

Avec plus de 60 constructeurs annoncés, le Mondial 2026 a retrouvé une densité que les dernières éditions ne garantissaient plus du tout. Mercedes et Audi reviennent, Renault, Stellantis et Volkswagen Group occupent une place considérable et les constructeurs chinois arrivent en nombre. Il reste pourtant quelques trous assez énormes dans la liste officielle...
Toutes les absences n'ont toutefois pas la même signification. Une Ferrari qui vend quasiment tout ce qu'elle produit n'a pas les mêmes raisons de venir Porte de Versailles qu'un Nissan qui doit restaurer ses ventes, ou qu'un MG qui voit arriver une armée de concurrents chinois sur le marché qu'il a lui-même commencé à défricher en Europe. Voyons donc les absents qui comptent vraiment.
C'est probablement l'absence la plus surprenante du salon. BMW est tout simplement la quatrième marque automobile la plus vendue d'Europe au premier semestre 2026 et dispose de la nouvelle génération Neue Klasse pour commencer un renouvellement technologique très important. Mercedes et Audi seront présentes, donc l'argument consistant à dire qu'un constructeur premium n'a plus rien à faire dans un salon généraliste devient assez difficile à soutenir.
BMW traverse certes de grosses difficultés en Chine et a même dû revoir ses perspectives financières pour 2026, mais ses performances européennes restent solides. C'est justement pour cette raison que son absence paraît davantage être un choix stratégique qu'un manque de moyens ou de nouveautés.
MINI suit logiquement sa maison mère BMW dans l'absence. C'est dommage car la gamme est désormais entièrement renouvelée autour des Cooper, Aceman et Countryman, avec une offre électrique bien plus cohérente qu'il y a quelques années. La marque aurait parfaitement sa place dans un salon parisien, surtout avec des voitures compactes dont le format correspond assez bien aux usages européens.
L'absence de Tesla est étonnante car le marque s'octroie généralement un petit espace sans prétention dans tous les salons. Il semblerait qu'Elon boude la France en raison des différents conflits qu'il a avec certains politiques (des prises de becs très régulières) ... Ce qui change est qu'elle n'est plus seule à dicter le rythme de l'électrique, et que BYD, XPeng, Leapmotor ou Volkswagen viennent désormais directement chercher ses clients.
Tesla a connu un fort rebond européen en 2026 après une année 2025 très compliquée, notamment grâce au Model Y et à des politiques tarifaires plus agressives. Elle peut donc toujours défendre l'idée qu'elle n'a pas besoin du Mondial... mais la position est moins confortable qu'à l'époque où les concurrents électriques sérieux se comptaient sur les doigts d'une main.
Voilà une absence assez incompréhensible. MG est l'une des marques chinoises les mieux installées en France et aurait pu profiter du Mondial pour défendre sa position au moment même où Chery, Omoda, Jaecoo, BYD, Leapmotor, XPeng, Zeekr et beaucoup d'autres débarquent avec le couteau entre les dents.
Le groupe SAIC sera tout de même représenté par Maxus, ce qui rend la disparition de MG encore plus curieuse. Quand on a aidé à ouvrir la porte aux voitures chinoises en Europe, laisser ensuite tous ses compatriotes occuper la vitrine n'est pas forcément le meilleur moyen de conserver son avance.
Nissan fait partie des absents dont la situation commerciale justifie ce choix. Le constructeur traverse une restructuration importante et cherche à économiser des liquidités, au point d'avoir notamment suspendu certains projets électriques européens.
Renault sera pendant ce temps installé en force dans le hall 6, ce qui résume assez bien à quel point l'ancienne alliance franco-japonaise a changé de nature. Nissan aurait pourtant besoin de remettre ses produits sous les yeux du public plutôt que de disparaître encore un peu plus du paysage.
Porsche peut évidemment vendre ses voitures sans Mondial de Paris et conserve une image extrêmement forte. Mais la marque traverse elle aussi une période moins confortable, notamment en Chine, tandis que l'électrification du Macan et de plusieurs futurs modèles oblige à faire évoluer assez brutalement une clientèle traditionnellement attachée aux moteurs thermiques.
Le Macan 2, Cayenne 4, Taycan et 911 auraient largement suffi à rendre le stand intéressant. Porsche n'a donc pas un problème de produit à montrer, simplement un intérêt limité pour ce type de grand rendez-vous.
Mazda ne représente certes qu'une petite part du marché français, ce qui explique plus facilement son absence. C'est néanmoins dommage car le constructeur japonais continue de prendre des chemins techniques parfois différents de ses concurrents et apporte une personnalité que le marché tend justement à perdre.
Son absence ne changera probablement pas la fréquentation du salon. Elle rend simplement l'ensemble un peu plus uniforme, ce qui n'est jamais formidable dans un événement censé montrer la diversité de l'automobile.
Suzuki manque également à l'appel. La marque vend(ait) pourtant des volumes non négligeables en Europe grâce à des voitures généralement simples, légères et raisonnablement tarifées, ce qui tranche un peu avec la course actuelle au SUV premium bourré d'équipements.
Avec son entrée progressive dans l'électrique, le moment aurait plutôt été bien choisi pour venir expliquer sa stratégie. Visiblement, Suzuki préfère économiser le prix du stand.
