'Afrique reste la première origine de notre pétrole brut

La France produit très peu de pétrole et dépend donc presque entièrement de l'étranger pour alimenter ses raffineries. En 2025, elle a importé 45.9 millions de tonnes de pétrole brut. L'Afrique arrive largement en tête avec 36.6% des volumes, devant l'Amérique du Nord avec 23.1%. Les pays classés par les statistiques françaises dans la zone URSS/ex-URSS représentent 15.6%, quasiment exclusivement grâce au Kazakhstan. Viennent ensuite la mer du Nord avec 10.2% et le Moyen-Orient avec 10.1%.

Origine du pétrole brut Part des importations françaises en 2025
Afrique 36.6%
Amérique du Nord 23.1%
URSS / ex-URSS 15.6%
Mer du Nord 10.2%
Moyen-Orient 10.1%
Autres 4.4%

Cette répartition casse déjà un peu l'image que l'on se fait généralement du pétrole. On associe spontanément celui-ci aux monarchies du Golfe alors que le Moyen-Orient ne fournit qu'environ un dixième du brut importé en France. L'Afrique en fournit plus de trois fois plus.


En regardant pays par pays, la situation est encore plus parlante. Les Etats-Unis sont désormais le premier fournisseur de pétrole brut de la France avec 22% des volumes. Ils sont suivis du Kazakhstan avec 14.9%, du Nigeria avec 11.9%, de la Norvège avec 9.6%, puis de l'Algérie et de la Libye avec chacun 9.4%. L'Arabie saoudite ne pèse pour sa part que 2.4%.

Pays d'extraction Part du brut importé en France en 2025
Etats-Unis 22.0%
Kazakhstan 14.9%
Nigeria 11.9%
Norvège 9.6%
Algérie 9.4%
Libye 9.4%
Arabie saoudite 2.4%
Russie 0%

Mais ce n'est toujours pas l'origine de notre carburant

C'est là qu'il faut faire une distinction importante. Les chiffres précédents indiquent où le pétrole brut a été extrait. Ce pétrole arrive ensuite en France pour être transformé dans une raffinerie en gazole, essence, kérosène, GPL, fioul et autres produits. Mais nous ne faisons pas venir uniquement du brut. Nous achetons aussi directement à l'étranger des produits qui ont déjà été raffinés.

En 2025, la France a ainsi importé environ 546 TWh de pétrole brut, mais également 401 TWh de produits pétroliers raffinés. Elle en a parallèlement exporté 204 TWh. Ces 401 TWh ne correspondent évidemment pas uniquement aux carburants routiers, puisqu'on y trouve aussi du kérosène, du fioul, du GPL ou encore des produits destinés à l'industrie, mais le chiffre montre l'importance de cette deuxième source d'approvisionnement.

Et une fois que l'on regarde les produits raffinés, la carte change. En 2025, 40% des produits pétroliers raffinés importés en France provenaient d'Europe, 14% d'Arabie saoudite et 13% des Etats-Unis. Attention toutefois au sens du mot "provenance". Un gazole importé depuis une raffinerie européenne a très bien pu être fabriqué avec du pétrole extrait en Afrique, aux Etats-Unis ou au Kazakhstan. On connaît donc le pays ou la zone ayant fourni le produit fini, pas forcément l'endroit où se trouvait le pétrole quelques semaines auparavant.

Le gazole est notre gros point faible

Cette distinction devient vraiment importante lorsqu'on regarde le Diesel. La France a énormément favorisé cette motorisation pendant plusieurs décennies et son parc automobile en porte encore les traces. En 2025, le gazole représentait toujours 67% des volumes de carburants routiers consommés en France. Or nos raffineries ne suffisent pas à couvrir cette consommation. La France a encore importé en 2025 plus de la moitié du gazole qu'elle consommait.

On se retrouve donc avec une situation assez particulière. Une bonne partie de notre essence est fabriquée à partir de brut importé puis raffiné chez nous, tandis qu'une énorme quantité de gazole traverse directement la frontière sous forme de carburant déjà terminé. Le pays d'extraction du pétrole devient alors beaucoup plus difficile à identifier.

Les dernières données définitives permettant de détailler précisément ces provenances portent sur 2024. Cette année-là, 39% du gazole routier importé en France venait d'Europe. Mais le Moyen-Orient arrivait juste derrière avec 33%, suivi des Etats-Unis avec 12% et de l'Inde avec 9%.

Provenance du gazole routier importé en 2024 Part
Europe 39%
Moyen-Orient 33%
Etats-Unis 12%
Inde 9%
Autres 7%

Voilà pourquoi dire que seulement 10.1% de notre pétrole vient du Moyen-Orient peut induire en erreur si on cherche à connaître l'origine de notre carburant. Le Moyen-Orient fournit relativement peu de brut directement à la France, mais beaucoup de gazole déjà raffiné. Les deux chiffres sont parfaitement compatibles, ils ne mesurent tout simplement pas la même chose.

Pour l'essence, la France est beaucoup moins dépendante

La situation est assez différente avec les supercarburants. En 2024, la France a importé 2.9 millions de tonnes équivalent pétrole de supercarburants et en a exporté 2.0 millions. Le déficit net n'était donc que de 0.9 Mtep. A titre de comparaison, le déficit net atteignait 16.2 Mtep pour le gazole routier, avec 17.1 Mtep importées et seulement 0.9 Mtep exportées.