Toyota sera présente mais Lexus restera à la maison. La marque premium japonaise traverse d'ailleurs un début 2026 moins favorable sur le marché européen, avec des immatriculations en baisse au début de l'année.
L'absence est d'autant plus dommage que Denza, AITO, Zeekr et plusieurs autres marques chinoises premium seront justement là pour expliquer aux Européens pourquoi elles seraient de meilleures alternatives aux marques haut de gamme historiques.
L'absence de Jaguar est un cas presque à part, car la marque a volontairement vidé son ancienne gamme en attendant sa profonde renaissance électrique. En gros, Jaguar a choisi de ne plus vraiment vendre de voitures pendant une période afin de revenir ensuite beaucoup plus haut de gamme...
La stratégie est tellement risquée qu'elle en devient fascinante. Le Mondial aurait pu servir de vitrine au renouveau, mais il semble encore trop tôt pour montrer quelque chose de suffisamment abouti au grand public.
Range Rover, Defender et Discovery ne sont pas annoncés non plus. Ici, l'explication par la gamme ne tient pas puisque JLR possède des véhicules récents, désirables et particulièrement faciles à mettre en scène.
Le luxe préfère désormais souvent les événements privés où tout est maîtrisé, depuis la lumière jusqu'au profil des invités. C'est plus élégant, évidemment, mais cela coupe aussi progressivement les marques du grand public qui nourrissait autrefois leur image.
Polestar manque à l'appel alors que Volvo et Zeekr, deux autres marques de l'univers Geely, seront présentes. C'est un peu curieux pour une marque qui cherche justement à développer sa notoriété et son réseau en France.
Quand peu de gens savent encore distinguer votre logo de celui d'une application mobile, avoir plusieurs centaines de milliers d'amateurs d'automobile devant son stand ne paraît pourtant pas complètement inutile...
Maserati est probablement l'une des absences premium les plus difficiles à défendre. Stellantis alignera huit marques à Paris, mais pas Maserati, alors même que le constructeur italien traverse une période commerciale extrêmement compliquée.
Ferrari peut se permettre de snober un salon parce que les clients patientent pour acheter ses voitures. Quand les volumes se sont au contraire fortement effondrés, éviter les endroits où l'on pourrait rencontrer de futurs clients paraît déjà un peu plus étrange...
L'absence de Ferrari est beaucoup moins problématique même si la marque vit en grande partie sur son image de marque (que les salons contribuent à garder en forme). La marque n'a pratiquement aucun besoin d'aller chercher de la visibilité générale et fonctionne dans un univers où l'offre est volontairement limitée.
C'est donc surtout le visiteur qui y perd. Un salon automobile sans Ferrari reste parfaitement viable économiquement, mais forcément un peu moins spectaculaire.
Même chose chez Lamborghini. Les Urus, Revuelto et Temerario auraient évidemment provoqué des attroupements, mais la marque n'a aucune difficulté à faire connaître ses modèles ou à identifier ses clients.
Ce genre d'absence est donc regrettable pour le spectacle, beaucoup moins pour la santé commerciale du constructeur.
Bentley ne viendra pas davantage, même si Volkswagen Group sera largement représenté. Les volumes minuscules, le positionnement et la clientèle permettent facilement de comprendre la décision.
On perd surtout l'occasion de comparer directement ce que signifie le mot "premium" chez une marque généraliste ambitieuse et ce qu'il signifie chez Bentley... Les deux usages du terme n'ont parfois franchement plus grand-chose en commun.
Aston Martin sera également absente. La marque reste fragile financièrement mais son marché est tellement étroit qu'un salon généraliste n'est pas nécessairement le meilleur endroit pour rentabiliser plusieurs centaines de mètres carrés.
DB12, Vantage ou DBX auraient néanmoins apporté un peu de mécanique et de spectacle dans une édition qui sera fortement dominée par l'électrification et les SUV.
McLaren ne figure pas non plus dans la liste. Avec quelques milliers de voitures vendues par an, il est difficile de considérer son absence comme un événement industriel.
Elle se ressentira davantage lorsque le visiteur cherchera les supercars. Car même en 2026, tout le monde ne se déplace pas Porte de Versailles uniquement pour comparer la vitesse de recharge de deux crossovers familiaux...

Au fond, BMW, Nissan et MG sont probablement les trois absents les plus intéressants à retenir, mais pour trois raisons totalement différentes. BMW vend énormément de voitures et possède des nouveautés stratégiques, Nissan a au contraire besoin de retrouver de l'élan, tandis que MG laisse une place étonnamment libre à une foule de concurrents chinois qui arrivent précisément sur son terrain.
Tesla reste également un absent de poids, même si la marque est cohérente avec sa vieille habitude de communiquer seule. Porsche peut se permettre davantage de distance, tandis que Ferrari, Lamborghini ou McLaren n'ont simplement pas les mêmes besoins commerciaux qu'un constructeur généraliste.
Le contraste avec les Chinois reste tout de même assez savoureux. Pendant que certains constructeurs installés expliquent depuis des années que le salon automobile appartient au passé, Chery, Omoda, Jaecoo, Lynk & Co, BYD, Denza, Zeekr ou GAC viennent justement y chercher le public européen.
Peut-être que les nouveaux entrants n'ont rien compris au marketing moderne... Ou peut-être qu'aller montrer ses voitures à des gens qui aiment les voitures reste encore une idée moins stupide qu'on a voulu nous le faire croire.
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