On comprend mieux l'énorme différence entre les deux carburants. Notre appareil de raffinage arrive beaucoup mieux à satisfaire la demande française en essence qu'en gazole. Cela vient notamment du vieux déséquilibre créé par des décennies de dieselisation du parc automobile. Une raffinerie ne peut pas transformer tout un baril en gazole à volonté. Elle produit plusieurs familles de produits à partir du brut, et notre consommation historique de Diesel a longtemps été bien supérieure aux proportions que nos raffineries pouvaient fournir.

Lorsque la France importe malgré tout de l'essence, elle la fait essentiellement venir de proximité. En 2024, 86% des supercarburants importés provenaient d'Europe. Là encore, cela indique où le carburant a été raffiné ou expédié, pas nécessairement le pays d'extraction du pétrole utilisé pour le fabriquer.

Et la Russie dans tout ça ?

Sur le pétrole brut importé directement en France, la réponse est assez facile. La Russie est officiellement à zéro depuis 2023. Elle avait encore fourni 3.0 millions de tonnes de brut en 2021 et 2.1 millions en 2022, puis les importations se sont arrêtées avec les sanctions européennes prises après l'invasion de l'Ukraine. La Russie avait également une place considérable dans nos importations de gazole puisque 27% du gazole importé par la France venait encore de Russie en 2022.

Mais il y avait jusqu'à récemment une grosse subtilité. Du pétrole russe pouvait être vendu à un pays tiers, être raffiné sur place puis revenir en Europe sous forme de gazole ou d'un autre produit pétrolier. Dans les statistiques commerciales, le produit fini apparaissait alors comme venant du pays où il avait été transformé. Un gazole provenant d'Inde n'impliquait donc pas nécessairement que son pétrole avait été extrait en Inde. Et puisque l'Inde a massivement importé du brut russe après 2022, cette distinction était loin d'être théorique.

Il ne faut toutefois pas en déduire que tout le gazole indien arrivé en France était fabriqué à partir de pétrole russe. Les statistiques douanières classiques ne permettent justement pas de le déterminer avec précision. C'est tout le problème. Voir "Russie 0%" dans les importations françaises ne suffisait donc pas à prouver qu'aucun pétrole russe ne pouvait se retrouver indirectement dans certains produits raffinés consommés en Europe.

L'Union européenne a fini par fermer cette possibilité. Depuis le 21 janvier 2026, il est interdit d'importer dans l'Union européenne des produits pétroliers fabriqués dans un pays tiers à partir de pétrole brut russe. Les importateurs doivent désormais pouvoir fournir des éléments sur le pays d'origine du brut utilisé par la raffinerie, sauf pour certains pays partenaires auxquels un régime spécifique s'applique.

Un litre de carburant peut donc avoir fait un sacré voyage

Prenons un exemple tout bête. Du pétrole peut être extrait au Nigeria, traverser l'Atlantique, être raffiné aux Pays-Bas puis arriver en France sous forme de gazole. Dans les statistiques du pétrole brut français, ce baril n'apparaitra jamais puisqu'il n'est jamais entré en France sous forme de brut. Dans les statistiques d'importation du carburant, le gazole apparaitra comme venant d'Europe. Les deux informations sont exactes, mais aucune ne raconte à elle seule tout le parcours.

Un autre baril peut être extrait aux Etats-Unis et arriver directement dans une raffinerie française. Cette fois, les statistiques indiqueront bien du pétrole brut américain importé en France, alors que le gazole ou l'essence produit avec ce brut sera ensuite considéré comme une production française. Et une partie pourra même être réexportée. Cela donne une petite idée du bazar quand on cherche à attribuer une nationalité au litre qui sort d'une pompe.

Impossible de savoir précisément d'où vient le plein que l'on vient de faire

A l'échelle du pays, on peut donc connaître assez précisément nos fournisseurs. En revanche, il devient quasiment impossible de dire de quel pays provient le pétrole contenu dans le plein d'une voiture particulière. Les carburants issus de différentes raffineries et de différentes origines passent ensuite par des terminaux, des dépôts, des oléoducs et différents réseaux logistiques avant d'arriver dans les stations-service.

Il faut aussi ajouter les biocarburants qui compliquent encore un peu la chose. Le SP95-E10 contient une proportion d'éthanol et le gazole commercial incorpore également une part de composants renouvelables. Cette partie du carburant suit encore une autre chaîne de production, indépendante de celle du pétrole brut.

On peut malgré tout retenir quelques grandes tendances. Le pétrole brut raffiné en France vient aujourd'hui surtout d'Afrique, des Etats-Unis et du Kazakhstan. Le Moyen-Orient est finalement assez secondaire sur ce terrain. Mais il reprend une place beaucoup plus importante lorsqu'on regarde le gazole déjà raffiné que nous importons. Et surtout, la France reste extrêmement dépendante de l'étranger pour son Diesel puisque plus de la moitié de notre consommation doit encore être importée sous forme de carburant fini.

Bref, demander "d'où vient notre carburant ?" oblige à poser une deuxième question. Parle-t-on du pays qui a extrait le pétrole ou de celui qui l'a transformé en carburant ? Selon la réponse, la carte n'a plus grand-chose à voir.


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